Otto von Bismarck

Il est décédé le 

Elle est décédée le

30 Juillet 1898

Homme d’Etat prussien puis allemand, né le 1er avril 1815 à Schönhausen (Prusse), décédé à Friedrichsrush (Empire allemand), à l’âge de 83 ans. Né il y a deux siècles, le père de l’unité allemande proclama la naissance de l’empire allemand dans le Château de Versailles en 1871, après avoir vaincu la France de Napoléon III et annexé l’Alsace et la Lorraine.

 Otto von Bismarck naquit au sein d’une famille de la petite noblesse prussienne. Son père Ferdinand possédait tous les attributs du parfait junker poméranien fier de sa lignée : noble depuis le moyen-âge, militaire, propriétaire foncier. Le jeune Otto étudia le droit et l’agronomie. Il compléta sa formation en 1842 en voyageant à l’étranger, en Angleterre, en France, en Suisse. Après avoir mené la vie d’un hobereau, partageant son temps entre beuveries et quête des plaisirs, il accepta un emploi de fonctionnaire en 1847 : intendant des digues de Jérichow. L’année suivante, il épousa Johana Puttkamer qui lui donna trois enfants.

 Son métier lui laissait beaucoup de temps libre et l’ennuyait aussi. Farouche conservateur, il observait avec inquiétude la progression des idées libérales dans son pays. Il craignait la remise en cause des privilèges dont bénéficiaient les junkers depuis des temps immémoriaux. Il décida de s’engager dans la politique pour combattre les partisans d’une monarchie libérale. En 1847, il se fit élire au parlement de Prusse sous la bannière du parti chrétien conservateur (luthérien). Doué pour l’art oratoire – un talent développé par sa mère pendant son enfance -, il se fit remarquer par ses diatribes contre les réformateurs, s’opposant à ceux qui prétendaient accorder des droits à la population juive. En 1848, il s’opposa à la « Révolution des peuples » qui commença en janvier en Italie, s’étendit à la France en février et gagna Berlin en mars. Les manifestants réclamaient la démocratie et l’unification de l’Allemagne alors divisée en une multitude de micro Etats dominés par l’Autriche et la Prusse. A l’époque Bismarck redoutait la disparition de la Prusse dans un ensemble plus large. Le futur père de l’unité allemande mit son talent au service du maintien du statu quo. Il proposa d’armer les paysans prussiens pour écraser la révolte. Les armées prussiennes et autrichiennes se chargèrent de réprimer la révolte en juillet 1849. Une période de réaction politique suivit. En 1851, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV le nomma diplomate et l’envoya représenter la Prusse au parlement de Francfort qui regroupait les délégués des Etats de la confédération allemande. Bismarck entendait mener une politique qui assurerait la primauté de la Prusse et de l’Autriche sur les principautés et duchés allemands.

 Quand, il constata que l’Autriche comptait réserver un rôle secondaire à son pays, la position de Bismarck évolua. Il s’opposa désormais à Vienne. Il n’hésita pas à critiquer son propre gouvernement quand celui-ci renouvela son alliance défensive avec l’Autriche pendant la guerre de Crimée. Grace à de subtiles manœuvres en coulisse, la Prusse refusa en 1855 de mobiliser ses troupes pour aider l’Autriche dans la guerre qu’elle projetait contre la Russie. En 1858, Frédéric-Guillaume IV fut terrassé par une attaque cérébrale qui le laissa paralysé et incapable de gouverner. En l’absence d’héritier, son frère cadet Guillaume assura la régence du royaume. Bismarck devait désormais obéir à ce nouveau maitre.

Premier ministre de Prusse

En 1859 il fut nommé ambassadeur à Saint-Pétersbourg. Chacun s’interrogeait : Guillaume avait-il récompensé le diplomate en lui accordant cette promotion ou, au contraire, l’éloignait-il des affaires politiques prussiennes ? Bismarck considéra cette mutation comme une mise à l’écart. Ses positions ultraconservatrices déplaisaient en haut-lieu. Mais bientôt le vent tourna en sa faveur. Le 2 janvier 1862, Frédéric-Guillaume disparut. Le régent lui succéda sous le nom le Guillaume 1er. Le nouveau roi affrontait une situation difficile. L’influence des libéraux et des partis progressistes augmentait en Prusse. En 1859 et en 1861, des élections locales avaient confirmé leur progression. En 1861, le parlement refusa de voter le budget militaire présenté par le roi. Une grave crise constitutionnelle éclata. En mars 1862, la dissolution du parlement conduisit à une défaite des conservateurs. Le roi nomma un gouvernement composé à majorité de progressistes. A la suite d’une sévère altercation, Guillaume 1er envisagea d’abdiquer au profit de son fils connu pour ses idées libérales. Le ministre de la guerre Albrecht von Roon poussa le roi à résister. Seul Bismarck pouvait sauver la situation bien compromise. Le général fut autorisé à lui envoyer un télégramme intitulé : « Periculum in mora » (urgente nécessité) qui lui ordonnait de rentrer au plus vite à Berlin. Après 25 heures de train, Bismarck rencontra le roi le 23 septembre 1862. Guillaume 1er le nomma ministre-président et ministre des affaires étrangères de Prusse.

 Il ajourna le parlement. Il se justifia en expliquant qu’il existait un vide juridique dans la Constitution en cas de conflit entre le roi et le parlement. Dans ce cas de figure le roi était en droit de le combler à sa guise. Bismarck était désormais décidé à unir l’Allemagne autour de la Prusse. En 1864, la « guerre des Duchés » opposa le royaume du Danemark à la Confédération germanique (Prusse et Autriche). La mort du roi du Danemark sans héritier provoqua un conflit sur l’avenir des duchés de Saxe Lauenbourg, du Schleswig et du Holstein, revendiqués par la Confédération germanique. L’intervention de l’armée prussienne permit en 1865 l’annexion des deux premiers Etats à la Prusse alors que le troisième revint à l’Autriche.

 L’unité de l’Allemagne était en marche. Un gros obstacle s’opposait à sa réalisation : l’empire autrichien. Bismarck s’attacha à isoler son adversaire sur la scène internationale. Il obtint sans mal le soutien militaire de l’Italie qui poursuivait son unification et dont de nombreuses provinces étaient encore occupées par l’Autriche. La France et de la Russie proclamèrent leur neutralité. La guerre éclata le 23 juin 1866. Elle aboutit à la défaite des armées autrichiennes à Sadowa le 3 juillet 1866. Bismarck convainquit le roi Guillaume 1er de ne pas marcher sur Vienne afin de ne pas humilier le vaincu. L’Autriche perdait en effet ses possessions en Allemagne. Elle avalisa la dissolution de la Confédération germanique et la création de la Confédération de l’Allemagne du nord sous la direction de la Prusse. Le nouvel Etat s’entendait d’un seul tenant entre la Russie à l’est et la France à l’ouest. Seuls les Etats du sud de l’Allemagne restaient indépendants.

 La France vit d’un mauvais œil l’établissement à ses frontières d’une nation puissante et jeune qui à l’évidence n’avait pas terminé son unification. Le duché du Luxembourg, une terre où l’on parlait allemand qui avait adhéré à la Confédération germanique serait-il la prochaine proie de la Prusse de Bismarck ? Napoléon III le craignait. Déjà une garnison prussienne était installée dans la capitale du Luxembourg. Pour desserrer l’étau, l’empereur proposa en 1867 aux chancelleries européennes d’acheter le duché. Sa proposition fut rejetée par la communauté internationale et provoqua une crise avec la Prusse que Bismarck exploita avec habileté. En 1869, la tension monta d’un cran quand un prince prussien Léopold Hohenzollern posa sa candidature au trône d’Espagne qui était vacant après l’abdication de la reine Isabelle II. Le spectre d’un encerclement se précisait. Le retrait de la candidature de Léopold ne calma pas la situation. Napoléon III exigea que la Prusse s’engageât à renoncer dans le futur à présenter un candidat. Guillaume 1er en cure à Ems reçut l’ambassadeur de France et lui signifia qu’il ne pouvait s’engager pour l’avenir. Le soir le roi envoya une dépêche à Bismarck pour lui relater son entrevue avec le diplomate français. Le ministre-président trafiqua le texte du télégramme de sorte qu’il apparut comme un affront fait à la France et le communiqua aux journaux qui s’empressèrent de la publier. Napoléon III, humilié, tomba dans le piège. Il déclara la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870. Les opérations militaires commencèrent le mois suivant. L’Alsace et la Lorraine furent perdues en août. 150 000 soldats français se réfugièrent dans la ville de Metz. Une armée de secours commandée par Napoléon III échoua à les libérer et capitula sans condition à Sedan le 2 septembre. Fait prisonnier, l’empereur s’entretint brièvement avec Bismarck, le grand vainqueur de la guerre.

Proclamation de l’empire d’Allemagne à Versailles

La victoire prussienne provoqua le ralliement des Etats du sud de l’Allemagne dont la Bavière au projet d’unification du pays voulu par Bismarck. La défaite française avait provoqué la déchéance du second Empire, la victoire prussienne accéléra la création de l’empire allemand. Sans doute pour humilier le pays vaincu et pour conforter la prépondérance du nouvel Etat, le ministre-président de Prusse décida de proclamer l’empire au château de Versailles. Il fixa la cérémonie au 18 janvier 1871.

 Ce matin là, quand il pénétra dans la galerie des glaces, Guillaume 1er était le roi de Prusse. Quand il quitta quelques heures plus tard le lieu prestigieux créé par Louis XIV, entouré des dignitaires du régime et des généraux victorieux, il portait le titre d’ « empereur ». Etrangement, Guillaume 1er avait accepté avec réticence le projet de Bismarck. Il redoutait la dissolution de la Prusse dans une mosaïque hétérogène. Il avait consenti à l’élévation impériale à la demande insistante de plusieurs rois et princes allemands. De longs débats précédèrent sa nomination. Guillaume 1er serait-il « Empereur d’Allemagne » ou « Empereur des Allemands » ?

 Le premier titre fut rejeté sous le prétexte qu’il blesserait les autres monarques allemands. La Constitution du deuxième Reich instituait un régime fédéral qui préservait les identités des Etats. Le deuxième titre, aux relents démocratiques, rappelait trop la période révolutionnaire française, quand Louis XVI « roi de France » devint le 4 septembre 1791 « roi des Français » par la volonté de l’Assemblée nationale. Guillaume 1er considérait qu’il était monarque par la volonté de Dieu et non pas par celle d’un Sénat. Finalement, on s’accorda pour le baptiser « Empereur allemand ». Le nouvel Reich, uni autour du royaume de Prusse, comprenait les royaumes de Bavière, de Saxe, de Wurtemberg, les Grands-duchés de Bade, de Hesse, de Mecklembourg-Schwerin, de Mecklembourg-Strelitz, d’Oldenbourg, de Saxe-Weimar-Eisenach, les duchés d’Anhalt, de Brunswick, de Saxe-Altenbourg, de Saxe-Cobourg et Gotha, de Saxe-Meiningen, les principautés de Lippe-Detmold, de Reuss branche cadette, de Reuss branche aînée, de Schaumburg-Lippe, de Schwarz bourg-Sondernhausen, de Schwarz bourg-Rudolstadt, de Waldeck-Pyrmont, et des villes hanséatiques de Brême, Hambourg, Lubeck. A ces vingt cinq Etats souverains s’ajoutaient l’Alsace (Elsass) et la Lorraine (Lotharingen), les nouveaux territoires conquis par la Prusse après la défaite française de 1870. Le nouvel Etat couvrait une superficie de 540000 kilomètres carrés (10000 de plus que la France) et comptait 76 millions d’habitants (38,5 millions en France).

 Pendant près d’un demi-siècle, l’Empire allemand domina la vie politique européenne. Bismarck s’efforça de préserver le statu quo qu’il avait imposé par « le sang et le fer », selon son expression. Il craignait l’esprit de revanche de la France. Il l’isola en nouant des liens étroits avec la Russie et l’Autriche. Il incita Paris à se constituer un empire colonial en Afrique et en Asie qui compenserait la perte de l’Alsace et de la Lorraine.

Réformateur social par nécessité

Sur le plan intérieur, fidèle à ses convictions conservatrices, il mena un dur combat contre la social-démocratie dont les idées révolutionnaires l’effrayaient. Témoin de la Commune de Paris, il redoutait une possible contagion en Allemagne. Pour limiter la propagation du socialisme, il recourut à des lois d’exceptions (interdiction des journaux, des partis et associations révolutionnaires). De manière plus subtile, il affirma qu’il fallait « satisfaire les vœux de la classe ouvrière ». Il créa dans les années 1880, un système d’assurance maladie pour les travailleurs, une préfiguration de la sécurité sociale. Il compléta sa réforme en créant en 1889 l’assurance invalidité et un embryon de système de retraite.

 La mort de Guillaume 1er le 9 mars 1888 affaiblit sa position. Son successeur, l’empereur Frédéric III le confirma à son poste. Mais le nouveau monarque mourut le 15 juin 1888. Guillaume II lui succéda. Le nouvel empereur ne supportait pas l’ascendant du vieux ministre impérial. En retour, Bismarck lui reprochait son immaturité. Le 18 mars 1890, l’empereur décida de le limoger. L’écrivain Théodore Fontane commenta : « C'est un bonheur, que nous en soyons débarrassé. Il n'était plus à proprement parler qu'un gouverneur de la routine, faisait ce qu'il voulait et demandait toujours plus de dévotion à son égard. Sa grandeur est derrière lui. »

 Après avoir joué les premiers rôles à la tête de la Prusse puis de l’Allemagne pendant 27 ans, Bismarck retourna dans sa propriété. Il écrivit ses mémoires, critiqua sévèrement son successeur, lutta contre la maladie. Elu au parlement en 1891, il en démissionna en 1893 sans y avoir jamais mis les pieds. Après le décès de son épouse en 1894, son état de santé se dégrada en 1896. Devenu impotent, il mourut en 1899. La destinée voulut qu’il restât un homme du dix-neuvième siècle.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Jean Jaurès

masculin
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Ecrivain français, né le 10 août 1900 à Paris, décédé par suicide dans la même ville à l’âge de 34 ans. Ecrivain surréaliste (Etes-vous fou ? 1929, Les pieds dans le plat, 1933), il mit fin à ses jours quand il apprit qu’il souffrait d’une tuberculose.

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