Patrice Chéreau

Il est décédé le 

Elle est décédée le

7 Octobre 2013

Metteur en scène de théâtre, de cinéma et d’opéra français, né le 2 novembre 1944 à Lézigné (Maine-et-Loire), décédé à Clichy (Hauts-de-Seine), à l’âge de 68 ans. Le réalisateur de Margot pour le cinéma fut d'abord un des metteurs en scène de théâtre parmi les plus féconds et les plus novateurs de sa génération. Dans les théâtres qu'il dirigea il fit découvrir à un public exigeant et conquis des auteurs contemporains, et lança la carrière de nombreux comédiens.

Un témoignage sur le créateur

et l’homme

Dominique Furgé a collaboré avec Patrice Chéreau - en qualité d’assistant à la mise en scène et de premier assistant réalisateur - pendant douze ans, de 1991 à 2003. Il a assisté Patrice Chéreau dans des formes d’expressions différentes comme le théâtre (Le temps et la chambre en 1991, Dans la solitude des champs de coton en 1995-1996, Phèdre en 2003), l’opéra (Wozzeck en 1992, Don Giovanni en 1994-1995), le cinéma (Le temps et la chambre en 1992, Margot en 1993).

 A notre demande, il a accepté de témoigner sur le créateur et l’homme Patrice Chéreau.

« Je rencontre Patrice Chéreau pour la première fois au Théâtre des Amandiers, à Nanterre, en 1989. Il cherche un nouvel assistant pour sa prochaine mise en scène. Nous sommes dans son bureau, éclairé par la seule lumière latérale qui provient de la fenêtre. Ombre et lumière. Patrice fait les cent pas et va de son fauteuil à la fenêtre où il s'arrête parfois quelques secondes pour regarder. Assis de l'autre côté de son bureau, très intimidé, je le suis du regard. L'entretien commence : peu lui importe mon parcours professionnel (d’ailleurs en devenir), il veut seulement savoir ce que signifient pour moi une naissance et une vie en province. Son silence après sa question m’intimide tout autant que le personnage « Chéreau ». Mes réponses sont banales et confuses. Il doit retourner en répétition et prend congés.

Fin 1990, Patrice demande à nouveau à me rencontrer. Il cherche un collaborateur pour l’aider dans la pré préparation de son nouveau film, La Reine Margot. Honnêtement, je ne corresponds pas du tout au profil décrit malgré mes expériences récentes d'assistant réalisateur et je le lui dis (il ne s’agit pas de peur de ma part mais au contraire d’une). Patrice Chéreau est surpris par ma réponse. Amusé aussi. Cela n’interrompt cependant pas notre rendez-vous et nous nous mettons à parler de la guerre du Golfe qui approche (Bagdad sera bombardé dans quelques semaines).

Patrice Chéreau m’appelle quelque jours plus tard pour me dire que j’ai raison – je ne suis pas la bonne personne pour ce poste – mais qu’il espère que nous travaillerons un jour ensemble. Ce jour approche car une nouvelle demande de rendez-vous arrive peu de temps après. Son film est reporté et il veut qu’on parle de sa prochaine mise en scène de théâtre et de son souhait de me voir devenir son assistant à la mise en scène. Évidemment je dis oui. Commence alors une longue collaboration étalée sur 12 ans, tant au théâtre, qu’à l’opéra et au cinéma. Je suis – enfin – au plus près de l’homme qui crée ces univers forts, viscéraux, intelligents, sensibles, populaires et d’une beauté inouïe. 

Et là, je ne suis pas surpris, conformément à la réputation l’homme bouillonne d’énergies et d’idées, toutes sous-tendu par une culture et une mémoire hors normes. Par une capacité de travail exceptionnelle aussi. Ce flamboyant chef d’orchestre me surprend chaque jour. Cet homme ne pense ni ne résonne comme tout le monde et pour le seconder efficacement, je m'aperçois rapidement qu'il me faut me muscler le cerveau, l'œil et l'ouïe. 

Je suis conquis par l’artiste – l’émerveillement du spectateur de films et de spectacles que j’étais fait place à l’émerveillement du collaborateur face au processus de fabrication mis en place avec conscience et intuition par Chéreau. Je suis conquis mais je crains chaque jour quelque chose dont j’ai entendu parler : les colères jupitériennes de cet artiste si exigeant. C'est au contraire un homme extrêmement bienveillant, attentif et respectueux que je découvre jour après jour. Impatient parfois certes, mais jamais irascible. Sachant ce qu’il peut attendre de chacun – c'est-à-dire beaucoup – et pour cela amenant chacun à se dépasser lui-même.

 Le voir travailler c’est certes voir son univers magnifique et dense irriguer une œuvre mais c’est aussi voir une méthodologie se mettre en place. Le chemin tout aussi essentiel que le dessein. Il ne suffit pas de se poser une question, il faut se poser la bonne, sans a priori ni paresse. Il s’agit de mettre en place une structure mentale qui permette de poser la bonne question intellectuelle, artistique, humaine et technique. Une fois cela fait, toujours et encore accepter de mettre la réponse à l’épreuve des comédiens et de la mise en scène.

Dominique Furgé »

 Combien de metteurs en scène peuvent faire état de quatre-vingt-sept minutes d’applaudissements à l’issue d’une représentation ? C’est la durée de l’ovation qui a salué la dernière reprise de la Tétralogie de Wagner, dirigée par Patrice Chéreau, à Bayreuth, en 1980. Quatre ans plus tôt, lors de sa création, le même spectacle avait pourtant recueilli les huées du public ! Celui qui sera tout à la fois metteur en scène, acteur, cinéaste, qui s’investira dans le théâtre, le cinéma, l’opéra, est né le 2 novembre 1944, dans une petite ville du Maine-et-Loire, Lézigné. Ses parents évoluent dans le domaine artistique, le père est artiste-peintre, la mère dessinatrice. Au début des années 1950 la famille déménage pour Paris, demeurant tout d’abord à l’angle de la rue de Seine et de la rue des Beaux-arts, à deux pas du Louvre où les parents amènent souvent leurs deux fils, Patrice et son frère aîné. L’enfant apprend très tôt à dessiner, et, comme il le dira plus tard « apprendre à dessiner, c’est apprendre à regarder »

 Il effectue sa scolarité au Lycée Louis-le-Grand où il participe très activement à l’atelier théâtre. Non content de jouer, il s’essaie très vite à la mise en scène. Cette période est décisive pour lui, dans l’atelier il est aux côtés de Jérôme Deschamps et Jean-Pierre Vincent, futurs hommes de théâtre, et Jacques Schmidt qui deviendra son costumier. Les jeunes gens découvrent le TNP de Jean Vilar, le Berliner Ensemble de Brecht, le Piccolo Teatro de Giorgio Strehler. C’est aussi l’époque, très formatrice sur le plan politique, de la Guerre d’Algérie. Patrice Chéreau s’engage aux côtés de ceux qui luttent pour l’indépendance, participe aux manifestations, notamment à celle dite de Charonne, le 8 février 1962, qui restera tristement célèbre pour la violence de la répression à laquelle elle a donné lieu.

 Après avoir signé quelques mises en scène, dont L’Intervention, de Victor Hugo, L’Héritier de village de Marivaux qui fait sensation au Festival de Nancy, et surtout L’Affaire de la rue de Lourcine, d’Eugène Labiche, il est engagé comme directeur du théâtre de Sartrouville. Il n’a encore que 22 ans ! Il a rencontré Richard Peduzzi qui devient son décorateur, ce qui est fondamental pour Chéreau pour qui le décor est partie prenante de la mise en scène. L’équipe est très active et, en dépit du succès rencontré, doit vite mettre la clef sous la porte, pour cause de faillite financière. Les dettes poursuivent Chéreau pendant une quinzaine d’années…

 Il rejoint alors le Piccolo Teatro à Milan, à l’invitation de Giorgio Strehler. Il y adapte un texte de Neruda, monte Marivaux, et triomphe avec Lulu, de Wedekind. Roger Planchon, qui dirige alors le TNP de Villeurbanne, le convainc de le rejoindre. Chéreau met en scène un texte inspiré de Christopher Marlowe, Massacre à Paris, qui est à l’origine d’une vive polémique dans les pages du journal Le Monde, puis monte Marivaux, toujours, et Ibsen. Mais c’est aussi l’époque où il signe son premier film La Chair de l’Orchidée (1974), adapté du roman de James Hadley Chase, et monte à Bayreuth la Tétralogie de Wagner qui assure sa reconnaissance au plus haut niveau.

 Avec l’arrivée de François Mitterrand à la présidence de la République, Chéreau qui s’est toujours affiché de gauche, se voit proposer par Jacques Lang de prendre la tête d’un théâtre à Paris. Le choix de Chéreau se porte sur le théâtre des Amandiers, à Nanterre. Il embarque ses amis dans l’aventure et crée une école où sera formée une génération d’acteurs : Valérie Bruni-Tedeschi, Marianne Denicourt, Agnès Jaoui, Vincent Perez. Commence alors la collaboration entre le metteur en scène et un auteur contemporain, Bernard-Marie Koltès. Pour l’ouverture du théâtre des Amandiers, le 23 février 1983, Patrice Chéreau monte Combat de nègres et de chiens, puis ce sera Quai Ouest, en 1986, un véritable fiasco qui n’empêche pas le metteur en scène de poursuivre avec une autre pièce de Koltès, Dans la solitude des champs de coton, présentée en 1987 et reprise en 1995 avec pour acteurs cette fois Chéreau lui-même et Pascal Gregory qui partage également sa vie. Il monte Les Paravents de Jean Genet, toujours au théâtre des Amandiers qui accueille également de nombreux spectacles qui font date, mis en scène, entre autres, par Luc Bondy ou Peter Stein.

 En 1990 Chéreau quitte les Amandiers, inaugure les Ateliers Berthier avec Phèdre, de Racine, dont le rôle principal est tenu par Dominique Blanc, qu’il a contribué à faire découvrir dès 1982 dans Peer Gynt, d’Ibsen, et avec laquelle la complicité ne s’est jamais démentie. Elle a joué dans plusieurs de ses films et en 2008 ils se retrouveront pour un spectacle conçu autour de La Douleur, de Marguerite Duras.

 Dans le domaine cinématographique il aura marqué avec L’Homme blessé, film très personnel qui évoque la prostitution masculine et pour lequel il sera récompensé par un César du meilleur scénario qu’il partage avec Hervé Guibert ; La Reine Margot, dont il coécrit le scénario avec Danièle Thompson et dans lequel Isabelle Adjani interprète le rôle principal qui lui vaudra le César de la meilleure actrice ; Ceux qui m’aiment prendront le train, également écrit avec Danièle Thompson et qui remporte trois Césars. Peu de temps avant sa mort, au moment même où il découvre sa maladie, le musée du Louvre lui confie une carte blanche qu’il honore à travers une exposition et la mise en scène de Rêve d’automne, de Jon Fosse, spectacle qui recueille trois Molière en 2011.

 Il a travaillé avec les plus grands, a marqué les spectateurs pendant plusieurs décennies. Il meurt le 7 octobre 2013 et inhumé le 16 octobre. The show must go on : le soir même Dominique Blanc est sur la scène du théâtre de l’Atelier où elle interprète La Locandiera de Goldoni, son émotion n’échappe à aucun spectateur.

Joëlle Bolloch

Illustration : Marc Daniau

Demain : Willy Brandt

masculin
Google news Référence: 
095
17 Septembre 2016 - 4:31pm

Une vie, un portrait du jour

18 Juin 2001

18 Juin 1928

Une vie, un portrait du jour

18 Juin 1980

André Leducq

Champion cycliste français, né le 27 février 1904 à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), décédé à Marseille (Bouches-du-Rhône), à l’âge de 76 ans. Vainqueur de deux Tours de France (1930 et 1932) et d’un Paris-Roubaix (1928).

18 Juin 1937

Gaston Doumergue

Homme d’Etat français, né le 1er août 1863 à Aigues-Vives (Gard), décédé dans cette même ville, à l’âge de 73 ans. Plusieurs fois ministre (colonies, commerce, instruction publique, affaires étrangères) sous la troisième République, il occupa le fauteuil de Président de la République du 13 juin 1924 au 13 juin 1931.

18 Juin 1974

Gueorgui Joukov

Maréchal soviétique, né le 1er décembre 1896 à Strelkovka (Empire russe), décédé à Moscou (URSS). Officier le plus décoré de l’URSS et de la Russie, il arrêta l’offensive allemande contre Moscou en décembre 1941 et fut l’artisan des principales victoires soviétiques pendant la Grande guerre patriotique de 1941 jusqu’à la prise de Berlin, son dernier fait d’armes.

18 Juin 1993

Jean Cau

Ecrivain et journaliste, né le 8 juillet 1925 à Bram (Aude), décédé à Paris, à l’âge de 67 ans. Secrétaire de Jean-Paul Sartre avant de virer à droite, il obtint le prix Goncourt en 1961 pour La pitié de Dieu.

18 Juin 1673

Jeanne Mance

Vénérable française, née le 12 novembre 1606 à Langres (Haute-Marne), décédée à Montréal. Cofondatrice de la ville de Montréal avec Paul de Chomedey, elle y créa un hôtel-Dieu. L’église catholique la reconnut vénérable par le pape François le 7 novembre 2014.

18 Juin 2010

José Saramago

Ecrivain portugais, né le 16 novembre 1922 à Azinhaga (Portugal), décédé à Lanzarote (Canaries), à l’âge de 87 ans. Prix Nobel de littérature en 1998.

18 Juin 1937

Maxime Gorki

Ecrivain russe, né le 28 mars 1868 à Nijni Novgorod (Empire russe), décédé à Moscou (URSS), à l’âge de 68 ans. Il fut un des pères du réalisme socialiste, auteur notamment des Bas fonds (1902), de La mère (1907).

18 Juin 1935

René Crevel

Ecrivain français, né le 10 août 1900 à Paris, décédé par suicide dans la même ville à l’âge de 34 ans. Ecrivain surréaliste (Etes-vous fou ? 1929, Les pieds dans le plat, 1933), il mit fin à ses jours quand il apprit qu’il souffrait d’une tuberculose.

Une vie, un portrait
des jours précédents

17 Juin 2008

17 Juin 1939

16 Juin 2017

16 Juin 1958

16 Juin 1977