Marie de Médicis

Il est décédé le 

Elle est décédée le

3 Juillet 1642

Reine et régente du royaume de France, née le 26 avril 1575 à Florence (Italie), décédée en exil à Cologne (Allemagne), à l’âge de 67 ans. Epouse du roi Henri IV à la suite d’un mariage arrangé, elle assura la régence du royaume pendant la minorité de Louis XIII. Elle fut la grande perdante de « la journée des dupes ».

Fille de François 1er de Médicis, grand-duc de Toscane et de Jeanne d’Autriche, archiduchesse d’Autriche, elle eut la douleur de perdre sa mère à l’âge de 5 ans et son père 7 ans plus tard. Son oncle Ferdinand monta sur le trône et assura à ses neveux et nièces une éducation soignée. La jeune Marie se familiarisa avec les grands auteurs antiques. Elle se passionna pour les sciences et les arts sous toutes ses formes : dessin, musique, chant, théâtre, danse. La famille Médicis avait un rang à tenir pour faire rayonner Florence, la capitale mondiale de la Renaissance. La richesse des maitres de la Toscane suscitait également la convoitise de nombreux prétendants impécunieux, en Italie comme en France. Marie, semblait un parti intéressant. Grande, souffrant d’un léger embonpoint, elle collectionnait les demandes en mariage. Finalement, Henri IV le roi de France et de Navarre emporta la mise pour un mariage de raison. Il s’agissait de remplir les caisses vides de la royauté.

 Le mariage arrangé entre la cour de France et celle de Florence prévoyait l’annulation de la dette de 1 million de livres contracté par le royaume à la banque Médicis et le versement d’une dot de 1 million de livre par le duc de Florence. La cérémonie nuptiale eut lieu par procuration. Henri IV brilla par son absence et délégua en Toscane son fidèle Roger de Bellegarde qui « épousa » Marie au nom du roi de France, en la cathédrale Santa Maria del Fiore, le 5 octobre 1600. Fin octobre, Marie de Médicis s’embarqua à Livourne pour Marseille accompagnée d’une suite de 2000 personnes. Elle débarqua à Marseille le 3 décembre. Son époux lui infligea une seconde humiliation en omettant de l’accueillir dans la capitale provençale. Finalement, elle le rencontra le 9 décembre. Le soir même le mariage était consommé, et 9 mois plus tard, le 27 septembre 1601, Marie donna naissance à Louis, l’héritier du trône. Henri IV avait enfin un fils.

 Marie remplit parfaitement le rôle auquel on la destinait. En neuf ans, elle enfanta Elisabeth, Christine, Nicolas-Henri, Gaston, Henriette. Pendant ses grossesses, le roi courait les jupons et multipliait le nombre de ses maitresses. Marie devint un sujet de moqueries. Elle reprocha amèrement au roi de ne pas l’avoir officiellement couronnée reine de France, affaiblissant ainsi son influence dans le Cour où des médisants l’avaient surnommée « la grosse banquière ». Finalement, au bout de dix ans, Henri IV consentit à organiser la cérémonie royale. Le roi s’était ravisé depuis que la monarchie espagnole ultra catholique, hostile à la politique de paix religieuse de la France, fit savoir qu’elle considérait comme nul son mariage avec Marie de Médicis. Selon les espagnols le Dauphin Louis était un bâtard. Ils reconnurent le prince de Condé comme héritier légitime du trône de France. Henri IV se prépara à répondre par la guerre. Durant son absence, la régence du royaume serait assurée par son épouse, assistée d’un conseil de quinze personnes. Pour affermir l’autorité de Marie de Médicis, il décida de la sacrer reine de France. La cérémonie de couronnement se déroula le 13 mai 1610 dans la basilique royale de Saint-Denis.

Reine le 13 mai, veuve le 14 mai, régente le 15 mai

Le lendemain 14 mai, Henri IV décida de rencontre son fidèle Sully, malade et alité à l’Arsenal où il demeurait. Au milieu de l’après-midi, il s’engouffra dans un carrosse dans lequel prirent place le duc d’Epernon – un proche de la reine - et quatre autres gentilshommes. Arrivés rue de la Ferronnerie, les cavaliers laissèrent le passage en raison de l’étroitesse de la rue occupée de chaque côté par des échoppes. Un peu plus loin, le carrosse royal dut s’arrêter. A 16 h 15, François Ravaillac, un catholique fanatique, qui suivait le convoi depuis sa sortie du Louvre, se hissa sur la voiture en mettant un pied sur un des rayons de la roue et l’autre sur le marchepied. Il frappa le roi à trois reprises. Le premier coup blessa légèrement Henri IV près de l’aisselle. Le second frappé à hauteur de la poitrine, transperça le poumon droit et provoqua une hémorragie. Le troisième se perdit dans la manche d’un des passagers. Henri IV murmura : « Je suis blessé » puis « ce n’est rien, ce n’est rien ». On le ramena à toute hâte au palais du Louvre où il expira à son arrivée.

 Louis, fils ainé d’Henri IV et de Marie de Médicis, monta sur le trône à l’âge de neuf ans. Trop jeune pour régner, il convenait de le mettre sous la tutelle d’un régent. Les grands princes du royaume s’accordèrent sur le nom de Marie de Médicis, l’épouse du roi défunt. Sa première décision consista à confirmer Sully dans ses fonctions de surintendant des finances. Une sage décision. Mais le rapprochement avec l’Espagne ultra catholique scellé par un projet de mariage entre Louis XIII et l’infante Anne d’Autriche, suscita l’inquiétude des protestants. Le fidèle ministre huguenot d’Henri IV tomba en disgrâce en janvier 1611. Son départ fragilisa la position de l’exécutif. Les nobles profitèrent de l’inexpérience gestionnaire et du manque d’appuis politiques de la régente pour orienter ses décisions dans le sens qu’ils souhaitaient. Marie de Médicis subit leurs pressions, voire leurs menaces. Pour les amadouer, elle les couvrit d’or, puisant dans les caisses de l’Etat patiemment remplies par Sully sous le règne précédant. En quelques années, elle dilapida le trésor public.

Conflits familiaux et politiques

Pour renforcer sa position elle nomma au Conseil de régence un aventurier florentin Concino Concini qui avait épousé Leonora Caligaï, une amie d’enfance de la reine. Le toscan se fit nommer premier gentilhomme de la Chambre du roi, lieutenant général des villes de Péronne, Roye et Montdidier. Avec l’argent que lui offrit Marie de Médicis, il acquit le marquisat d’Ancre. Sa rapide ascension suscita la jalousie des princes français conduits par le prince de Condé. Plus grave, le parvenu traitait comme quantité négligeable le jeune roi, n’hésitant pas à le contredire en public. Le 2 octobre 1614, date de son treizième anniversaire, Louis XIII fut proclamé majeur par le parlement de Paris. Il pria sa mère de continuer à gérer les affaires du royaume. Ce même mois, les représentants des trois ordres du royaume (clergé, noblesse, tiers-état) se réunirent à Paris – ce furent les derniers états-généraux avant ceux convoqués en 1789. La reine remarqua parmi les représentants du clergé le jeune évêque de Luçon Armand du Plessis de Richelieu qui avait été désigné pour être le porte-parole de l’assemblée. Son intelligence et ses dons de négociateurs séduisirent Marie de Médicis, la régente et reine mère. En novembre 1615, elle le nomma Grand Aumônier auprès de la reine Anne d’Autriche, épouse de son fils Louis XIII. En novembre 1617, elle le promut ministres des Affaires étrangères. Désormais, l’évêque participa aux délibérations du Conseil du roi et se rapprocha de Concini, le favori de la reine-mère, et, officieusement, le premier des ministres.

 Comme assiégé par tous ces personnages importants – sa mère, Concini, Richelieu - qui prétendaient le servir alors qu’ils empiétaient sur ses prérogatives royales, Louis XIII préparait sa revanche, attendant le moment favorable pour frapper. Sa première victime fut Concini. Il avait noté combien l’italien était impopulaire dans le royaume de France. Son inconduite, sa cupidité, son arrogance lui avaient aliéné de nombreux appuis, hormis celui de sa mère. Le 24 avril 1617, le jeune roi fit assassiner le flamboyant italien par les spadassins du duc de Luynes. Il bannit Marie de Médicis à Blois et écarta les proches de la reine du gouvernement du pays. Richelieu suivit en exil la reine mère à Blois.

 En février 1619, Marie de Médicis s’échappa du château de Blois où elle vivait en résidence surveillée. Elle prit la tête d’une rébellion aristocratique. Le duc de Luynes chargea Richelieu de trouver un accommodement entre la reine-mère et Louis XIII. En avril 1619, la mère et son fils conclurent le traité d’Angoulême qui scellait la fin de leur « guerre ». La trêve dura moins de un an et reprit l’année suivante avec en toile de fond la reprise du conflit avec les protestants. Elle se solda par la défaite militaire des nobles conduits par Marie de Médicis, La mort du duc de Luynes au siège de Montauban tenu par les protestants en décembre 1621, créa un vide politique que la reine-mère s’employa à occuper. Elle s’entremit auprès du pape afin que Richelieu fût nommé cardinal en 1622. Réconcilié avec son fils, elle intrigua pour que son protégé intégrât le Conseil. Elle obtint satisfaction en avril 1624.

 Elle n’imaginait pas que l’homme qui lui devait tant et qu’elle croyait dominer, s’affranchirait de son influence au profit de son fils. Désormais, Richelieu consacra son énergie et son intelligence à affermir le pouvoir royal face aux forces disparates qui prétendaient le réduire. Occupant les fonctions de premier des ministres, il aida Louis XIII à inventer la monarchie absolue qui atteignit son apogée les décennies suivantes, avec le Roi-Soleil, Louis XIV.

La journée des dupes

Sur le plan extérieur, Louis XIII lutta contre la prépondérance autrichienne en Europe. En contradiction avec sa politique intérieure, il n’hésita pas à s’allier avec des Etats protestants allemands contre les Habsbourg catholiques pendant la guerre de Trente Ans (1618-1648). Marie de Médicis qui était à la tête du parti dévot se sentit trahie par cette politique contraire à ses vœux. Le 10 novembre 1630, elle demanda à son fils Louis XIII, un catholique fervent comme elle, le renvoi du cardinal, lui disant : « Préférez vous un laquais à votre propre mère ? » Elle pensa avoir convaincu son fils et se préparait à revenir au pouvoir encore plus forte qu’auparavant, entourée de nobles revanchards qui se partageaient déjà les places. Le garde des sceaux, Michel de Marillac, poussé par la reine-mère, complotait pour occuper le poste du cardinal. Richelieu se crût perdu. Il envisagea de fuir pour sauver sa vie. L’après-midi, le duc rencontra secrètement le roi dans son pavillon de chasse à Versailles. Le lendemain, 11 novembre, à la surprise générale, Louis XIII renouvela sa confiance à Richelieu en expliquant : « je suis plus attaché à son Etat qu’à ma mère ». La « journée des dupes » se conclut par le fiasco des comploteurs. Les participants à la cabale contre le cardinal, y compris le Garde des sceaux, furent arrêtés. La reine assignée à résidence partit en exil en février 1631. De son vivant elle ne remit plus jamais les pieds en France.

 Privée de son statut de reine mère et des pensions qui lui étaient liées, Marie de Médicis parcourut l’Europe, sans jamais pouvoir se fixer. Elle fréquenta la Cour des Pays-Bas espagnols, celle d’Angleterre où elle demeura pendant trois ans. Elle retrouva ses filles en Allemagne mariées à des princes locaux. Son ami Pierre-Paul Rubens, le peintre flamand, lui proposa de l’héberger dans la demeure qu’il possédait à Cologne. Elle s’y installa pour y mourir. On ramena son corps en France et on l’inhuma dans la plus grande discrétion dans la basilique de Saint-Denis. Son ennemi Richelieu disparut le 4 décembre 1642 et son fils Louis XIII mourut le 14 mai 1643. Avec la mort de ces trois personnages hors du commun, un chapitre de l’histoire de France se tournait. Un autre s’ouvrait avec le règne de Louis XIV.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Marie Curie

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