Marion-Dufresne

Il est décédé le 

Elle est décédée le

12 Juin 1772

Marin et explorateur français, né le 22 mai 1724 à Saint-Malo, tué par les Maoris à Baie des îles (Nouvelle-Zélande), à l’âge de 48 ans. Marin, corsaire, commerçant, le découvreur de l’archipel des Crozet fit une rencontre funeste avec les « bons sauvages » Maoris dont il menaçait le mode de vie et la culture.

Personne dans son entourage ne fut surpris quand Marc-Joseph Marion du Fresne, dit Marion-Dufresne, choisit le métier de navigateur. Fils d’un corsaire malouin qui s’était enrichi en armant des navires et en investissant une partie de sa fortune dans la Compagnie des Indes, il effectua son premier voyage vers le comptoir de Pondichéry à l’âge de onze ans. A quinze, il perdit son père. Il embarqua pendant deux ans sur un navire de commerce puis sur un corsaire. A l’âge de 21 ans, l’amirauté de Saint-Malo lui délivra son brevet de capitaine. Pendant la guerre de succession d’Autriche (1740-1748), il reçut le commandement du navire corsaire La Catin, armé de 18 canons.

 Contrairement aux pirates qui étaient considérés comme des hors-la-loi agissant pour leur compte, les corsaires étaient mandatés par le roi de France. Une « lettre de course » ou une « lettre de marque » les autorisaient à attaquer en temps de guerre les navires commerciaux des Etats ennemis. La cargaison était revendue dans les ports. L’équipage recouvrait la liberté après le paiement d’une rançon par l’armateur. Les corsaires ne dépendaient pas de l’amirauté mais s’engageaient à respecter les lois de la guerre et notamment à veiller à la sécurité de leurs prisonniers. Les raids causaient peu de victimes.

Corsaire au service du roi de France

En 1745, Marion-Dufresne captura son premier navire, une embarcation commerciale anglaise jaugeant 160 tonneaux qui assurait la liaison Bristol-Caraïbes. L’année suivante, alors qu’il commandait Le prince de Conty (30 canons), il aborda un navire anglais de 1000 tonneaux. En septembre, il participa aux côtés du corsaire L’heureux à une délicate opération de sauvetage de Charles Edouard Stuart, prétendant au trône d’Angleterre et d’Ecosse, dont les troupes écossaises soutenues par des français avaient été défaites par les anglais fidèles aux Hanovriens, à la bataille de Culloden. Pourchassé par ses vainqueurs, le prince erra pendant cinq mois dans les Highlands de l’ouest en Ecosse. Sur le point d’être pris, il fut secouru in extremis par les deux navires corsaires qui le ramenèrent sain et sauf à Roscoff. Le roi de France récompensa Marion-Dufresne en lui accordant le grade de lieutenant de frégate dans la marine royale.

 En 1747, il commandait en second L’invincible, 74 canons, pendant la bataille du Cap Finisterre au large de l’Espagne. Un convoi français composé de 40 navires marchands protégés par 8 vaisseaux de guerre fut assailli par une flotte anglaise de 16 navires et frégates de guerre. Supérieurs en nombre, les Anglais coulèrent 2 frégates et 8 navires de commerce français et capturèrent 6 vaisseaux de guerre. L’invincible commandé par le Chevalier de Saint-Georges résista jusqu’à l’épuisement de ses munitions. En l’absence de boulets, dans une dernière salve, le commandant fit tirer son argenterie. L’équipage fut interné pendant trois mois en Angleterre avant d’être échangé contre des prisonniers anglais.

 Après la guerre, Marion-Dufresne fut embauché par la Compagnie des Indes. Il servit sur plusieurs navires, occupant des postes de seconds, sillonnant tous les océans jusqu’en Chine. L’année 1756 fut particulièrement riche en événements : il fut nommé au grade de capitaine de navire, il épousa Julie de Baulieu, la fille d’un riche négociant de Lorient, il participa à la Guerre de sept ans, assurant le transport des renforts en hommes et en nourriture vers les comptoirs administrés par la France. Malgré la défaite subie par les Français le 22 janvier 1760 à Wandiwash, et la prise de Pondichéry le 15 janvier 1760 par les Britanniques, Le roi Louis XV l’honora en le nommant Chevalier de Saint-Louis en 1761. Le général en chef Thomas Arthur Lally-Tollendal supporta seul le poids de la défaite du royaume en Asie. Il la paya de sa vie. Condamné à mort, le bourreau – un certain Samson qui déploya ses talents pendant la Révolution française – s’y reprit à deux fois avant de lui couper la tête à l’aide d’une épée.

 Quand il apprit en 1769, la dissolution de la Compagnie des Indes, Marion-Dufresne s’installa sur l’île de France (Maurice). Il acheta un navire baptisé Marquis de Castries. Le gouverneur de l’île, Pierre Poivre, lui demanda de ramener à Tahiti l’indigène Aoutourou qui avait été présenté à Paris par Bougainville en 1768. Le haut-fonctionnaire lui proposa de prolonger sa navigation en explorant le sud de l’Océan et les terres inconnues vers la Nouvelle-Zélande. L’expédition de Marion-Dufresne appareilla en octobre 1771. Deux navires, le Marquis de Castries et le Mascarin qu’il commandait avec en second Julien Crozet prirent la direction de Madagascar pour une escale. La petite vérole eut raison d’Aoutourou. Sa mort inattendue modifia les buts du voyage. Le navigateur se transforma en explorateur. Il décida de mettre le cap au sud. En janvier 1772, il redécouvrit deux îles (île Marion et île du Prince-Edouard) oubliées depuis un siècle. Il aborda ensuite un archipel inconnu dont il prit possession au nom du roi de France, que l’anglais Cook baptisera du nom de Crozet. Poursuivant son périple, il espérait aborder sur une île couverte de forêt pour remplacer le mât de misaine du Marquis de Castries brisé lors d’une collision avec le Mascarin. Finalement, en avril l’expédition atteignit la côte de Nouvelle-Zélande. Le 4 mai 1772, elle mouilla dans une baie, baptisée Port-Marion.

Au contact du « bon sauvage »

 Des peuples Maoris habitaient la région. Les Français établirent le contact avec la population qui paraissait amicale. Les français se reposèrent, soignèrent les matelots malades, s’approvisionnèrent en fruits et légumes, et réparèrent les bateaux endommagés par la collision. Les relations avec les Maoris étaient confiantes. Personne ne doutait de la loyauté des indigènes. Le 12 juin, Marion-Dufresne accompagné de 12 hommes descendit à terre pour une mission d’observation. La troupe fut assaillie par les Maoris qui les tuèrent tous. Apparemment leur absence n’inquiéta personne sur les deux navires. Le lendemain, on envoya quelques hommes à la corvée de bois et d’eau. A peine débarqués, ils furent également attaqués. Un des marins réussit à s’enfuir et à rejoindre à la nage le Mascarin. Un détachement armé partit à la recherche des disparus dans les villages des Maoris. Dans un foyer encore fumant, ils découvrirent des restes humains qui attestaient que Marion-Dufresne et ses hommes avaient été victime de cannibalismes. Les matelots mirent le feu au village et tuèrent ceux qui n’avaient pas fui.

 Encore aujourd’hui, les raisons du carnage restent inconnues. Sans le savoir, les marins français avaient-ils violé des interdits ? Pour réparer la mature, avaient-ils coupé des arbres sacrés ? Avaient-ils péché des poissons dans un endroit interdit, par exemple là où un maori s’était noyé ? S’étaient-ils aventurés dans des territoires défendus ? Avaient-ils maltraité un Maori et provoqué ainsi la vengeance de sa communauté ?

 L’explication est peut-être plus simple. Marion-Dufresne en homme des Lumières partageait avec beaucoup de ses contemporains les idées rousseauistes sur le « bon sauvage ». Il idéalisait les hommes vivant au contact de la nature. Il veilla donc à ne pas froisser ses hôtes et à leur témoigner le plus grand respect. Mais, il oublia sans doute que pour survivre dans un milieu fragile, « la jeune humanité » devait respecter les équilibres naturels. Après une cohabitation de plusieurs semaines, le peuple Maori estima que ces étrangers affamés, gros consommateurs de nourriture, d’eau, de bois, prélevaient plus que la nature produisait. Ils menaçaient à terme leur mode de vie et leur culture. Il fallait au plus tôt les faire partir avant que d’autres envahisseurs encore plus nombreux et aussi peu respectueux de leur environnement ne vinssent s’installer sur leur territoire. De ce point de vue le plan fonctionna parfaitement. Le 14 juillet, les deux navires et les rescapés levèrent l’ancre sous le commandement de Du Clesmeur, chef de l’expédition et du Marquis de Castries, et de Julien Crozet, commandant du Mascarin. Arrivés en France, les explorateurs témoignèrent que la Nouvelle-Zélande était peuplée de cannibales. Les autorités françaises renoncèrent à coloniser le territoire. Les Maoris conservèrent leur indépendance jusqu’au 6 février 1840 date à laquelle la Nouvelle-Zélande devint officiellement une colonie britannique.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Eric Tabarly

masculin
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