Napoléon 1er

Il est décédé le 

Elle est décédée le

5 Mai 1821

Empereur des Français, né le 15 août 1769 à Ajaccio (Corse), décédé sur l’ile britannique de Sainte-Hélène, à l’âge de 51 ans. Officier de petite noblesse rallié à la République, général vainqueur en Italie, il s’empara du pouvoir à la suite d’un coup d’Etat. L’ancien révolutionnaire, se fit proclamer « empereur des Français » et régna sur l’Europe pendant quinze ans avant d’être vaincu par les nations coalisées.

Sept Coalitions pour vaincre la France

- Le Première Coalition contre la république française regroupa de 1793 à 1797 la Grande-Bretagne, le Piémont-Sardaigne, l’Espagne, le royaume des Deux-Siciles, la Prusse, l’Autriches, les Provinces-unies et le Portugal. La France révolutionnaire triompha de ses adversaires notamment à Castiglione, Lodi, Pont d’Arcole, Rivoli, Loeben, Borghetto.

- La Deuxième Coalition (1798-1800) réunit l’Autriche, la Grande-Bretagne, la Russie, la Turquie, Naples. Le conflit se termina par la victoire de la France après le gain des batailles de Novi, Marengo, Montebello

- La Troisième Coalition (1805) entre la Russie, l’Autriche, la Suède et la Grande-Bretagne échoua. Victoires française notamment à Ulm et à Austerlitz.

- La Quatrième Coalition (1806-1807) rassembla le Royaume-Uni, la Prusse, la Russie et la Suède. Nouvel échec face aux armées napoléoniennes qui triomphent à Iéna, Eylau, Dantzig, Friedland

- La Cinquième Coalition (1809) formée de l’Autriche, du Royaume-Uni, du royaume de Sicile et de la Sardaigne permit à Napoléon 1er de remporter les batailles de Ratisbonne, d’Essling et de Wagram contre les Autrichiens.

- La Sixième Coalition (1812-1814) réunit le Royaume-Uni, la Russie, la Prusse, la Suède, l’Autriche, le Portugal, la Sicile. Les armées napoléoniennes subirent de désastreux revers. La retraite de Russie se transforma en déroute. La France fut vaincue également à la « bataille des nations » à Leipzig en octobre 1813. Elle ne put s’opposer à l’invasion du territoire national. Vaincue Napoléon abdiqua en 1814 et fut exilé par ses vainqueurs sur l’île d’Elbe.

- La Septième Coalition amalgama en 1815 les armées du Royaume-Uni, de la Russie, de la Prusse, de la Suède, de l’Autriche, des Pays-Bas, de plusieurs Etats allemands qui décidèrent de combattre Napoléon 1er qui avait débarqué en France et chassé le roi Louis XVIII. La campagne se déroula sur plusieurs fronts. Battu à Waterloo en Belgique le 18 juin 1815, Napoléon 1er abdiqua une seconde fois. L’aventure avait duré Cent-Jours. Les coalisés le déportèrent sur l’île de Sainte-Hélène où il mourut en 1821.

 

La dynastie des Bonaparte

Le fils de la révolution et de la République rétablit la monarchie héréditaire et créa ex nihilo une dynastie. Il installa des frères et ses sœurs sur le trône de plusieurs pays. Mais contrairement à l’espoir de leur mère Maria Leatizia Bonaparte née Ramolino qui s’extasiait devant les victoires de son fils Napoléon (« Pourvu que ça dure »), la défaite finale de l’empereur précipita la chute de la fratrie.

- Joseph Bonaparte (1768-1844), son frère ainé fut roi de Naples de mars 1806 à juillet 1808, date à laquelle il devint roi d’Espagne. Une fonction qu’il occupa pendant cinq ans avant d’être chassé par l’ancien roi légitime Ferdinand VII qu’il avait évincé.

- Lucien Bonaparte (1775-1840), occupa diverses fonctions ministérielles avant de devenir prince romain de la principauté de Canino (Latium). Son fils Charles-Louis Napoléon Bonaparte s’empara du pouvoir le 2 décembre 1851 et devint empereur sous le nom de Napoléon III.

- Louis Bonaparte (1778-1846) s’assit sur le trône du royaume de Hollande de 1806 à 1810.

- Jérôme Bonaparte (1784-1860), fut roi de Westphalie de juillet 1807 à octobre 1813. Il vécut assez vieux pour voir son neveu devenir Napoléon III. Il présida même le Sénat pendant dix mois en 1852.

- Elisa Bonaparte (1777-1820) cumula le titre de princesse de Lucques et de Piombino de 1805 à 1814 et celui de Grande duchesse de Toscane de mars 1809 à février 1814.

- Pauline Bonaparte (1780-1825), sœur préférée de Napoléon 1er, elle fut duchesse de Guastalla.

- Caroline Bonaparte (1782-1839), épousa Joachim Murat. Par son mariage, elle fut reine consort de Naples de 1808 à 1815.

A un an prés, Napoleone di Buonaparte serait né Génois. Mais en 1768, un an avant sa naissance, le République de Gènes céda l’île à la France de Louis XV. Né dans une famille de la petite noblesse corse sans fortune et de lointaine origine toscane, Napoléon Bonaparte étudia dans des écoles militaires du continent grâce à des bourses. Après cinq années à l’école de d’artillerie de Brienne il réussit en 1784 l’examen d’entrée à l’Ecole militaire de Paris. Après un an d’études, il accrocha ses galons de lieutenant et rejoignit son régiment d’artillerie de la Fère en 1785. Quand éclata la révolution française, le jeune officier de 20 ans hésita sur la conduite à tenir. Il envisagea un instant de rejoindre les rangs des émigrés, se ravisa, noua des relations avec le père de l’indépendance corse Pascal Paoli rallié à la révolution. Finalement, les deux hommes devinrent des ennemis après que Lucien Bonaparte, son frère cadet dénonça publiquement le double langage de Paoli. Les partisans de Paoli incendièrent à Ajaccio la maison des Bonaparte qui vinrent se réfugier dans le sud de la France en juin 1793.

 Désormais acquis aux idéaux de la Révolution, Napoléon Bonaparte devint républicain et se rapprocha des révolutionnaires les plus avancés comme les frères Maximilien et Augustin Robespierre et Paul Barras. Rallié aux Montagnards et aux jacobins, il participa à la lutte contre le parti girondin puissant dans le Midi qui animait la révolte fédéraliste. Vaincus à Marseille, les rebelles et leurs nouveaux alliés royalistes de Toulon opposés au gouvernement révolutionnaire de Paris pour des raisons différentes demandèrent l’aide des troupes britanniques et espagnoles. L’amiral britannique Samuel Hood et son homologue espagnol Juan de Langara donnèrent leur accord. Le 28 août 1793, 17 000 hommes (Anglais, Espagnols, Piémontais, Napolitains) débarquèrent près du port de guerre. Le lendemain, la flotte anglo-espagnole fit son entrée dans la rade de Toulon. Les républicains et les soldats du général Carteaux encerclèrent la ville. Un long siège commença. En décembre 1793, Dugommier, le nouveau général des troupes de la République, accepta de mettre en œuvre un plan d’attaque audacieux conçu par le capitaine d’artillerie Bonaparte. Commencé le 15 décembre l’assaut réussit et Toulon tomba le 18. Le lendemain, les députés Paul Barras, Robespierre jeune, Louiq Fréron et Christophe Salicetti prirent possession de la ville au nom du Comité de salut public. La répression fut sévère. Rebaptisée Port-la-Montagne, la ville passa de trente mille habitants à sept mille : quinze mille toulonnais prirent la fuite à bord des navires anglo-espagnols et un millier furent fusillés ou guillotinés. Le 22 décembre, Bonaparte était élevé au grade de général de brigade. Il avait à peine 24 ans. Il devait son avancement à la révolution.

5 octobre 1795 : Bonaparte réprime une émeute royaliste

Affecté à l’armée d’Italie qui alors cantonnait à Nice, il fut arrêté lors de la chute de Robespierre et de ses partisans de la commune de Paris en juillet 1794. Grâce à ses appuis à Paris dont le député Barras, il recouvra la liberté. En 1795, on lui proposa un poste en Vendée mais le bouillant corse refusa estimant qu’un soldat devait combattre sur le champ de bataille. On mit le contestataire en congé, sans solde. Désargenté, il erra quelques mois à Paris. La capitale était alors en proie à d’intenses luttes politiques annonciatrices de nouvelles journées révolutionnaires. A l’automne, les 750 députés de la Convention nationale luttaient à la fois contre le péril royaliste et les revendications populaires des sans-culottes, nostalgiques de Robespierre. La Constitution « démocratique » de 1793 n’ayant jamais été appliquée, ils nommèrent une commission chargée d’en élaborer une nouvelle. L’objectif était de terminer la Révolution. Après de longues discussions les parlementaires votèrent le 22 août 1795 une Constitution « bourgeoise » qui confirmait les principaux acquis des bouleversements intervenus depuis 1789. Elle se distinguait de celle votée sous la Terreur sur un point essentiel : le suffrage universel masculin était supprimé au profit du système censitaire. Désormais, seuls les propriétaires d’un bien évalué entre cent et deux cents journées de travail, selon le lieu du domicile de l’électeur masculin, étaient jugés dignes de voter. La nouvelle loi fondamentale prévoyait l’instauration du bicamérisme : un Conseil des Cinq-Cents, composé de 500 membres, exerçait le pouvoir législatif et proposait les lois ; un Conseil des Anciens, de 250 membres, les approuvait ou les rejetait. Un Directoire de cinq membres issus du corps législatif assurait le pouvoir exécutif. La Convention arrivant au terme de son mandat, des élections législatives devaient se tenir pour élire les nouveaux représentants du peuple. Les conventionnels craignaient un raz de marée royaliste qui emporterait la République. Ils inventèrent un stratagème pour barrer la route aux partisans de la monarchie.

 Ils décidèrent que le corps législatif composé de 750 députés serait renouvelé par tiers chaque année et non pas à l’occasion d’un vote unique. Cela signifiait concrètement que sur les 750 postes à pourvoir, 500 étaient affectés aux députés sortants. Les électeurs étaient appelés à choisir seulement 250 nouveaux représentants. Un député expliqua : « Il s’agit de sauver les intérêts de la République sans blesser ceux des représentants du peuple ». C’était à coup sûr le meilleur moyen pour les conventionnels de garder le pouvoir. Le décret des « deux tiers » et la Constitution fut soumis au vote des citoyens. Le referendum se déroula en septembre sous le régime du suffrage universel masculin. Sur les cinq millions d’électeurs, 1 057 390 approuvèrent la Constitution contre 49 978. Le décret des « deux tiers » recueillit l’adhésion de 205 498 français contre 108 754.

 Le résultat provoqua la colère des royalistes parisiens qui étaient parvenus à obtenir la majorité au sein des sections de Paris, désertées par les sans-culottes après la répression des émeutes de mars et de mai 1795. Ils se voyaient dépossédés d’une victoire électorale. Les sections qu’ils contrôlaient émirent une protestation auprès de la Convention qui n’en tint pas compte. Les meneurs royalistes constituèrent un comité central insurrectionnel. Ils décidèrent de passer à l’action en s’appuyant sur la garde nationale purgée de ses militants ouvriers et jacobins et qu’ils avaient noyautée. La Convention tenue au courant de leurs projets de révolte nomma une commission exécutive de cinq membres, chargée d’assurer sa protection. Dirigée par Barras, l’un des tombeurs de Robespierre en juillet 1794, elle ordonna au général Menou d’investir la section Le Peletier, centre du complot royaliste où s’étaient rassemblées les insurgés commandés par le général Danican. Le 4 octobre, contrairement aux ordres reçus, l’officier parlementa avec les insurgés au lieu de les combattre. Doutant de la loyauté de Menou suspecté de sympathiser secrètement avec les royalistes, la Convention le destitua sur le champ. Barras prit la tête de l’armée. Il s’entoura de plusieurs jeunes officiers républicains. Il se souvint du général de brigade Napoléon Bonaparte qui s’était distingué au siège de Toulon avant de voir sa carrière suspendue. Officier d’artillerie, Bonaparte fit venir à Paris une quarantaine de canons entreposés dans le camp des Sablons.

 Le 5 octobre, les royalistes au nombre de 20 000 passèrent à l’attaque en rangs serrés sur les deux rives de la Seine. Leur plan consistait à encercler les Tuileries pour pousser la Convention à capituler. Posté près du Pont Neuf, le général Carteaux empêcha le passage du fleuve. Bonaparte fit canonner le quai Voltaire, les abords de l’église Saint-Roch, la rue Saint-Honoré, la rue Saint-Florentin. Les sectionnaires se débandèrent. On releva dans leur camp deux cents tués et blessés et autant parmi les défenseurs de la Convention. Les grands vainqueurs du jour furent l’armée qui apparut somme l’arbitre des conflits politiques et Bonaparte que l’on présenta comme le sauveur de la République. Il fut nommé général en second de l’armée de l’Intérieur le 8 octobre, général de division le 16 octobre, général en chef de l’armée de l’Intérieur le 26 octobre. Rien ne put arrêter son ascension.

Victorieux en Italie, en échec en Egypte

En récompense, le Directoire sur proposition de son dirigeant hégémonique Paul Barras nomma Bonaparte chef de l’armée d’Italie. Les victoires qu’il y remporta en 1796 et 1797 le rendirent célèbre et populaire en France. Il battit à plusieurs reprises les armées autrichiennes et piémontaises à Lodi, à Borghetto, à Castoglione, à Roverodo, à Arcole et Rivoli. Il fonda sur le modèle de la république française des républiques sœurs, alliées de la France : Républiques d’’Alba, Ancônitaine, cisalpines, cispadane, bergamasque, bolonaise, bresciane, lugurienne. Le 18 octobre 1797, les Autrichiens qui craignaient l’invasion de leur pays par les troupes du général Bonaparte acceptèrent de signer le traité de paix de Campoformio. Ils validaient les conquêtes de Bonaparte en Italie et cédaient notamment à la France la Lombardie et Milan et les Pays-Bas autrichiens. Le Rhin était désormais la nouvelle frontière de la France. En échange, l’Autriche récupérait l’Istrie et la Dalmatie au détriment de la République de Venise. Entre deux victoires en Italie, le général Bonaparte trouva le temps d’épouser Joséphine de Beauharnais, son ainée de six ans, veuve d’un noble guillotiné sous la Terreur, mère de deux enfants. La première coalition étant dissoute, il restait à vaincre l’Angleterre qui prétendait continuer le combat. Bonaparte proposa au Directoire de porter un coup mortel au commerce et à la puissance anglaise en s’emparant de l’Egypte par où transitaient ses produits vers les Indes. Le général français débarqua à Alexandrie le 1 er juillet 1798 avec 45 000 fantassins. Après de brillants succès initiaux contre les mamelouks écrasés à la bataille des pyramides le 26 juillet et contre les turcs battus à El Arish le 14 février 1799, à Gaza le 25 février, au Mont-Thabor le 16 avril, il échoua à prendre Sain-Jean d’Acre et leva le siège. Après la destruction de la flotte française à Aboukir par l’amiral Nelson, la marine anglaise contrôlait la Méditerranée.

10 novembre 1799 : Coup d’Etat de Brumaire

Des messagers parvinrent à passer et à informer Bonaparte de la grave situation dans laquelle se trouvait la France. Méprisés par les élites politiques, abandonnés par les députés et détestés par le peuple, les directeurs corrompus étaient affaiblis. Un homme Emmanuel-Joseph Sieyès complotait dans l’ombre pour abattre le Directoire. Etrange destin que celui de l’abbé : en 1789, il fut un des pères de la Révolution française ; en 1799 il fut son fossoyeur. La brochure Qu’est-ce que le tiers- état ? qu’il publia en 1789 contribua au déclenchement des événements qui aboutirent à la chute de l’ancien régime. En juin 1789, il proposa la transformation des Etats généraux en Assemblée nationale et favorisa ainsi l’affaiblissement du pouvoir royal. Dix ans plus tard, le coup d’Etat des 18 et 19 Brumaire imaginé et réalisé avec le général Bonaparte conduisit à la liquidation des acquis politiques de la Révolution. Initialement, son plan consistait à abolir la constitution de l’an III, trop démocratique à son goût, et à supprimer le Directoire, un régime discrédité, dont il était un des membres aux côtés de Paul Barras, Roger Ducos, Jean-François Moulin et Louis Gohier. Craignant la réaction du peuple de Paris, Sieyès s’attacha les services du général Bonaparte qui devait assurer l’ordre dans la capitale et réprimer éventuellement tout mouvement de révolte. Rappelé, Bonaparte quitta secrètement l’armée d’Egypte qu’il laissa sous le commandement de Jean-Baptiste Kléber. Il fut accueilli en héros à Paris. Le 9 novembre (18 brumaire, an VIII de la République), les émissaires de Sieyès firent croire aux deux chambres, le Conseil des Cinq Cents et le Conseil des Anciens, qu’un complot « anarchiste » et jacobin s’apprêtait à renverser la représentation nationale. On proposa aux députés de quitter Paris et de se réunir à Saint-Cloud où leur sécurité serait mieux assurée. Apeurés, les parlementaires nommèrent Bonaparte commandant des troupes et de la garde nationale.

 Les directeurs Sieyès, Barras et Ducos favorables au complot démissionnèrent de leur fonction. Moulin et Gohier opposés au coup d’Etat refusèrent. On les assigna à résidence. Le lendemain 10 novembre (19 brumaire), les députés contraints et forcés s’assemblèrent au château de Saint-Cloud : le Conseil des Anciens se réunit dans la galerie d’Apollon ; le Conseil des Cinq Cents dans l’Orangerie. A 12h 30, Lucien Bonaparte, frère de Napoléon, ouvrit la séance du Conseil des Cinq Cents. Des jacobins prirent la parole criant : « A bas les dictateurs ! ». L’un d’entre eux proposa aux parlementaires de prêter serment à la Constitution de l’an III. Pendant ce temps, le général Bonaparte rendait visite aux députés du Conseils des Anciens. Accueilli par des cris hostiles (« A bas le nouveau César ! A bas le nouveau Cromwell !»), accusé de vouloir installer une dictature militaire, il se défendit en accusant le Conseil des Cinq Cents d’aspirer à un retour à la politique de terreur des années 1793-1794. Il termina son intervention sous les huées en menaçant d’appeler au secours les soldats.

 A 16h15, accompagné de quelques grenadiers, il gagna l’Orangerie où les représentants du Conseil des Cinq Cents venaient de jurer fidélité à la Constitution. A sa vue, les députés hurlèrent en chœur : « Hors la loi ! À bas la dictature ! Vive la République et la Constitution de l'an III ». Se sentant menacé, il sortit de la salle sans proférer une seule parole. L’affaire tournait à la pantalonnade. Si les choses en été restées là, nul doute que ses adversaires se serait gaussés de ses allées et venues, infructueuses et ridicules, entre les deux Chambres, à l’image d’un amoureux éconduit. Bonaparte, décontenancé rejoignit Sieyès dans un salon attenant. Il avoua à l’abbé que les députés se préparaient à le mettre hors la loi. Le créateur du parlementarisme à la française, lui redonna courage en répondant « ce sont eux qui s’y sont mis » et en lui demandant d’envoyer l’armée. Le coup d’Etat parlementaire se transformerait-il en coup d’Etat militaire ? Pendant que les deux hommes discutaient, Lucien Bonaparte leva la séance en prétextant que le Conseil était sous la « terreur de quelques représentants à stylets qui se sont mis eux-mêmes hors la loi», laissant entendre que des députés avaient tenté de poignarder Bonaparte, ce qui était faux.

 Il rejoignit son frère dans la cour. Ils ameutèrent les soldats pendant que les parlementaires continuaient à délibérer dans leurs salles respectives. A 17h30, Bonaparte demanda aux soldats d’investir la salle de l’Orangerie. Le général Leclerc s’adressa poliment aux députés : « Citoyens représentants, je vous invite à vous retirer ». Devant leur refus, le général Joachim Murat vociféra : « Foutez-moi tout ce monde dehors ! ». Baïonnette au canon, les grenadiers pénétrèrent dans la salle et chassèrent les députés qui s’éparpillèrent dans tous les sens. Certains croyant leur vie menacée, s’enfuirent dans le parc du château en sautant par les fenêtres.

Apprenant ce qui venait de se passer, le Conseil des Anciens vota un décret qui prenait acte de la « retraite » du Conseil des Cinq Cents et de la démission des membres du Directoire. Il nomma en son sein une « commission intermédiaire » chargée d’exercer le pouvoir législatif à la place des deux chambres. Cette solution ne convenait pas aux auteurs du coup d’Etat. Sieyès et Bonaparte rassemblèrent une cinquantaine de députés du Conseil des Cinq Cents qui leur étaient favorables. Ils recrutèrent également des parlementaires du Conseil des Anciens hostiles à la Constitution. A 21 heures, on les réunit à l’Orangerie pour une session spéciale. Les deux Chambres, épurées des députés opposés au coup d’Etat, votèrent la révision de la Constitution et abolirent le gouvernement directorial. Ils le remplacèrent par une « commission consulaire exécutive » composée de trois membres : Bonaparte, Sieyès, Ducos. Les trois consuls prêtèrent serment. Le Consulat commençait. Le lendemain, Napoléon Bonaparte déclara : « Citoyens, la Révolution est fixée aux principes qui l'ont commencée, elle est finie. » Tout était dit. Les années suivantes, il accapara tous les pouvoirs. Singeant les institutions de la Rome, il  se proclama premier consul, puis consul à vie. Il réalisa et réussit là où son modèle Jules César avait échoué dix-huit siècles plus tôt. Pendant le Consulat, il régna sans partage avec l’objectif d’assurer l’hégémonie française en Europe. A l’intérieur, son césarisme s’appuyait sur le suffrage universel masculin ; à l’extérieur, il créa une armée puissante qui avait l’expérience de la guerre. Mais au préalable, il fallait mettre fin à l’agitation révolutionnaire et à inscrire les acquis de la révolution dans un texte original.

21 mars 1804 : promulgation du code civil des Français

A sa, quatre juristes - deux originaires du Nord de la France (François Tronchet et Felix Bigot de Préameneu) et deux du sud du pays (Jacques de Maleville et Jean-Etienne Portalis) - furent chargés d’unifier le droit civil en France, en faisant la synthèse entre le droit romain en vigueur dans le sud du pays et le droit coutumier qui s’appliquait à Paris et ailleurs. Les textes furent soumis au Tribunal de cassation, aux tribunaux d’appel puis discutés au sein du Conseil d’Etat en présence du Premier consul qui s’efforça d’assister à la plupart des séances de travail. De mars à mai 1803 et de janvier à mars 1804, trente-six lois furent promulguées. La loi du 21 mars 1804 les réunit sous un seul texte appelé « Code civil des Français ». Le Code civil déterminait le droit des personnes, les droits de la famille, les droits des biens, les droits des obligations et des contrats. Rédigé dans un style clair et sobre par des juristes conservateurs, il comprenait 2281 articles. Le Code défendait les intérêts de la société bourgeoise et garantissait la propriété, considérée comme un droit sacré et absolu. Il prenait en compte des dispositions de l’Ancien régime mais conservait les principales conquêtes de la Révolution comme l’abolition des privilèges, la fin du régime féodal, le partage égal des successions. Il consacrait l’égalité civile et politique des citoyens devant la loi, la laïcité de l’Etat, la liberté de conscience. Il affirmait l’autorité du père dans la famille mais autorisait le divorce. 

Des principes généraux du droit étaient formalisés : on ne pouvait juger en application de lois non votées, les lois n’étaient pas rétroactives, les juges avaient l’obligation de se prononcer sur toutes les causes qu’on leur présentait, les juges ne pouvaient donner un caractère général et réglementaire à leur décision. Le Code civil fut complété par le Code de procédure civile, le Code du commerce, le Code d’instruction criminelle et le code pénal. Après l’attribution du titre d’empereur à Napoléon Bonaparte, le Code civil fut baptisé Code Napoléon. Il se répandit partout en Europe dans le sillage des conquêtes napoléoniennes et il inspira les Code civil italiens, roumains, hollandais, portugais, espagnols. Après son exil sur l’île de Sainte-Hélène, l’empereur déchu avoua que l’œuvre dont il était le plus fier était l’établissement du Code civil. Modifié et augmenté à partir de la IIIeme République, le Code civil actuel a conservé plus de 1100 articles originaux.

Année cruciale, l’année 1804 finit en apothéose par son couronnement impérial. Le 18 mai précédent un sénatus-consulte du sénat l’avait proclamé empereur des Français sous le nom de Napoléon 1er. Le sacre eut lieu le 2 décembre 1804 à Notre-Dame de Paris en présence du pape Pie VII. Pour bien montrer au monde que le pouvoir temporel qu’il incarnait avait la primauté sur le pouvoir spirituel, il prit la couronne posée sur l’autel et la posa lui-même sur sa tête. Il couronna impératrice son épouse Joséphine. On demanda au peuple de se prononcer par référendum sur « l’hérédité de la dignité impériale ». Les Français l’approuvèrent avec 99,9% d’approbation. L’ancien général républicain et jacobin venait de rétablir la monarchie héréditaire.

6 juin 1809 : dernière grande victoire de Napoléon 1er

Depuis le début des années 1800 les armées napoléoniennes volaient de victoire en victoire. Battue sévèrement par les français le 2 décembre 1805 à Austerlitz, l’Autriche ruminait sa revanche. Elle contestait à Napoléon la position dominante qu’occupait la France en Europe, au lendemain de la défaite russe de Friedland (14 juin 1807), sanctionnée par le traité de Tilsit (9 juillet 1807). L’empereur François 1er d’Autriche et son frère l’archiduc Charles, commandant de l’armée, attendaient une bonne occasion pour passer à l’action. Ils jugèrent ce moment venu quand ils apprirent que l’armée Française - engagée en Espagne pour faire respecter le blocus continental décrété par Napoléon contre le Royaume-Uni - avait subi de graves échecs et semblait s’enliser dans un conflit interminable. Elle n’était donc pas invincible comme beaucoup de généraux autrichiens le croyaient. Le 10 avril 1809, une puissante armée autrichienne avec à sa tête l’archiduc Charles franchit l’Inn et pénétra en Bavière alors alliée de la France. Napoléon prit le commandement de la Grande armée d’Allemagne. Les premiers affrontements tournèrent à l’avantage des Français. Napoléon crût enfin tenir sa victoire à Eckmühl, le 22 avril, quand 40 000 Français bousculèrent 80 000 Autrichiens. Mais l’archiduc Charles se retira en bon ordre. Napoléon décida alors de prendre la capitale Vienne. Il y fit son entrée le 12 mai après la sanglante victoire d’Ebersberg.

Battue mais non détruite, l’armée autrichienne parvint à s’échapper et à franchir le Danube. L’affrontement décisif n’avait pas encore eu lieu. La chute de Vienne ne signifiait pas la fin de la guerre. Chaque belligérant pouvait espérer l’emporter. Charles rassembla une puissante armée à cinq kilomètres au nord-est de la capitale. Entre son armée et celle de Napoléon coulait le Danube. Il fit détruire les ponts, attendant l’assaut de l’empereur. Ce dernier ordonna la construction de deux ponts de bateaux. Il fixa au 21 mai le début de l’attaque. La bataille dura deux jours, l’armée française parvint dans un premier temps au prix de pertes importantes à s’installer sur la rive gauche du fleuve. Les soldats occupèrent plusieurs villages qu’ils ne purent conserver. Des contre-attaques autrichiennes les en chassèrent. Les affrontements se concentrèrent autour de la ville d’Essling où le maréchal Lannes fut mortellement blessé. Le soir du 22 mai, Napoléon ordonna la retraite. Les français se retrouvaient à leur point de départ. 1 maréchal, 3 généraux, 120 officiers et 5507 soldats avaient été tués. Les Autrichiens déploraient la mort de 4200 hommes. Charles sortait vainqueur de la première manche. Vaincue mais non anéantie, l’armée française se reposa, reconstitua ses forces en prévision de la belle.

 Les deux armées respectèrent une trêve de fait de six semaines. Napoléon renforça ses troupes et fit venir de nombreux canons pour couvrir les soldats lors de la prochaine traversée du Danube. Le 30 juin, les premières unités passèrent en force sur la rive gauche. Le 4 juillet, la garde impériale et sept corps d’armées français soutenus par trois corps d’armée italiens, soit 190 000 soldats y prirent pied. Le 5 juillet, Napoléon ouvrit les hostilités en attaquant le dispositif autrichien dans les plaines de Marchfeld. Les combats se localisèrent notamment autour du village de Deutsch-Wagram. La première journée se termina par un match nul, aucune des deux armées ne parvenant à prendre l’avantage. Le 6, Charles lança une violente offensive dans le but d’encercler l’armée française. Sa manœuvre faillit réussir. Ses troupes bousculèrent les soldats de Bernadotte qui refluèrent. Napoléon brisa l’assaut en rassemblant 112 canons de tous calibres en un même point. La canonnade précise et meurtrière stoppa la progression autrichienne. L’après-midi, les armées françaises passèrent à l’offensive. L’archiduc Charles sur le point d’être submergé sonna la retraite.

 Cinq jours plus tard, Napoléon remporta une nouvelle victoire à Znaïm contre les débris de l’armée autrichienne. Charles demanda un armistice. Des négociations de paix s’ouvrirent au palais de Schönbrunn à Vienne et se conclurent par la signature d’un traité de paix le 14 octobre. L’Autriche cédait à la France la Carinthie, la Carniole, les ports qu’elle détenait sur l’Adriatique. Elle cédait la Galicie à la Pologne, le Tyrol au royaume de Bavière, Ternopol à la Russie. L’Autriche perdait 3 millions d’habitants soit un cinquième de sa population totale.

Napoléon 1er venait de remporter à Wagram sa dernière grande victoire.

15 décembre 1809 : Napoléon répudie Joséphine

La raison d’Etat est à l’origine du divorce de Napoléon 1er et de son épouse Joséphine de Beauharnais. Marié depuis le 9 mars 1796 avec la veuve du royaliste Alexandre de Beauharnais, guillotiné en juillet 1794, l’empereur des français se croyait stérile. Malgré l’ardeur qu’il déployait au lit depuis des années il ne parvenait pas à féconder sa femme. Dans son for intérieur, il n’imaginait pas que Joséphine pût être mise en cause. N’avait-elle pas donné naissance à deux enfants, le premier en 1781 (Eugène-Rose), le second en 1783 (Hortense Eugénie Cécile) ? Son opinion changea quand il apprit que deux de ses maitresses (une dame du palais et la comtesse polonaise Marie Waleska) lui avaient donné chacune un fils. Il jugea que contrairement à ce qu’il croyait, il pouvait donner la vie et fonder officiellement une dynastie. Il décida de répudier son épouse. Le divorce fut prononcé le 15 décembre 1809. Le lendemain, un décret du Sénat (sénatus-consulte) officialisa la décision, Joséphine étant impératrice consort des Français depuis que Napoléon 1er l’avait couronnée le 2 décembre 1804. L’ancien général républicain, proche des robespierristes pendant la Terreur, décida de conforter son pouvoir et son régime en recourant aux vieilles méthodes monarchistes : sceller la paix avec son ennemi par un mariage. 

 Ainsi, en 1770, les cours françaises et autrichiennes avaient proclamés leur nouvelle alliance en unissant Louis XVI et Marie-Antoinette. Quatre décennies plus tard, en 1810, Napoléon 1er épousa l’archiduchesse d’Autriche Marie-Louise, la fille aînée de l’empereur François 1er d’Autriche. Auparavant, il dut faire annuler son mariage religieux avec Joséphine par le tribunal ecclésiastique de Paris. Le mariage civil eut lieu le 1er avril 1810 et le mariage religieux le lendemain à Paris. La nouvelle impératrice accoucha le 20 mars 1811 d’un fils, Napoléon François Charles Joseph Bonaparte, roi de Rome.

 Que devenait Joséphine ? Au moment du divorce, Napoléon 1er l’autorisa à conserver le titre d’impératrice douairière. Elle possédait plusieurs châteaux, allant de l’un à l’autre suivant ses humeurs, recevant de grands personnages, s’occupant de botanique, dépensant sans compter l’argent que lui faisait parvenir son ancien époux. Elle mourut à l’âge de 50 ans, le 29 mai 1814, des suites d’une pneumonie contractée alors qu’elle faisait visiter sa propriété de Malmaison à l’empereur de Russie Alexandre 1er qui venait de vaincre les armées de Napoléon 1eret dont les troupes bivouaquaient à Paris.

7 septembre 1812 : la Grande armée triomphe à la Moskova

Depuis le traité de Tilsit signé le 9 juillet 1807, l’empereur de France Napoléon 1er et le tsar Alexandre 1er étaient officiellement des alliés. Les années suivantes, les relations se détériorèrent entre les deux monarques. Les causes de mécontentements étaient nombreuses. Le français reprochait à son homologue russe de ne pas respecter le blocus continental décrété par la France contre le Royaume-Uni, d’avoir renoué les liens commerciaux avec Londres et de surtaxer les marchandises en provenance de France, en violation des accords signés en 1807. Alexandre contestait la politique étrangère de Napoléon qui menaçait les intérêts russes. Le Corse lui avait imposé la création à sa frontière occidentale du Grand-duché de Varsovie. Il condamnait l’annexion par la France des villes hanséatiques le long du littoral allemand et du grand-duché d’Oldenbourg, une possession de l’époux de sa sœur Catherine. Un autre fait l’indisposait : le mariage de Napoléon avec l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche le 2 avril 1810 semblait indiquer un changement d’alliance politique. Les deux pays se préparaient à la guerre. Pour affermir sa position, le tsar conclut un accord avec Bernadotte, le prince héritier de Suède. En échange de son soutien militaire contre la France, il l’aiderait à conquérir la Norvège. Il sollicita également la neutralité de la Turquie. Avec l’aide financière de l’Angleterre une sixième coalition contre la France se constitua. Napoléon mobilisa ses alliés. Ils acceptèrent de fournir des contingents à sa Grande Armée, quelquefois de bonne grâce mais souvent sous la contrainte. L’empereur réunit entre l’Oder et la Vistule sept-cent mille hommes dont une moitié d’étrangers (Allemands, Autrichiens, Italiens, Polonais, Espagnols, Portugais).

 Alexandre déclencha les hostilités en avril 1812 en lançant un ultimatum à Napoléon : il devait évacuer la Prusse et la Poméranie suédoise et retirer ses troupes sur la rive gauche de l’Elbe. L’empereur répondit le 22 juin en déclarant la guerre. La Grande Armée se mit en marche le 24 juin. Elle franchit le Niémen à Kovno et progressa lentement dans la vaste plaine russe écrasée par la chaleur. Les troupes russes refusaient le combat et faisaient retraite après avoir incendié les récoltes, les fermes, le fourrage et même les villes, notamment Smolensk occupée par les Français le 17 août. La politique de la terre brûlée mécontenta la population russe. Le tsar nomma le vétéran Koutousov, 77 ans, à la tête de ses armées. Ce dernier décida d’arrêter Napoléon dans la plaine de Borodino, un affluent de la Moskova.

 Il se retrancha sur les collines environnantes transformées en forteresse, bien décidé à fermer la route de Moscou aux Français. Napoléon tenait enfin sa bataille. Il engagea le combat à 5 heures du matin le 7 septembre 1812. Quatre cents canons pilonnèrent les positions russes avant l’assaut des fantassins de la Grande Armée. A 15 heures, après de terribles combats les soldats s’emparèrent de la « grande redoute ». Malgré de lourdes pertes, l’armée russe parvint à se retirer en bon ordre, laissant sur le champ de bataille 50 000 tués et 14 000 blessés. La Grande Armée perdit 10 000 hommes dont 47 généraux. Le généralissime russe revendiqua « la victoire de Borodino » alors que Napoléon 1er célébra le succès de « la Moskova ». Les historiens jugent que le français fut bien le vainqueur de la bataille.

14 septembre 1812 : occupation de Moscou par les Français

« Moscou, Moscou », hurlèrent les premiers soldats de la Grande Armée quand ils aperçurent au loin les grands monuments de l’ancienne capitale des tsars, semblant surgir au fond de la morne campagne russe. Le nom de la ville répété par des milliers de français suscita une profonde joie au sein des colonnes de fantassins qui progressaient avec peine. Ainsi, après toutes les souffrances subies depuis le début de la campagne, voici venu le temps de la victoire et des récompenses. Décidément, l’empereur était bien le digne héritier des conquérants de l’antiquité, à l’égal d’un Alexandre ou d’un César, pensaient les vieux grognards, héros de nombreuses campagnes. Vainqueur des russes du général Koutousov à la bataille de la Moskova une semaine plus tôt, l’empereur Napoléon 1er pensait avoir réalisé le plus dur. « Il était temps », déclara-t-il à ses aides de camps en contemplant la cité du haut du mont des Moineaux. Selon une coutume en vigueur partout en Europe, les notabilités d’une ville vaincue apportaient les clés de la ville au général victorieux. Napoléon attendit la venue d’une délégation d’aristocrates russes (boyards). Personne ne se déplaça pour l’accueillir. On lui annonça également qu’à l’apparition de l’armée française, le comte Fédor Rostopchine, le gouverneur de Moscou, avait quitté précipitamment la ville avec son entourage. L’empereur se résigna à faire son entrée dans la ville, conquise sans combat. A sa grande surprise, elle avait été entièrement désertée par ses habitants.

 Il s’installa au Kremlin où on lui prépara une chambre. Dans la nuit du 15 au 16 septembre, plusieurs incendies éclatèrent en divers points de la ville. Il s’agissait d’un plan concerté par le gouverneur de Moscou. Bien qu’il le niât plus tard, il avait emporté avec lui toutes les pompes anti-incendie au moment de son départ. Il avait également libéré les prisonniers. En échange de leur liberté, les anciens détenus devaient mettre le feu à Moscou. Poussés par des vents violents, les incendies durèrent quatre jours et transformèrent la ville en brasier, obligeant les soldats français à l’évacuer provisoirement. Quand l’incendie cessa faute de combustible, Napoléon 1erretourna au Kremlin qui avait été épargné par les flammes. Il découvrit une ville aux trois-quarts détruite. L’empereur s’étonnait du comportement de son homologue russe. Il s’attendait à une demande de négociations. Rien ne venait. Il écrivit une lettre au tsar dans laquelle il faisait quelques ouvertures. N’ayant reçu aucune réponse, il envoya un émissaire auprès de Koutousov. Le tsar Alexandre 1er ordonna à son feld-maréchal de cesser tout contact avec son adversaire.

19 octobre 1812 : la retraite des Français tourne au désastre

 Napoléon enrageait. Il traita le russe de barbare scythe. Son refus d’entamer des pourparlers de paix défiait son entendement. Il le croyait fou. Il se méprenait sur les intentions de son ennemi. L’été finissait. Le tsar comptait venir à bout de la Grande Armée en s’appuyant sur un allié cruel et implacable, le général hiver. Napoléon étudia le projet de marcher sur Saint-Pétersbourg, la capitale de la Russie. Ses conseillers lui montrèrent la dangerosité d’un tel projet alors que le froid commençait à faire sentir ses effets. L’empereur envisagea d’hiverner à Moscou. Il se rendit bien vite à l’évidence : il était impossible de nourrir une armée de plusieurs centaines de milliers de soldats dans une ville ravagée par les incendies, abandonnée de ses habitants, éloignée de plusieurs milliers de kilomètres de la mère-patrie. A la mi-octobre 1812, alors que la ville avait connu sa première chute de neige importante, il se résolut à rebrousser chemin. La Grande Armée, s’ébranla le 19 octobre. Harcelés par l’armée russe qui menait des actions de guérilla, par les cavaliers cosaques mobiles et par les « partisans » résolus à bouter les envahisseurs hors de Russie, décimés par le froid (- 35 °C), la malnutrition, les maladies, les soldats français et leurs alliés vécurent de terribles épreuves. La retraite se transforma en marche de la mort.

 Napoléon 1er quitta ses soldats au début décembre pour rentrer à Paris où la nouvelle de ses échecs en Russie avait suscité une tentative de coup d’Etat du général Malet et fragilisait depuis son régime. Le 20 décembre, les débris de la Grande Armée arrivèrent en Prusse. Quatre cent mille hommes manquaient à l’appel, tués, disparus, faits prisonniers. Napoléon 1er croyait encore à sa bonne étoile : « Nos désastres feront une grande sensation, mais mon arrivée en balancera les fâcheux effets ».

4 mai 1814 : Napoléon, empereur de l’île d’Elbe

Vaincu en France par les armées alliées (Autriche, Prusse, Angleterre, Suède, Russie), Napoléon 1er abdiqua le 3 avril 1814. Le 11 avril, il accepta de signer le traité de Fontainebleau, négocié par les maréchaux Ney, MacDonald et le général Caulaincourt avec les puissances victorieuses. Napoléon 1er renonçait pour lui-même, ses descendants et sa famille à tout droit sur l’Empire et le royaume d’Italie. Ses vainqueurs l’autorisaient à garder son titre mais l’exilaient sur l’île d’Elbe dont il devenait officiellement le souverain. Les vainqueurs s’engageaient à lui verser une rente annuelle de deux millions de francs. Le 20 avril l’empereur fit ses adieux à la vieille garde à Fontainebleau, avant de prendre le chemin de Fréjus où l’attendait la frégate qui devait le conduire dans son nouveau domaine. Le 4 mai, il débarqua à Portoferraio, le principal port de l’île. Chateaubriand qui le détestait se moquera plus tard en rappelant avec cruauté que le maître de l’Europe régnait désormais sur « un carré de légume ». Située entre l’Italie et la Corse la principauté s’étendait sur 30 kilomètres de long pour 18 kilomètres de large. Elle comptait alors 10 000 habitants, des paysans et des pêcheurs. Quand Napoléon débarqua, une foule nombreuse l’accueillit aux cris de : « Evviva il imperatore ! ». Les cloches des églises sonnèrent. Quatre cents soldats qui avaient été autorisés à l’accompagner lui rendirent les honneurs. Le nouveau souverain participa aux cérémonies officielles à l’hôtel de ville et à l’Eglise. 

 Il prononça un discours, reçut des notables et rendit publique ses premières décisions. Il nomma au poste de gouverneur de l’île et de ministre de la guerre le général Drouot, surnommé « le sage de la Grande armée ». Un nouveau drapeau représenterait désormais la principauté : « fond blanc traversé diagonalement d'une bande rouge semée de trois abeilles fond d'or. »

 Napoléon s’installa à la Palazzina dei mulini (petit palais des moulins). Accompagné par une cinquantaine de collaborateurs, rejoint par sa mère Letizia et par sa sœur Pauline Borghèse, il fut empli de joie quand 800 grognards de la vieille garde, conduits par le général Cambronne, vinrent s’établir dans l’île. L’empereur assura ses nouvelles responsabilités avec énergie. Il décida de mettre en valeur l’île. Il fit construire un hôpital, des ponts et des routes. Il développa la culture de l’olivier et du murier pour les vers à soie. Il fit installer un réseau d’irrigation. Mais, bien vite il déchanta. Le nouveau roi des Français Louis XVIII refusa de lui verser la rente promise par le traité de Fontainebleau. Il lui faudrait alors licencier sa troupe. Qui le protègerait contre les poignards de ses ennemis que l’on disait nombreux et prêts à frapper ? Selon des rumeurs, les souverains européens regrettaient de l’avoir installé si près de la France où son souvenir persistait. Ils étudiaient une possible déportation à Sainte-Hélène, une île au bout du monde. Quand, l’empereur apprit que le nouveau régime installé en France était devenu impopulaire et suscitait de nombreuses oppositions, il jugea qu’une restauration impériale était souhaitée par de nombreuses franges de la population. Il s’y prépara activement. Le 26 février 1815, il s’embarqua sur le brick l’Inconstant et débarqua à Golfe-Juan le 1er mars.

1er mars 1815 : le rêve inachevé des Cent-Jours

Il rendit publique une proclamation adressée à ses fidèles : « Soldats… foulez aux pieds la cocarde blanche, elle est le signe de la honte. Venez-vous ranger sous les drapeaux de votre chef. La victoire marchera au pas de charge. L’aigle, avec les couleurs nationales, volera de clocher en clocher jusqu’aux tours de Notre-Dame. » Les Cent-Jours commençaient.

Le 20 mars, Napoléon arriva à Fontainebleau, là où moins de un an plus tôt il avait signé son abdication. Les troupes chargées de l’arrêter passèrent au contraire à son service. Le roi Louis XVIII au pouvoir depuis la première abdication de l’empereur en 1814 hésitait sur la conduite à tenir. L’écrivain Chateaubriand le poussa à rester assis sur son trône des Tuileries, ajoutant : « Que le dernier exploit de Napoléon soit l’égorgement d’un vieillard ». Louis XVIII répugnait à jouer les martyrs. Le soir même de l’arrivée de l’empereur à Fontainebleau, il prit la route pour Lille, puis la Belgique où il s’installa à Gand avec son gouvernement. Napoléon 1er arriva aux Tuileries. Il modifia la constitution de l’Empire dans un sens libéral. On demanda au peuple de valider la nouvelle Constitution par un plébiscite. Sur les 5 millions d’électeurs inscrits, 1, 5 million l’approuvèrent contre 4802. La majorité des Français - surtout dans le Midi en dans l’ouest où la guerre reprit en Vendée – s’était abstenue. Un désintérêt inquiétant.

15 juillet 1815 : Napoléon déporté sur l’île de Sainte-Hélène

Les puissances européennes réunies en Congrès à Vienne réagirent promptement. Ils mirent en place une nouvelle coalition militaire – la septième - pour arrêter le Corse. De puissantes armées britanniques et prussiennes prirent position en Belgique. Avant de passer à l’action, elles attendaient l’arrivée des forces autrichiennes et russes. En face, Napoléon massa 125 000 soldats. Le 15 juin, il engagea les hostilités avant l’arrivée des renforts alliés. Le 18 juin, la bataille décisive se déroula sous la pluie à Waterloo. L’armée française y fut défaite. Rentré à Paris, Napoléon abdiqua pour la seconde fois le 22 juin, avant d’être déporté par ses vainqueurs le 15 juillet sur l’île britannique de Sainte-Hélène. Après une traversée de 75 jours, le navire de Napoléon accosta sur l’île tropicale située au milieu de l’Atlantique sud, à 1900 km à l’ouest de l’Afrique. Il vécut là, sous la surveillance tatillonne de son geôlier, le gouverneur Hudson Lowe. En 1819, une petite communauté de Corses vint rompre la monotonie de sa vie de reclus. Atteint sans doute d’un cancer de l’estomac, il mourut en 1821, à l’âge de 51 ans et fut inhumé sur place. En 1840, les cendres de Napoléon retournèrent en France et reposèrent dans un sarcophage installé sous le dôme des Invalides où on peut le voir.

Jean-Pierre Giovenco

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