Molière

Il est décédé le 

Elle est décédée le

17 Février 1673

Dramaturge français, baptisé le 15 janvier 1622 à Paris, décédé dans la capitale, à l’âge de 51 ans. Auteur de pièces de théâtre, metteur en scène, acteur, Jean-Baptiste Poquelin a élevé la comédie, alors méprisée au XVIIème siècle, au rang de genre majeur. Il reste encore aujourd'hui un des dramaturges les plus joués.

 Fils de Jean Poquelin, marchand tapissier, et de Marie Cressé, Jean-Baptiste vécut à Paris au sein d’une riche famille bourgeoise, en affaire avec les aristocrates et les nobles. Le statut social de son père s’éleva en 1631 quand il racheta à son frère cadet une charge de « tapissier ordinaire de la maison du roi ». La fonction consistait à faire le lit du roi, à installer des tapisseries dans les appartements royaux et à l’occasion du déplacement de la Cour dans les provinces et à veiller au mobilier. Jean Poquelin assurait son service par période de trois mois chaque année. En 1637, il obtint de pouvoir transmettre sa charge à son fils Jean-Baptiste. Ainé des cinq enfants du couple, ce dernier suivit une scolarité brillante au collège jésuite de Clermont devenu depuis le lycée Louis-le-Grand. Il entreprit ensuite des études de droit.

 En 1643, à l’âge de 21 ans, Jean-Baptiste devait choisir un métier. Deviendrait-il avocat ou reprendrait-il la charge de tapissier du roi que son père s’apprêtait à lui transmettre? A la surprise de ses proches, il choisit une troisième voie : il fonda avec la famille Béjart et six comédiens une troupe théâtrale baptisée « l’illustre-théâtre ». Il la finança avec la part de l’héritage de sa mère, décédée dix ans plus tôt. Il renonça à sa charge de tapissier et la rétrocéda à son frère Jean.

Sur les routes de France

La troupe s’installa au jeu de paume dont elle loua au prix fort les installations. Le répertoire de « l’illustre-théâtre » comprenait des pièces tragiques de Corneille ou de Racine ou des tragi-comédies, écrites par des auteurs à la mode à l’époque et aujourd’hui oubliés, comme Tristan L’Hermite ou André Mareschal. Jean-Baptiste Poquelin les mettait en scène et les interprétait. Selon une tradition en vigueur à l’époque, les comédiens prenaient des noms de scène se référant à des lieux ou fiefs imaginaires. Jean-Poquelin choisit le pseudonyme de Moliere (sans accent), en référence sans doute aux carrières d’où l’on extrayait des pierres à meules. Les premières années furent difficiles. La troupe affrontait la concurrence des autres compagnies. Des investissements hasardeux et la location des locaux grevèrent les finances de la troupe. Elle emprunta des sommes importantes qu’elle ne put rembourser. Quand les créanciers jugèrent qu’ils ne récupèreraient jamais leurs fonds, ils portèrent plainte. Molière fut emprisonné pour dettes au Châtelet en 1645. Son père régla la note. Molière recouvra la liberté, mais choisit de quitter Paris pour la province après avoir fusionné sa troupe avec celle du duc d’Epernon.

 Grace à l’appui de ce puissant personnage et également au soutien du prince de Conti, gouverneur du Languedoc, la troupe sillonna pendant une douzaine d’années les principales villes du royaume : Nantes (1645), Toulouse (1649), Albi, Carcassonne, Narbonne, Agen (1650), Grenoble, Lyon (1652, 1654, 1658), Pézenas (1653), Montpellier (1655), Narbonne, Bordeaux, Béziers (1656, 1657), Rouen (1658). La compagnie donnait des représentations privées chez les grands seigneurs ou en public pendant les fêtes. Les comédiens demeuraient quelques fois plusieurs mois dans une ville ou une région. La troupe se déplaçait en carrosse pendant que les décors et costumes suivaient dans des charrettes. Molière commença à écrire ses propres pièces. Il s’agissait en général de farces dont on a perdu la trace où pour lesquelles subsistent des doutes sur sa paternité. En 1655, il écrivit, mit en scène et joua à Lyon sa première comédie en cinq actes et en vers intitulée L’étourdi ou les contretemps. En 1656, il créa Le dépit amoureux. Les deux pièces plurent au public.

 En 1658, il décida de retourner à Paris après une absence de treize ans. Il lui fallait trouver un protecteur pour assurer la pérennité de sa troupe. Heureuse coïncidence, Monsieur, le frère du roi, un jeune homme de 18 ans amoureux de théâtre, souhaitait patronner une compagnie qui le divertirait ainsi que ses proches. La troupe de Molière fit l’affaire. Le prince l’installa gratuitement au théâtre du Petit-Bourbon, une salle vaste et bien aménagée en face du palais du Louvre. Molière et ses dix comédiens y jouèrent pendant deux ans à raison de quatre représentations par semaine, en alternance avec des acteurs italiens. Ils jouèrent des tragédies de Corneille, des comédies de Scarron et de Molière. Délivré des soucis financiers, le dramaturge créa en 1659 la pièce qui le rendit célèbre comme auteur, Les précieuses ridicules dans lequel il interprétait le rôle de Mascarille. La comédie brocardait les fats et les vaniteux qui parlaient en jargonnant, une satire à peine voilée des Grands du royaume. Le thème de la pièce enchanta le roi Louis XIV qui n’avait pas oublié les jours sombres de la Fronde quand les nobles prétendirent défier son pouvoir. A sa demande, on organisa une représentation de la pièce le 29 juillet 1660. Deux jours plus tard, le monarque assista à la représentation de Sganarelle où le cocu imaginaire. Cette comédie remporta un vif succès auprès du public. Molière la joua 123 fois en public et 20 fois en privé.

Royal soutien

Cette année-là, Jean le frère cadet de Molière décéda. Jean-Baptiste hérita de nouveau de la charge de tapissier et valet du roi. Il décida cette fois-ci d’assumer ses fonctions. Ainsi, jusqu’à sa mort, trois mois par an, il assista au lever du roi. Ce service, à défaut de l’anoblir, lui conféra le titre d’écuyer et lui assura un train de vie fastueux. L’année suivante, en février 1661, Molière s’essaya à la tragi-comédie avec Dom Garcie de Navarre ou le prince jaloux. Le public bouda. Au bout de 9 représentations, son auteur retira la pièce de l’affiche. Décidemment, les spectateurs l’attendaient sur le terrain de la comédie. Il leur donna satisfaction. Sa verve créatrice s’exprima en juin dans L’école des maris (130 représentations), en août dans Les fâcheux (121 représentations dont la générale devant le roi et la Cour).

 L’année 1662 commença sous les meilleurs auspices. En février, alors qu’il venait de fêter ses quarante ans, il épousa Armande Béjart une des jeunes actrices de sa troupe, âgée de 20 ans, fille de Madeleine Béjart, une ancienne maîtresse de Molière. Des détracteurs ou des jaloux affirmèrent, sans jamais le prouver, que la mariée était la propre fille du dramaturge. Le couple aura trois enfants dont aucun ne survivra. De mai à septembre, la compagnie donna des représentations devant la Cour. Louis XIV séduit par la verve créatrice de Molière assista à vingt-quatre d’entre elles, un record jamais égalé ou battu. L’année finit avec la présentation de L’école des femmes, une comédie grinçante qui dénonçait l’éducation morale et religieuse des femmes et se moquait du mariage chrétien. Il s’ensuivit une polémique violente avec les représentants de l’Eglise et les bigots. On accusa l’auteur d’immoralité et d’impiété. Il répondit avec humour à ses opposants six mois plus tard avec La critique de l’école des femmes. Le roi en revanche lui garda toute son estime et lui accorda une gratification. Elle lui sera versée chaque année jusqu’à sa mort.

 En 1664, Molière écrivit une comédie-ballet intitulée Le mariage forcé. Lully composa la musique. Louis XIV dansa, costumé en égyptien. En mai de cette même année, il présenta devant le roi Tartuffe ou l’imposteur. La pièce, dans laquelle il jouait Orgon, dénonçait le fanatisme et l’hypocrisie des dévots. L’Eglise se sentit visée, à juste raison d’ailleurs. L’archevêque de Paris s’émut et fit pression auprès de Louis XIV pour qu’il interdise la pièce. Le monarque s’inclina. La pièce fut retirée de l’affiche. En 1669, Molière obtint l’autorisation du roi d’en présenter au public une nouvelle version.

 En 1665, Dom Juan remporta un succès d’estime mais sans lendemain. Ses contemporains refusèrent de se reconnaitre dans ce libertin libre de mœurs et de pensée. Louis XIV lui garda néanmoins sa confiance. Il souhaita que la compagnie s’appelât désormais Troupe du roi. Il l’installa au Palais-Royal et la gratifia d’une subvention annuelle de 6000 livres. Molière atteignit l’apogée de sa carrière. Jusqu’à sa mort, il composa et mit en scène en moyenne deux pièces par an. Il composa des comédies de mœurs et de caractères comme Le Misanthrope (1666), L’Avare (1668), Georges Dandin (1668), Les femmes savantes (1672), des satires sociales dont Le Médecin malgré lui (1666) et Le Malade imaginaire (1673), des farces comme Les fourberies de Scapin (1671), des comédies-ballets dont Monsieur de Pourceaugnac (1669) et Le Bourgeois gentilhomme (1670). Les personnages qu’il dépeignit dans ses pièces sont devenus aujourd’hui des noms communs : Tartuffe désigne l’hypocrite, Alceste signifie misanthrope, Harpagon est le synonyme d’’avare, monsieur Jourdain renvoie au parvenu qui croit naïvement que l’argent transcende les classes sociales.

 Auteur de ses pièces de théâtre, metteur en scène, acteur, régisseur, économe, décorateur à l’occasion, entrepreneur, Molière s’épuisa à la tâche. A partir de 1666, sa santé s’altéra. Il souffrait des poumons. Peut-être était-il atteint de la tuberculose ou d’une forme de bronchite chronique qui provoquait de terribles quintes de toux et le laissait sans force. Le 17 février 1673, à l’occasion de la quatrième représentation de son ultime pièce Le Malade imaginaire dont il jouait le rôle d’Argan, il dut interrompre la représentation à la suite d’un malaise. On le transporta à son domicile situé rue de Richelieu, pas loin du Palais-Royal où était joué sa pièce. Une heure après, il décédait sans doute victime d’une hémorragie pulmonaire.

A l’époque, l’Eglise déniait aux comédiens le droit à un enterrement religieux. Sous la pression de Louis XIV et en raison de la notoriété du défunt, l’archevêque de Paris fit une entorse au règlement. Il lui accorda une sépulture religieuse sous deux conditions : la cérémonie religieuse se déroulerait la nuit et ne s’accompagnerait d’aucun office solennel. Une vraie tartufferie.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Michel-Ange

 

masculin
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