Napoléon III

Il est décédé le 

Elle est décédée le

9 Janvier 1873

Homme d’Etat français, né le 20 avril 1808 à Paris, décédé à Chileshurst (Royaume-Uni), à l’âge de 64 ans. Neveu de l’empereur Napoléon 1er, il fut élu président de la République le 10 décembre 1848. La constitution lui interdisant de se représenter, il fomenta un coup d’Etat le 2 décembre 1851 pour se maintenir au pouvoir. Il abolit la deuxième République et restaura l’Empire. Défait par l’armée prussienne en septembre 1870, fait prisonnier, il abdiqua et son régime s’effondra, remplacé par la IIIeme République.

Quand Charles Louis Napoléon Bonaparte (appelé Louis-Napoléon) naquit en 1808, son oncle Napoléon Ier régnait sur une grande partie de l’Europe et son père Louis Bonaparte, frère de l’empereur, était roi de Hollande. Sa mère Hortense de Beauharnais était la fille de Joséphine de Beauharnais, première épouse de Napoléon 1er et impératrice des Français et reine d’Italie jusqu’en 1809.

 Après la chute de l’Empire au lendemain de la défaite de Waterloo et la restauration de la monarchie, le roi Louis XVIII promulgua le 12 janvier 1816 une loi qui notamment bannissait du royaume tous les Bonaparte. Louis-Napoléon vécut en exil à Arenenberg (Suisse alémanique) avec sa mère qui avait divorcé. Durant sa jeunesse il subit dans doute l’influence de son précepteur Philippe Le Bas, le fils d’un conventionnel jacobin pendant la révolution, proche de Robespierre, qui avait préféré se suicider plutôt que de tomber entre les mains de ses ennemis la nuit du 27 au 28 juillet 1794. Si Le Bas lui enseigna les valeurs de la République et la haine des rois, un ancien officier de Napoléon 1er le familiarisa avec la chose militaire et l’éleva dans le culte de l’empereur. En 1823, la famille s’installa à Rome où l’adolescent se lia avec des libéraux italiens, imprégnés des idées de liberté et fervents militants de l’unité italienne. En 1830, Louis-Napoléon retourna en Suisse et s’engagea dans l’Ecole militaire centrale fédérale de Thoune, alors dirigée par Guillaume Henri Dufour, un vétéran de la Grande Armée où il servit en qualité d’officier du génie. Cette même année, la famille Bonaparte apprit avec espoir la chute du roi Charles X après les Trois Glorieuses, croyant que la proscription contre ses membres serait levée. Une nouvelle loi au contraire confirma leur bannissement du royaume où le culte de Napoléon restait vivace dans certaines couches de la population. Indigné, Louis-Napoléon adhéra aux carbonari, la charbonnerie en France, une société secrète révolutionnaire qui entretenait une agitation endémique en Italie. Le mouvement luttait pour l’unité du pays, la promulgation d’une constitution, le respect des droits de l’homme, la fin du pouvoir séculier du pape. Louis-Napoléon participa avec son frère aux insurrections populaires qui éclatèrent dans les Etats pontificaux. Battus, par les armées autrichiennes et papales, les insurgés survivants, encerclés à Forli, furent décimés par une épidémie de rougeole. Son frère Napoléon-Louis succomba à la maladie. Louis-Napoléon également atteint survécut.

Carbonaro et…officier de l’armée suisse

De retour en Suisse, convaincu que les portes de la France lui étaient fermées à jamais, Louis-Napoléon demanda et obtint la nationalité suisse en 1832. La même année, un événement changea la donne politique. Le 22 juillet Napoléon François Joseph Bonaparte, fils de Napoléon 1er et de Marie-Louise d’Autriche, plus connu sous le nom de duc de Reichstadt, mourut des suites d’une tuberculose. La mort du prétendant au trône impérial ouvrait des perspectives à Louis-Napoléon, nouvel héritier de facto de la couronne impériale, après les renonciations de son père et de son oncle Joseph. Dans un premier temps, Louis-Napoléon Bonaparte poursuivit sa carrière au sein de l’armée suisse, avec le grade de capitaine dans un régiment d’artillerie cantonné à Berne. Mais, le rêve de rentrer en France en vainqueur ne l’avait pas quitté. Le nom de Bonaparte sonnait comme un programme. Informé par des officiers et des bonapartistes du discrédit dans lequel était tombée la monarchie de Juillet, il crut son heure venue. Après une préparation bâclée, il tenta de soulever la garnison de Strasbourg où il comptait quelques appuis parmi les officiers. Son plan consistait ensuite à marcher sur Paris à la tête des régiments félons pour renverser la monarchie. Engagée le 30 octobre 1836 au matin, le complot échoua lamentablement. Les soldats l’écoutèrent mais refusèrent par le suivre après l’intervention énergique du commandant de la place. Arrêté et emprisonné, Louis-Napoléon Bonaparte échappa à un procès public. Le roi Louis-Philippe jugea plus prudent de l’exiler aux Etats-Unis où il séjourna pendant onze mois avant de retourner en Suisse. Beaucoup estimaient que la piteuse équipée de Strasbourg avait définitivement discrédité le neveu de Napoléon 1er.

 Ils se trompaient lourdement. Installé au Royaume-Uni en août 1838, Louis-Napoléon multiplia les libelles et pamphlets contre le gouvernement français. Le 5 août 1840, profitant de la ferveur populaire suscitée par le retour en France des cendres de Napoléon 1er, il tenta un second Coup d’Etat. Soutenu par quelques fidèles dont le général de Montholon qui avait accompagné l’empereur dans son internement à Sainte-Hélène, il débarqua près de Dunkerque avec le projet de rallier à sa cause le 42e régiment d’infanterie. Les gendarmes ripostèrent. Plusieurs conjurés furent tués ou blessés. Louis-Napoléon légèrement atteint par une balle ne bénéficia cette fois-ci d’aucune mansuétude du roi. La Chambre des pairs le condamna à la prison à vie. On l’enferma à la forteresse de Ham où on lui accorda des conditions de détention confortables. Il en profita pour rédiger en 1844 Extinction du paupérisme, un ouvrage inspiré des idées saint-simoniennes dans lequel il écrivait « Aujourd'hui, le règne des castes est fini, on ne peut gouverner qu'avec les masses ». Après six ans d’internement, il réussit à s’évader en empruntant les habits d’un peintre nommé Pinguet. Il y gagna plus tard le surnom de Badinguet.

Elu président de la République

Il se trouvait en Angleterre quand la Révolution de février 1848 chassa du pouvoir Louis-Philippe 1er. Alphonse de Lamartine proclama la deuxième République à l’hôtel de ville de Paris. Le comploteur Louis-Napoléon se présenta aux élections législatives et fut élu dans quatre départements le 4 juin sous la bannière des bonapartistes. Le 16 juin, il annonça sa démission pour protester contre le gouvernement qui l’accusait d’attiser la colère des ouvriers acculés à la misère après dissolution des ateliers nationaux. Le 22 juin Paris se couvrit de barricades. Apeurée, l’Assemblée nationale accorda les pleins pouvoirs au général Cavaignac pour ramener l’ordre. Le militaire mobilisa les régiments cantonnés dans les environs de Paris. Ses 50 000 hommes passèrent à l’offensive contre les révoltés. La bataille des rues tourna au massacre. Quatre mille ouvriers périrent dans les combats. Une répression impitoyable suivit la prise des barricades. Mille cinq cents insurgés désarmés furent fusillés sans jugement. Du côté de l’armée on releva 1600 tués dont 6 généraux. Enfin rassurée, l’Assemblée proclama que le général Cavaignac « avait bien mérité de la patrie ». L’officier était désormais l’homme fort du gouvernement qu’il présidait. Tous les observateurs étaient convaincus qu’il remporterait facilement l’élection présidentielle convoquée pour le mois de décembre suivant. Le « bourreau de Paris » comme l’avaient surnommé ses opposants affronta Alphonse Lamartine, l’ancienne idole du peuple, Ledru-Rollin, le républicain de gauche, Raspail, le socialiste encore emprisonné et Louis-Napoléon Bonaparte, qui avait été réélu député en septembre. A la surprise générale, le 10 décembre 1848 ce dernier remporta 5,57 millions de voix (74,2% des suffrages exprimés) contre 1,46 millions de voix (19,6 %) pour Cavaignac.

 Elu pour un mandat unique de 4 ans, le premier président de la République de France jura fidélité à la Constitution. En mai 1849, des élections législatives furent organisées. Les conservateurs et les royalistes qui se présentaient comme le parti de l’ordre remportèrent le scrutin avec 450 députés contre 180 républicains de gauche et 80 républicains modérés. Le président Louis-Napoléon Bonaparte dut cohabiter avec une chambre hostile qui rêvait de restaurer la monarchie. Le président avait pourtant donné des gages au parti catholique en envoyant à Rome un corps expéditionnaire français avec pour mission de remettre sur son trône le pape Pie IX qui en avait été chassé par les républicains italiens de Guiseppe Garibaldi. Après un échec initial, les soldats français rétablirent le régime absolutiste dans la ville éternelle, provoquant la colère de la gauche républicaine française qui accusa l’ancien corbonaro Louis-Napoléon d’avoir trahi ses idéaux de jeunesse. Ce revirement n’amadoua pas l’Assemblée. Les heurts entre les pouvoirs exécutif et législatif ne cessèrent pas. Ils s’aggravèrent quand le président dont les pouvoirs arrivaient à échéance tenta de réviser la Constitution pour se représenter en 1852. Un vote eut lieu à la Chambre des députés le 21 juillet 1851. Il lui fallait réunir 563 voix sur 750. Il n’en obtint que 446. Désormais, pour se maintenir au pouvoir il devait tenter un coup d’Etat.

Le coup d’Etat du 2 décembre 1851

Louis-Napoléon Bonaparte se résolut à cette extrémité. Le deux décembre 1851, quelques mois avant la fin de son mandat, , abolit la Constitution qui lui interdisait de se représenter. En violation de la loi suprême, il promulgua six décrets qui mettaient fin au régime issus de la Révolution de 1848. Appelant l’armée à la rescousse, il instaura l’Etat de siège et fit arrêter plusieurs centaines d’opposants et de députés républicains ou monarchistes. Les soldats fermèrent les journaux et les imprimeries hostiles.

Il renvoya l’Assemblée nationale. Il annonça la mise en chantier d’une nouvelle Constitution. Pour s’attirer les bonnes grâces du peuple, il rétablit le suffrage universel masculin qu’il avait…supprimé un an plus tôt. Dans une proclamation, il affirma vouloir restaurer le « système créé par le premier consul ». Neveu de l’empereur Napoléon 1er, il proposait en réalité de rétablir l’Empire dont le souvenir restait vivace dans de nombreux secteurs de la population. Ce coup d’Etat suscita d’abord l’hostilité des élites politiques qui se voyaient dépossédées du pouvoir.

 Dans un premier temps, les ouvriers parisiens semblèrent choisir la neutralité. Ils n’avaient pas oublié que la plupart des politiciens républicains bourgeois, aujourd’hui pourchassés, n’avaient pas hésité à envoyer la troupe contre eux en juin 1848. La féroce répression avait alors causé la mort de plus de cinq mille d’entre eux. Mais, le 3 décembre, un comité de députés montagnards avec à leur tête Victor Hugo et Victor Schœlcher, le père de l’abolition de l’esclavage, constituèrent un comité de résistance et appelèrent le peuple à s’opposer par la force au coup d’Etat de Louis-Napoléon qui s’était mis « hors la loi », en violant plusieurs articles de la Constitution. Le jour même, des ouvriers édifièrent à Paris des dizaines de barricades, la plupart dans les quartiers populaires de l’est de la capitale. Le lendemain, Louis-Napoléon concentra une trentaine de milliers de soldats face aux insurgés retranchés entre les grands boulevards, le jardin du Luxembourg et la montagne Sainte-Geneviève. Le 4 décembre, l’armée passa à l’offensive et tira sur les quelques milliers de rebelles. Les femmes et les enfants mais aussi les badauds ne furent pas épargnées par la répression. On releva suivant les sources entre quatre cents et six cents tués. Le 5, Paris, terrorisé, était sous le contrôle des militaires. La révolte s’étendit à la province au fur et à mesure que la nouvelle du coup d’Etat était connue. Mais, elle ne prit jamais un tour organisé sauf dans le département du Var où une « armée » républicaine affronta les soldats dans les environs d’Aups. On compta une centaine de tués. A la fin du mois, le calme régnait dans le pays.

Le Second Empire

Louis-Napoléon Bonaparte demanda au peuple français d’approuver le coup d’Etat. Il organisa à la hâte les 21 et 22 décembre un plébiscite. Dans un climat de répression et de terreur, plus de 7,4 millions électeurs « lui déléguèrent les pouvoirs pour établir une constitution sur les bases proposées dans sa déclaration ». Six cent mille électeurs eurent le courage de voter non à sa demande. Ainsi conforté, Louis-Napoléon installa sa dictature. Le 7 novembre 1852, un sénatus-consulte lui conféra le titre d’empereur. Un plébiscite (7,8 millions de oui pour 250 000 non) l’approuva. Le 2 décembre suivant Louis-Napoléon devint empereur des Français sous le nom de Napoléon III « par la grâce de Dieu et la volonté nationale ». Pendant les premières années de son règne, Napoléon III régna seul. Seule son épouse, l’impératrice d’origine espagnole Eugénie, épousée en 1853, exerça une vraie influence. Conservatrice et très pieuse, elle incita son impérial époux à défendre les intérêts de l’Eglise catholique partout dans le monde.

 Décidé à jouer un rôle de premier plan en Europe, il se lança dans l’aventure de la guerre de Crimée. Une obscure querelle à propos de la garde des lieux saints à Jérusalem et à Bethléem opposa la France catholique à la Russie orthodoxe. En 1852, Le Sultan de l’Empire ottoman concéda des avantages aux religieux latins mais pas aux religieux orthodoxes. Il mécontenta leur protecteur naturel, le tsar de Russie Nicolas 1er qui occupa en représailles les principautés de Valachie et de Moldavie, vassales du Sultan. La Turquie déclara la guerre à la Russie. La France tenta une médiation. En vain. La Russie détruisit la flotte turque. Les navires de guerre français et anglais pénétrèrent en février 1854 dans la mer Noire pour protéger les détroits du Bosphore et des Dardanelles et obtenir l’évacuation des territoires occupés. Le refus du tsar conduisit la France et l’Angleterre à déclarer la guerre à la Russie le 27 mars. L’année suivante, la Sardaigne rejoignit le camp des Alliés. Un long conflit sanglant se déroula essentiellement sur la presqu’île de Crimée. Après des succès initiaux au bord de l’Alma, les Alliés piétinèrent et mirent le siège de la ville-forteresse de Sébastopol. Mal équipés pour lutter contre le froid, les soldats français subirent de lourdes pertes pendant l’hiver. Des renforts en hommes et en matériels permirent aux Français de repasser à l’offensive. Le mamelon fut pris le 7 juin 1855. Les Russes tentèrent de briser l’encerclement de la ville en août. Ils furent écrasés au pont de Traktir. Le 8 septembre, le général Mac-Mahon s’empara de la tour Malakoff. Vaincus, les Russes évacuèrent la ville. 120 000 Alliés dont 95 000 Français étaient morts. Le congrès de Paris (26 févier-30 mars) réunit les belligérants et aboutit à un accord. Les principautés danubiennes recouvraient leur autonomie, les frontières de l’Empire ottoman était garanties, les chrétiens de Turquie obtenaient les mêmes droits que les musulmans, la mer Noire était interdite aux flottes navales russes et turques. Incontestablement la France sortait victorieuse du conflit. Napoléon III pavoisait. Il avait lavé l’humiliation subie par son oncle en 1815. Mais le prix payé – financier et surtout humain - était exorbitant.

La réunion à la France de la Savoie et du comté de Nice

L’Empereur n’en avait cure. Il avait restauré le prestige de la France en Europe. Bientôt, la question italienne occupa le devant de la scène. N’avait-il pas dans sa jeunesse soutenu les carbonari qui luttaient pour l’unification de leur pays et l’expulsion de l’occupant autrichien ? En juillet 1858, Camille Benso, comte de Cavour, président du Conseil du royaume de Piémont-Sardaigne, le rencontra secrètement à Plombière-les-Bains Dans la cité thermale vosgienne, les deux hommes mirent au point un plan qui changea la carte de l’Europe. Napoléon III s’engagea à soutenir le projet des piémontais d’unifier l’Italie autour du roi Victor Emmanuel II et de chasser les autrichiens du nord de l’Italie. En échange, Cavour acceptait de céder à la France la Savoie et le comté de Nice. Au début le plan se déroula selon le scénario mis au point à Plombière. Les Autrichiens déclarèrent la guerre en avril 1859 au royaume de Piémont-Sardaigne. Les italiens l’emportèrent à Palestro et à Montebello. Les franco-piémontais vinrent à bout difficilement des Autrichiens à Magenta et à Solferino en juin 1859. Victorieux mais choqué par l’ampleur des pertes (40 000 morts et blessés), Napoléon III décida de signer un armistice à Villafranca di Verona avec l’Autriche-Hongrie, sans en référer à son allié piémontais qui s’estima trahi. Bien qu’agrandi de la Lombardie, l’unification de l’Italie autour du Piémont-Sardaigne n’était toujours pas achevée. Cavour démissionna. L’annexion du comté de Nice et de la Savoie n’était plus à l’ordre du jour. Mais, l’aspiration à l’unité ne faiblissait pas. De juillet à mars 1860, plusieurs duchés (Parme et Modène notamment) rallièrent le Piémont. 

 Le niçois Guiseppe Garibaldi à la tête des Mille s’empara du royaume des Deux-Siciles qu’il apporta à Victor-Emmanuel II. Le futur roi d’Italie ouvrit de nouvelles négociations avec Napoléon III. Le 24 mars 1860, le traité de Turin confirmait l’annexion par la France de la Savoie et du comté de Nice après consultation des populations. A Nice, le plébiscite se déroula les 15 et 16 avril 1860. Garibaldi député de Nice au parlement de Turin s’opposa avec vigueur à la réunion à la France. Réticente au début, la population accepta le changement de souveraineté à la demande de Victor-Emmanuel. L’appareil administratif mena une intense campagne en faveur du rattachement. Sur 30 712 inscrits, 25 743 votèrent pour l’annexion, 160 votèrent contre et 4779 ne participèrent pas à l’élection. En Savoie, la consultation eut lieu une semaine plus tard. Sur 135 449 inscrits, 130 533 savoisiens optèrent pour la réunion à la France.

 Le Comté de Nice rebaptisé Alpes-Maritimes fut officiellement cédé à la France le 14 juin 1860. Pour accroître la superficie du nouveau département français et pour faire oublier dans doute à ses habitants son passé, les autorités lui adjoignirent les arrondissements de Grasse et de Cannes, situés initialement dans le département du Var. Ainsi amputé de ses deux villes et du fleuve qui avait donné son nom, le Var devint le seul département français à porter le nom d’un cours d’eau qui ne coulait plus sur son territoire. 

 Ces succès militaires et diplomatiques poussèrent Napoléon III à adoucir son régime. Il modernisa à marche forcée la France pour ne pas rater la révolution industrielle qui assurait la prospérité et la renommée du Royaume-Uni. Il stimula l’économie, modernisa l’appareil industriel, développa le chemin de fer, stimula le commerce et la consommation, transforma les villes, soutint la recherche scientifique et technique. Deux Expositions universelles organisées à Paris en 1855 et 1867 montrèrent au monde le dynamisme de la France. Sous son règne, le France paysanne entra dans l’ère industrielle. L’Empereur s’intéressait également à la question sociale. Les usines réclamaient une main d’œuvre nombreuse et exploitée. Sensibilisé par la détresse ouvrière, il tenta d’améliorer leur sort par quelques mesures qui relevaient plus de la charité que d’une véritable politique de partage des fruits de la croissance. On créa quelques crèches, orphelinats, maisons de retraites. En mai 1864, la grève était légalisée et le gouvernement autorisa les coalitions, ancêtres des syndicats.

Echec de l’expédition mexicaine

Napoléon III décida d’intervenir militairement au Mexique quand le président Benito Juarez annonça qu’il ne reconnaissait pas les dettes extérieures contractées par ses prédécesseurs. L’Empereur convainquit l’Espagne et l’Angleterre de participer à l’expédition militaire. Les Européens débarquèrent à Veracruz fin 1861. Ils trouvèrent un pays en proie à la guerre civile. Au bout de quelques mois, les espagnols et les Anglais rembarquèrent leurs troupes après la signature d’accords de compromis. Napoléon III s’obstina au contraire à poursuivre les opérations militaires. Son projet consistait à établir la monarchie au Mexique et à offrir le trône à l’archiduc Maximilien de Habsbourg, frère de l’empereur autrichien François-Joseph. Après plusieurs tentatives infructueuses, les Français occupèrent Mexico en juin 1863. Une assemblée de notables sous influence française proclama la monarchie. Maximilien devint empereur. Sa désignation raviva la guerre civile avec les partisans de Juarez. Pressé par les Etats-Unis, Napoléon III ordonna le retrait de l’armée française. Le dernier soldat quitta le Mexique en février 1867. Quelques semaines plus tard, Maximilien tomba entre les mains des juaristes et fut fusillé le 19 juin. L’expédition mexicaine se terminait par un fiasco. Le prestige de Napoléon III était gravement entamé. Six mille soldats avaient été tués pour aucun résultat.

 Cet échec eut peu de retentissement en France. L’opposition républicaine - incarnée notamment par le jeune avocat Léon Gambetta - demeurait une force marginale, éloignée du pouvoir malgré un programme qui semblait devoir susciter l’adhésion de la population : rétablissement du suffrage universel (masculin) pour toutes les élections, instauration de la liberté de la presse et d’opinion, abolition de toutes les lois liberticides, séparation des Eglises et de l’Etat, mise en place de l’instruction primaire laïque et gratuite, liberté de réunion et d’association, égalité sociale etc. Le peuple ne se laissa pas séduire par ces promesses. A l’occasion des élections législatives du 24 mai et du 7 juin 1869, les électeurs infligèrent un sévère camouflet aux républicains. Ils envoyèrent à la chambre cent-vingt bonapartistes libéraux, quatre-vingt-dix-huit bonapartistes autoritaires, quarante et un royalistes et seulement trente partisans de la République. L’émiettement des forces parlementaires mit l’empereur eu centre du jeu politique. Il demanda à Emile Olivier, un républicain rallié au régime, de former un gouvernement « libéral » en s’appuyant sur les bonapartistes libéraux et les royalistes. Elu député de Paris au Parlement, Léon Gambetta combattit résolument la politique du transfuge. Avec ses amis, il fit campagne pour le « non » au plébiscite organisé par l’empereur le 8 mai 1870 qui entérinait l’évolution du régime vers un « Empire libéral ». Le peuple surtout des campagnes désavoua encore une fois les républicains. Les bonapartistes remportèrent une large victoire : 7 358 000 « oui » contre 1 538 000 « non ». Ils gagnaient 3 000 000 de voix par rapport aux élections législatives de l’année précédente. L’Empire semblait plus solide que jamais. C’était une apparence. Le régime avait à peine six mois à vivre.

La défaite française face à la Prusse provoque la chute du Second Empire

Dans les années 1860, la politique du chancelier Otto von Bismarck visant à rassembler les Etats allemands autour de la Prusse inquiétait la France. Napoléon III redoutait la naissance à ses frontières d’une nation puissante et jeune qui à l’évidence n’avait pas terminé son unification. Le duché du Luxembourg, une terre où l’on parlait allemand, membre de surcroit de la Confédération germanique, serait-il la prochaine proie de la Prusse ? Napoléon III le craignait. Déjà une garnison prussienne était installée dans la capitale du Luxembourg. Pour desserrer l’étau, l’empereur proposa en 1867 aux chancelleries européennes d’acheter le duché. Sa proposition fut rejetée par la communauté internationale et provoqua une crise avec la Prusse que Bismarck exploita avec habileté. En 1869, la tension monta d’un cran quand un prince prussien Léopold Hohenzollern posa sa candidature au trône d’Espagne qui était vacant après l’abdication de la reine Isabelle II. Le spectre d’un encerclement se précisait. Le retrait de la candidature de Léopold ne calma pas la situation. Napoléon III exigea que la Prusse s’engageât à renoncer dans le futur à présenter un candidat. Guillaume 1er en cure à Ems reçut l’ambassadeur de France le comte Benedetti et lui signifia qu’il ne pouvait s’engager pour l’avenir. L’après-midi, l’ambassadeur sollicita une nouvelle audience, mais on l’éconduit poliment. Le soir, le roi envoya une dépêche à Bismarck pour lui relater son entrevue avec le diplomate français. 

 Le ministre-président trafiqua le texte du télégramme de sorte qu’il apparut comme un affront fait à la France. Il le communiqua le 14 juillet aux ambassadeurs prussiens à l’étranger et aux journaux qui s’empressèrent de le publier. Le texte indiquait : « Sa majesté le roi a refusé de recevoir encore une fois l’ambassadeur français et lui a fait dire par l’aide de camp de service qu’il n’avait plus rien à communiquer à l’ambassadeur ». Connue à Paris le jour même, la dépêche suscita une vague d’indignation parmi les parlementaires français et déchaina l’opinion publique. Les rares députés qui firent remarquer à leurs collègues que la candidature Hohenzollern avait été retirée - ce qui constituait une belle victoire diplomatique de la France - furent hués et traités de « prussiens ».

 Le premier ministre Emile Olivier demanda le 15 juillet à la Chambre de voter les crédits nécessaires à la guerre, ajoutant : « De ce jour commence pour les ministres mes collègues et pour moi une grande responsabilité. Nous l’acceptons d’un cœur léger ». Pendant ce temps une foule hystérique, confiante dans la victoire, criait dans les rues de la capitale : « A Berlin ! ». Napoléon III interrogea le maréchal Lebœuf, ministre de la guerre, sur l’état de préparation de l’armée française. Le militaire répondit péremptoire : « Quand la guerre devrait durer un an, il ne manque pas un bouton de guêtre ». Le 19 juillet, le chargé d’affaires de l’ambassade de France remit officiellement à Bismarck le texte de la déclaration de guerre.

 Contrairement aux affirmations du ministre de la guerre, l’armée française n’était pas préparée pour la guerre. Face aux 500 000 soldats prussiens bien entrainés et dotés d’un armement moderne, elle ne pouvait théoriquement aligner que 350 000 soldats. Mais environ 100 000 d’entre eux avaient été déployés en Algérie et à Rome pour protéger le pape contre les patriotes italiens de Garibaldi. En outre, les soldats Français avec leur pantalon garance et leur tunique bleu constituaient des cibles faciles pour les prussiens, vêtus pour leur part d’uniformes sombres qui leur permettaient de se fondre dans la nature. L’artillerie prussienne composée de canons Krupp en acier que l’on chargeait par la culasse dominait les canons français en bronze, chargés par la bouche, comme pendant les guerres napoléoniennes, six décennies plus tôt. Le fusil français Chassepot d’une portée de 1800 mètres était supérieur au Dreyse allemand. Problème de taille : les cartouches étaient en nombre insuffisant.

 Les opérations militaires commencèrent le 2 août. L’Alsace et la Lorraine furent perdues avant la fin du mois. 150 000 soldats français se réfugièrent dans la ville de Metz. Une armée de secours commandée par Napoléon III échoua à les libérer et capitula sans condition à Sedan, le 2 septembre. En six semaines, l’empereur avait perdu une guerre, son trône, son empire, sa liberté et son honneur. Le 4 septembre, Gambetta proclama à Paris la Troisième République.

 Exilé en Angleterre, Louis-Napoléon Bonaparte vécut encore deux ans avant de mourir des suites d’une double opération à la vessie.

Jean-Pierre Giovenco

Demain : David Bowie

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