Maurice Pialat

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Elle est décédée le

11 Janvier 2003

Cinéaste français, né le 31 août 1925 à Cunlhat (Puy-de-Dôme), décédé à Paris, à l’âge de 77 ans. Auteur d’une dizaine de films à peine, Maurice Pialat fut surtout le cinéaste exigeant de l’enfance et de la colère. Il entra dans le panthéon du cinéma mondial en 1987 avec Le Soleil de Satan lauréat de la palme d’or à Cannes. Il révéla Sandrine Bonnaire et confirma le talent d’acteur de Gérard Depardieu, son double sur le grand écran.

Né dans un village auvergnat mais élevé dans la banlieue parisienne où sa famille s’était installée après des revers de fortune, il étudia la peinture à l’école nationale supérieure des arts décoratifs. Après la seconde guerre mondiale, il exposa ses œuvres dans un salon, mais bientôt l’achat d’une caméra fit naître en lui la passion du cinéma. Dans les années 1950, Maurice Pialat réalisa quelques courts métrages. Le producteur Pierre Braunberger le remarqua et finança son premier court métrage L’amour existe, une déambulation mélancolique dans les rue de la banlieue parisienne. Trois prix prestigieux récompensèrent dans sa catégorie cette première œuvre : le prix Louis-Delluc, le Lion Saint-Marc à la Mostra de Venise et le prix Louis Lumière. Deux ans plus tard, sur un scénario de Claude Berri, il réalisa Janine, un court métrage dans lequel il relatait la conservation dans un bar de deux inconnus qui évoquaient leur amour pour une femme. A la fin, on comprit qu’ils aimaient la même personne. Cette même année, il planta sa caméra en Turquie où il réalisa Chroniques turques, un documentaire en six épisodes : Byzance, Bosphore, La Corne d’Or, Istanbul, Maitre Galip, Pehlivan. Selon la petite histoire, le producteur finança cette mini-série en puisant dans le budget accordé à Alain Robbe-Grillet qui réalisait L’immortelle en Anatolie.

 Son premier long métrage intitulé L’enfance nue avait également été initialement conçu comme un documentaire sur les enfants élevés par l’Assistance publique. Finalement, le film devint une œuvre de fiction. Elle racontait l’histoire dramatique d’un orphelin turbulent de dix ans trimbalé d’une famille à l’autre. Le garçon trouvait enfin son équilibre au sein d’un vieux couple aimant. Mais la mort de la grand-mère remit tout en cause. De nouvelles bêtises conduiront l’orphelin dans un centre de redressement, une prison pour enfant qui ne disait pas son nom. Présenté à la Mostra de Venise, récompensé du prix Jean-Vigo en 1969, ce film émouvant sur l’enfance reçut un bon accueil de la critique cinématographique et du public. Il se voulait une réponse au film de François Truffaut Les quatre cents coups, réalisé en 1959. Maurice Pialat reprochait à son confrère, dont il n’aimait pas les œuvres, d’être trop « narratif » et « explicatif ». Pour sa part, il prétendait que le spectateur devait être ému avant de comprendre l’histoire. Bien plus tard, il dénia à la Nouvelle Vague toute influence novatrice sur le cinéma, affirmant qu’il s’agissait avant tout d’un « phénomène culturel ». Il moqua la prétention de ses illustres représentants – Truffaut, Jacques Rivette, Claude Chabrol, Jean-Luc Godard - à incarner ce soi-disant nouveau cinéma.

 Maurice Pialat avait dû attendre l’âge de 43 ans pour réaliser son premier long métrage. La télévision fit appel à lui pour diriger La Maison des bois, une chronique réaliste en sept épisodes qui avait pour cadre la Grande Guerre. Un groupe d’enfants parisiens étaient recueillis par un garde forestier joué par Pierre Doris. Pour garantir son indépendance artistique, Maurice Pialat fonda en 1971 sa propre maison de production Lido Films. Il avait choisi ce nom en hommage au cabaret où il avait rencontré sa deuxième épouse. Il demanda à sa première femme de la diriger. En 1972, le réalisateur-producteur finança ainsi son retour sur le grand écran avec Nous ne vieillirons pas ensemble, une réflexion cruelle sur la difficulté de la vie de couple, adapté d’un livre qu’il avait écrit. Interprété par Marlène Jobert et Jean Yanne, le film fut présenté au festival de Cannes où Jean Yanne y obtint le prix d’interprétation masculine. Le film remporta un grand succès public avec 1,7 millions d’entrées en France. Avec l’argent gagné, il mit en scène La Gueule ouverte, une œuvre autobiographique, poignante mais difficile, sur la lente agonie d’une femme atteinte d’un cancer. Le public bouda le film, vu seulement par 27 000 spectateurs. Lido Films fit faillite et Maurice Pialat entama une longue traversée du désert.

 Il créa une autre société de production Les films du Livradois qui lui permit de tourner Passe ton bac d’abord en 1978. Contrairement à ce que le titre pouvait suggérer, il ne s’agissait pas d’un de ces films plus ou moins drôle pour ados mais d’une œuvre sociale, une réflexion désabusée sur un groupe d’adolescents qui poursuivaient des études dans une région (le nord de la France) sinistrée par le chômage. Pialat renoua avec un relatif succès : 330 000 entrées. Il put l’année suivante mettre en scène Loulou, avec Gérard Depardieu, Isabelle Huppert et Guy Marchand. Une bourgeoise lasse du vide de son existence quittait son riche compagnon pour vivre avec un jeune prolo désargenté qui passait ses journées dans les rues et les bars. La critique adouba le film et le public se pressa dans les salles (950 000 entrées). En 1983, il révéla la jeune actrice Sandrine Bonnaire, alors âgée de 15 ans, dans l’inoubliable A nos amours. Passant de l’autre côté de la caméra, il interpréta le rôle du père de Sandrine Bonnaire. Bien reçu par la critique et le public (1 million de spectateurs), le film remporta de nombreuses récompenses : César du meilleur film, César du meilleur espoir féminin pour Sandrine Bonnaire, prix Louis-Delluc.

Palme d’or au festival de Cannes

Valeur sûre du cinéma d’auteur français, Maurice Pialat retrouva en 1985 Gérard Depardieu dans Police, une histoire d’amour destructrice entre un flic et une jeune fille membre d’un réseau de drogue, jouée par Sophie Marceau en contre-emploi. Nouveau triomphe : 1, 8 millions de spectateurs se pressèrent dans les salles pour assister à ce polar inimitable qui fit également la une de la presse people dans la rubrique des potins. Plusieurs acteurs critiquèrent les méthodes de travail de Pialat. Selon leurs témoignages concordants, le cinéaste régna sur le plateau en dictateur. Il terrorisa la jeune Sophie Marceau poussée à bout qui se vengea en refusant d’assurer la promotion du film. Il se disputa avec Richard Anconina, excédé par ses reproches incessants. Il punit Sandrine Bonnaire en réduisant son rôle à de la figuration sous le prétexte qu’elle ne s’impliquait pas assez. Il chassa du plateau la scénariste Catherine Breillat – avant de se raviser – parce qu’elle envisageait de transformer son scénario en livre.

 En 1987, il adapta pour le cinéma le roman de Georges Bernanos Sous le soleil de Satan. Il demanda à Gérard Depardieu – son double au cinéma - d’interpréter le rôle de l’abbé Donissan, un homme de Dieu, rongé par le doute, tenté par Satan, qui ne parvint pas à sauver une jeune criminelle jouée par Sandrine Bonnaire. Présenté à Cannes, le film remporta la Palme d’or sous les huées du public et des journalistes qui souhaitaient la victoire des Ailes du désir de Win Wenders. Pialat monta sur la scène, tendit son poing et déclara : « Je ne vais pas faillir à ma réputation : je suis surtout content ce soir pour tous les cris et les sifflets que vous m'adressez. Et si vous ne m'aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus. ». L’austérité du thème traité ne rebuta pas le public : on compta 815 000 entrées en France.

 Ainsi Maurice Pialat entra dans le panthéon des grands cinéastes mondiaux. Il confirma avec éclat son nouveau statut en 1991 en réalisant un nouveau chef-d’œuvre Van Gogh dans lequel il évoquait avec justesse – il avait été peintre à ses débuts – les derniers jours vécus par le peintre hollandais à Auvers-sur-Oise. Cette réflexion sur la création consacra Jacques Dutronc qui reçut le César du meilleur acteur. Le public plébiscita le film (1,3 million d’entrées). Après une absence de quatre ans, Maurice Pialat réalisa son dernier film Le Garçu en 1995. Une œuvre mélancolique sur le temps qui passe inexorablement. Pour la quatrième fois, il dirigea Gérard Depardieu et pour la première fois son jeune fils de quatre ans Antoine né de sa relation avec la scénariste Sylvie Danton qu’il épousa. L’échec relatif du film (300 000 entrées) et la maladie l’éloignèrent définitivement des plateaux.

Jean-Pierre Giovenco

Demain : Claude Berri

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