Nelson Mandela

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5 Décembre 2013

Homme d’Etat sud-africain, né le 18 juillet 1918 à Mvezo (province du cap), décédé à Johannesburg, à l’âge de 95 ans. Opposant résolu au gouvernement d’apartheid, président du Congrès national africain (ANC), il fut emprisonné pendant 27 ans dans les prisons du régime raciste. Libéré en 1990, il reçut le prix Nobel de la paix en 1993 et fut élu président de la République d’Afrique du Sud en mai 1994  pour un mandat de 5 ans qui se termina en juin 1999.

Engagé depuis le milieu des années 1943 dans une lutte pacifique contre la domination blanche et la ségrégation raciale en vigueur en Afrique du sud, l’avocat Nelson Mandela avait rejoint les rangs du Congrès national africain (ANC). En 1948, après la victoire aux élections législatives du parti national composé exclusivement d’afrikaners – des sud-africains blancs descendants des colons hollandais, scandinaves et allemands –, la situation de la population noire déjà précaire s’aggrava. Des nouvelles lois de « développement séparé » - apartheid en langue afrikaans - furent promulguées. Les populations furent autoritairement affectées par les autorités blanches dans des territoires définies en fonction de critères raciaux ou ethniques. Les individus ne pouvaient pas les quitter sauf autorisation spéciale. Ceux qui travaillaient par exemple dans les zones réservées aux afrikaners se déplaçaient en utilisant un passeport intérieur et devaient impérativement rejoindre leur ghetto (township) après leur journée de travail sous peine de finir en prison ou d’être déportés. Les mariages et les relations sexuelles entre blancs et noirs étaient interdits par la loi et sévèrement réprimés. Nelson Mandela fut élu vice-président de l’ANC en 1952. Le mouvement lutta pacifiquement contre le gouvernement en organisant notamment des marches de protestation. Ouvert aux autres communautés, il accueillit des militants indiens, des communistes blancs et quelques métis.

De la non-violence à la lutte armée

 En mars 1961, le gouvernement étendit aux femmes noires l’obligation de se munir d’un laisser-passer pour se déplacer dans le pays. L’ANC organisa une manifestation de protestation à Sharpeville le 21 mars 1960. La police tira sur la foule et tua 69 personnes dont huit femmes et dix enfants. Une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU dénonça le massacre et demanda au gouvernement sud-africain d’« abandonner ses politiques d’apartheid et de ségrégation raciale ». Les autorités ne tinrent aucun compte des injonctions de la communauté internationale : elles proclamèrent l’Etat d’urgence, interdirent l’ANC et emprisonnèrent ses dirigeants. Nelson Mandela jugea que la politique de non-violence du mouvement influencée par les thèses de Gandhi avait échoué face à un Etat sourd à tout dialogue qui répondait par la violence et la répression aux demandes de la population noire. Il prôna le recours à la lutte armée et fonda en 1961 une branche militaire l’Umkhonto we Sizwe. Les mois suivants quelques bombes explosèrent sur des lieux symboliques sans faire de victimes.

 Nelson Mandela plongea dans la clandestinité. Il devint l’ennemi numéro un du régime. Son rapprochement avec le parti communiste sud-africain alors que la guerre froide battait son plein lui aliéna le soutien des Etats-Unis et de la CIA. Les services secrets américains présents en Afrique du sud, un pays riche en matières premières stratégiques, aidèrent les forces de sécurité locales à traquer le chef de l’ANC. Selon des sources concordantes, leurs agents avaient découvert la cachette de Nelson Mandela et sa couverture. Déguisé en chauffeur de taxi, Mandela se déplaçait à travers le pays en conduisant un client à la peau blanche et donc peu suspect, en réalité un complice communiste. Les américains livrèrent l’information aux sud-africains en échange de la libération d’un de leurs informateurs, arrêté quelques mois plus tôt. Le 5 août 1962, la police arrêta Mandela et une douzaine d’autres complices dans la banlieue de Johannesburg.

Emprisonné dans les geôles de l’apartheid pendant 27 ans

 Le 9 octobre 1963, s’ouvrit le procès des prévenus devant la haute cours de Pretoria. Pour sa défense, Nelson Mandela déclara : « Toute ma vie je me suis consacré à la lutte pour le peuple africain. J'ai combattu contre la domination blanche et j'ai combattu contre la domination noire. J'ai chéri l'idéal d'une société libre et démocratique dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie et avec les mêmes opportunités. C'est un idéal pour lequel j'espère vivre et agir. Mais, si besoin est, c'est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir ». Il échappa à la peine de mort mais fut condamné à la détention perpétuelle le 12 juin 1964. On l’emprisonna avec ses compagnons dans l’île prison de Robben Island au large du Cap. Il y fut détenu dans des conditions très dures pendant dix-huit ans avant d’être transféré dans une prison du Cap en 1982. Complètement isolé sur la scène internationale le régime peinait à contourner l’embargo commercial imposé par l’ONU. A la fin des années 1980, il apparut à quelques dirigeants blancs que le pays devait mettre fin au système raciste. L’effondrement du bloc communiste montrait qu’il était illusoire de s’opposer à la volonté populaire d’autant que les nouvelles générations s’étaient éloignées des thèses inégalitaires professées par leurs parents. Des négociations secrètes puis semi-officielles s’ouvrirent avec Nelson Mandela. En 1989, le nouveau président sud-africain, Frederik De Klerk, se résolut à démanteler l’apartheid, à libérer celui qui avait voué sa vie à son abolition et à légaliser l’ANC. Le 11 février 1990, Nelson Mandela recouvra la liberté après 27 longues années d’emprisonnement. Le jeune quinquagénaire était devenu un vieil homme.

Un président de la République apôtre de la réconciliation

Il résista à la tentation de la vengeance. Le temps de la réconciliation était venu. Mandela mit son charisme au service de la paix. Redevenu le chef incontesté de l’ANC, il négocia une transition pacifique du pouvoir avec De Klerk dont tout l’opposait. Les deux hommes reçurent conjointement le prix Nobel de la paix en 1993. L’année suivante, des élections multiraciales virent la victoire de l’ANC (62, 6% des suffrages exprimés). Le 9 mai 1994, les parlementaires élurent Nelson Mandela, 77 ans, à la tête de la présidence de la République. Le nouveau chef de l’Etat réussit le tour de force de pacifier son pays et de lui éviter la tragédie de la guerre civile et raciale. Personnalité respecté dans son pays, en Afrique et dans le monde, Mandela surnommé affectueusement Madiba par la population rapprocha les communautés à travers la « commission de la vérité et de la réconciliation », fit adopter une nouvelle constitution qui abolit l’apartheid, reconstruit l’économie du pays, engagea une lutte contre les ravages du sida. Grâce à son action, l’Afrique du sud sortit de son isolement diplomatique et devint un « exemple » pour les autres pays en promouvant une société multiraciale et une nation « arc-en-ciel ». La tâche était immense. Il fallait lutter contre les inégalités économiques, les tensions sociales et les tendances renaissantes au repliement communautaire. En 1999, Mandela renonça à briguer un second mandat. Son vice-président Thabo Mbeki lui succéda le 14 juin 1999. Mandela prit sa retraite politique. Icone de l’Afrique du sud, il continua néanmoins à donner son avis sur la politique menée par son successeur. Il n’hésita pas à la critiquer certaines mesures qui lui semblaient contraire aux intérêts du pays. Au fil des ans, sa santé déclina. Il vécut jusqu’en 2013 et s’éteignit des suites d’un cancer, entouré de sa famille. Marié à trois reprises, Mandela était le père de 6 enfants qui lui avaient donné 20 petits-enfants.

J.-P.G.

Illustration : Patrice Chambrier

Demain : Charly Gaul

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