Marivaux

Il est décédé le 

Elle est décédée le

12 Février 1763

Dramaturge et écrivain français, né le 4 février 1688 à Paris, décédé dans la même ville, à l’âge de 75 ans. Le père du « marivaudage » est considéré aujourd’hui par les auteurs dramatiques comme l'un des précurseurs du théâtre moderne. Il reste l'un des cinq auteurs les plus joués en France.

 Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux, dit Marivaux, mena de front une carrière de journaliste (Le spectateur français), de romancier (Pharsamon), et de dramaturge. Mais, on se souvient surtout de l’auteur des pièces de théâtre. Né au sein d’une famille de l’aristocratie normande, le jeune Pierre vécu jusqu’en 1712 à Riom en Auvergne où son père Nicolas occupait la charge de directeur de l’hôtel des monnaies. Après des études chez les Oratoriens, il vint à Paris étudier le droit avec l’intention de succéder un jour à son père. Son oncle maternel Pierre Bullet, architecte du roi, l’hébergea à Paris et l’introduisit à cour de Versailles, à la fin du règne de Louis XIV. Les questions juridiques lassèrent vite le jeune Marivaux. Il interrompit ses études en 1713, les reprit un peu plus tard. Il obtint enfin sa licence en droit à l’âge de 33 ans. Devenu avocat, il ne plaida aucune affaire.

 Passionné par la littérature depuis son enfance, le jeune étudiant attardé rêvait de devenir un grand écrivain. A l’âge de 18 ans, il avait déjà écrit une comédie en un acte intitulée Le père prudent et équitable. En 1712, il publia un premier roman Les effets surprenants de la sympathie. Ces deux ouvrages lui ouvrirent les portes du salon de Mme Lambert où se réunissaient les écrivains appartenant aux Modernes. Ce courant littéraire et artistique s’opposait aux conceptions défendues par les Anciens qui prétendaient que la création devait s’inspirer exclusivement de l’Antiquité gréco-latine, un modèle à leur yeux parfait. Les Modernes souhaitaient dépasser les problématiques antiques et soutenaient que l’art devait traiter les questions contemporaines en inventant de nouvelles formes artistiques.

 Marivaux s’inscrivait dans cette famille artistique. Il se lia d’amitié avec Fontenelle. En 1717, son mariage avec Colombe Boulogne, la fille d’un conseiller du roi, lui apporta une dot conséquente. A l’abri du besoin, il se consacra entièrement à l’écriture. Il publia plusieurs romans dont L’Homère travesti, une parodie de L’Iliade. Dans ce poème burlesque, il se moquait de l’héroïsme militaire et condamnait la guerre.

 En 1720, la banqueroute de Law, contrôleur général des finances du royaume, provoqua la ruine de nombreux épargnants dont Marivaux. L’écrivain s’était consacré à la littérature par vocation. Désormais, il vivrait de sa plume par nécessité. Il choisit la forme théâtrale pour s’exprimer. L’amour et la vérité et Arlequin poli par l’amour, interprétés par des comédiens italiens, remportèrent de grands succès. L’année suivante, Marivaux s’essaya à la tragédie. Sa pièce en cinq actes Annibal laissa les spectateurs indifférents. Après ce relatif échec, il revint à la comédie avec La surprise de l’amour (1722) et La double inconstance (1723). De nouveaux succès accueillirent ces pièces. La mort de son épouse ternit la joie d’être célébré par ses contemporains. Elle laissait une fille Colombe qui prit le voile en 1753.

 Les années 1730 coïncidèrent avec le temps de la maturité. Dans les deux pièces Le jeu de l’amour et du hasard (1730), Le triomphe de l’amour (1732) et Les fausses confidences (1737) il révolutionna la comédie sentimentale en mettant en scène des dialogues amoureux faussement espiègles ou précieux. Ces échanges de propos galants et à double sens, mêlant des propos savants et des mots triviaux, ont donné naissance au verbe « marivauder » et à la locution « marivaudage ». Son contemporain Voltaire se moqua du dramaturge à qui il reprochait « de peser des œufs de mouche dans des balances de toile d’araignée ».  Les Encyclopédistes mêlèrent également leur voix à l’auteur de Candide pour condamner ses phrases artificielles et obscures.

Un auteur à la mode

Marivaux ne se laissa pas influencer par ses détracteurs. Il écrivit une quarantaine de pièces de théâtre, et une vingtaine d’essais et de romans dont La vie de Marianne (1727-1740), resté inachevé. Comme beaucoup d’écrivains de son époque, il ne dédaignait pas les honneurs. La reconnaissance d’une partie du public ne suffisait pas à sa gloire. Il posa sa candidature à l’Académie française. A sa grande surprise, les académiciens refusèrent de l’accueillir sous la coupole en prétextant qu’il « décomposait » la langue française. Finalement, en 1742 après plusieurs rejets, les « immortels » votèrent en faveur de l’inventeur de deux expressions anachroniques alors mais encore usitées aujourd’hui : « tomber amoureux », « faire parler son cœur » et « mettre en valeur ». Marivaux savoura son triomphe : les électeurs l’avaient préféré à Voltaire, son rival en littérature et son compétiteur dans la course à la notoriété. Ce dernier prit une revanche posthume en 1791 quand les révolutionnaires décidèrent la translation de ses cendres au Panthéon.

 Boudé par les philosophes de son temps, assimilé à un dramaturge d’ancien régime par les révolutionnaires de 1789, Marivaux connut une longue période d’oubli après sa mort survenue à l’âge de 75 ans, à la suite d’une pleurésie. On redécouvrit son œuvre au milieu du dix-neuvième siècle. Il inspira de nombreux auteurs dont Alfred de Musset, Jean Giraudoux, Jean Anouilh, l’écrivain Stendhal et le cinéaste Eric Rohmer. La complexité que ses contemporains lui reprochaient fut jugée innovante par le public du vingtième siècle. Le dramaturge est considéré aujourd’hui comme l’un des précurseurs du théâtre moderne. Il reste encore l’un des cinq auteurs les plus joués par la Comédie-Française avec Molière, Racine, Corneille et Musset. Les Anciens et les Modernes semblent réconciliés pour le plus grand rayonnement du théâtre français. 

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain :  Henri Salvador

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