Paul Déroulède

Il est décédé le 

Elle est décédée le

31 Janvier 1914

Homme politique et écrivain français, né le 2 septembre 1846, décédé à Nice, à l’âge de 67 ans. Marqué par la défaite de 1870 face à la Prusse et l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine, il cofonda la Ligue des patriotes et incarna jusqu’à la caricature la France de la « revanche » contre l’Allemagne. Situé à l’extrême-droite de l’échiquier politique, il tenta de renverser la République à plusieurs reprises et fut un des inventeurs du nationalisme français.

Né au sein d’une famille de la petite bourgeoisie française, Paul Déroulède suivit de brillantes études à Paris et à Versailles. Proche des milieux littéraires républicains, opposés au Second Empire de Napoléon III, il rêvait de devenir écrivain et professait à l’époque des idées pacifistes. Sa vie bascula en 1870 quand éclata la guerre Franco-Prussienne. Mobilisé, il participa à l’assaut de Montbéliard où son attitude courageuse lui valut d’être décoré. Fait prisonnier à la bataille de Bazeilles, interné à la forteresse de Breslau dont il s’évada, il rejoignit l’armée du général Charles-Denis Bourbaki qui s’était mis au service de la République après la chute de l’Empire. Blessé par les Prussiens, Paul Déroulède assista de son lit d’hôpital au siège de Paris par les armées allemandes. Sans doute se sentit-il humilié quand le gouvernement de Défense nationale déposa les armes le 28 janvier 1871. Très vite l’antagonisme entre l’Assemblée nationale installée à Versailles où dominaient les royalistes, et Paris, sensible aux idées révolutionnaires, se transforma en conflit ouvert quand Adolphe Thiers, chef du pouvoir exécutif de la République depuis le 12 février 1871, décida de désarmer la ville en récupérant des canons parqués à Montmartre. La décision déclencha l’émeute. Les Parisiens élurent un Conseil communal, où les révolutionnaires - jacobins, blanquistes et socialistes - dominaient. Ce conseil, prit le nom de Commune de Paris, et entendit légiférer pour toute la France. Installé à Versailles, le gouvernement légal décida d’écraser la révolte. Paul Déroulède désormais guéri participa en première ligne à la féroce répression de la Commune pendant la Semaine Sanglante (21 au 28 mai 1871). Vaincu par les envahisseurs Prussiens, vainqueur des révolutionnaires Parisiens, Paul Déroulède n’avait pas de quoi pavoiser. Humiliation suprême, le chancelier-président Otto von Bismarck avait proclamé au château de Versailles la naissance de l’Empire allemand dont le territoire s’agrandissait de l’Alsace et de la Lorraine, enlevés aux Français.

 Désormais, le jeune homme décida de consacrer sa vie au retour à la France des deux provinces perdues. Une chute de cheval mit fin à sa carrière militaire. Il décida de combattre avec sa plume. Les yeux fixés sur « la ligne bleue des Vosges », il publia en 1872 Le Chant du soldat, un ouvrage vendu à 100 000 exemplaires qui assura sa notoriété et dont des extraits furent étudiés dans les écoles. Quand Léon Gambetta devint président du Conseil en 1881, le ministre de l’instruction publique créa une Commission d’éducation militaire chargée de promouvoir les valeurs patriotiques dans les établissements scolaires. Paul Déroulède, Félix Faure et Henri Martin furent chargés de la diriger. Après la chute du gouvernement, la mort de Gambetta et la dissolution de la Commission, Henri Martin et Paul Déroulède créèrent la Ligue des patriotes. Le premier occupa la fonction de président et le second celle de délégué général. Un journal Le Drapeau défendait les idées du mouvement politique qui regroupa plusieurs centaines de milliers d’adhérents en quelques mois. Paul Déroulède ferrailla contre la politique coloniale de Jules Ferry. Il reprocha au président du Conseil qui s’était lancé dans la conquête du Tonkin notamment de « disperser les énergies françaises » au lieu de préparer « la revanche » contre l’Allemagne. Il résuma sa pensée d’une formule : « J’avais deux filles, et vous m’offrez vingt nègres».

La tentation putschiste

Les années suivantes, le mouvement se divisa entre les patriotes libéraux favorables à une République parlementaire et ceux qui militaient pour une république autoritaire dirigée par un homme providentiel. Déroulède appartenait à la seconde catégorie. Il crut tenir son « dictateur » en la personne du général et ministre de la guerre Georges Boulanger dont il soutint ardemment l’action entre 1885 et 1889, croyant qu’il « délivrera [la France] des chinoiseries parlementaires et des bavards impuissants ». Il mit la Ligue des patriotes au service du général qui proposait d’amoindrir les pouvoirs du parlement au profit de l’exécutif. Il ambitionnait de remplacer la Troisième république par un régime présidentiel. Elu député de Paris dans une élection partielle en janvier 1889, Boulanger refusa de marcher sur l’Elysée et de s’emparer du pouvoir par un coup d’Etat comme le lui conseillait Déroulède. Le complot n’avait pas été mis à exécution mais il affola le gouvernement. Il précipita également la chute du général. Poursuivi pour « complot contre la sureté intérieure », le général Boulanger échappa à l’arrestation en s’enfuyant en Belgique où il mit fin à ses jours le 30 septembre 1891 sur la tombe de sa maitresse. Le boulangisme finit dans le grotesque et le tragique.

 La radicalisation de Déroulède avait désorienté les adhérents de la Ligue notamment en province. Les effectifs fondirent comme neige au soleil. Le gouvernement engagea des poursuites contre le parti, accusé de « complot contre la République ». Le tribunal correctionnel de la Seine prononça sa dissolution en mars 1889. Paul Déroulède ne renonça pas. Il se présenta aux élections législatives de septembre et octobre 1889. Les électeurs de la Charente le choisirent pour les représenter au Parlement où il siégea à l’extrême-droite en compagnie d’une quarante de députés qui partageaient ses idées ultra nationalistes. Quand éclata le scandale de Panama, il accusa la classe politique d’être corrompue et vendue aux intérêts privés. A la tribune de la Chambre des députés, il accusa Georges Clemenceau d’avoir été acheté. L’histoire prouva la fausseté de ces accusations. La controverse entre les deux hommes trouva son dénouement le 23 décembre 1893 sur un pré à Saint-Ouen où ils s’affrontèrent dans un duel au pistolet. Six balles furent tirées, mais aucune n’atteignit sa cible. Battu aux élections législatives de 1893, il continua son combat en défendant ses idées dans la presse.

Paul Déroulède continua à écrire et publier des ouvrages patriotiques (Marches et sonneries en 1881, Chants du paysan en 1894), des poèmes, des chansons de propagande qui font sourire aujourd’hui. Il joua un rôle important dans le volet politique de l’affaire Dreyfus qui agita la France de 1894 à 1906. Bien qu’il douta de la culpabilité du capitaine Alfred Dreyfus, il apporta un soutien sans faille aux autorités militaires félonnes, au nom de la raison d’Etat. Antisémite comme beaucoup de catholiques intégristes et d’hommes de droite de son époque, il déclara : « Je proteste quand je vois que l’on veut déchristianiser la France pour la judaïser ». Il refusa néanmoins de rejoindre le camp de ceux qui voulaient exclure les français juifs de la communauté nationale. Réélu député de Charente en 1898, il tenta un coup d’Etat en mars 1899 à l’occasion des obsèques du président de la République Felix Faure. De manière théâtrale, il s’empara de la bride du cheval du général Roget qui conduisait le cortège mortuaire et lui ordonna de marcher avec ses troupes sur l’Elysée. Tout finit en pantalonnade mais la République était bien décidée à faire taire l’histrion. Arrêté, traduit devant une cour d’assises, il fut acquitté. De nouveau emprisonné, la Haute Cour le condamna à 10 ans de bannissement. Exilé en Espagne, il bénéficia d’une amnistie au bout de cinq ans et revint en France où il échoua à se faire élire député en 1906. Il se retira alors de la vie politique active et s’installa à Langely (Charente) où il se consacra à la rédaction de son livre de mémoires Feuilles de route. En villégiature dans sa propriété du Mont Boron au-dessus de Nice en janvier 1914, il mourut d’une crise d’urémie.

 Adulé par ses nombreux admirateurs – dont le pape Pie X qui lui accorda sa bénédiction – détesté par ses détracteurs, Paul Déroulède s’était justifié avant de mourir : « Je sais bien ce qu'on me reproche. On dit de moi : Déroulède c'est un exalté ou un simple. Je ne suis ni l'un, ni l'autre ; je ne suis ni fou ni sot. Si ma carrière peut sembler déraisonnable, la faute n'en est pas à moi, ou plutôt la faute en est au caractère d'une existence qui a toujours été en mouvement. Et rien ne donne si naturellement l'idée du désordre et de la complication que l'action au jour le jour. En réalité, rien n'est plus simple, plus logique, plus sage que ma vie. Oui, j'ai voulu la guerre, la revanche. Mais avant de l'entreprendre, j'ai voulu que nous fussions prêts. »

 Il disparut trop tôt pour connaître la guerre qu’il appelait de ses vœux et ne sut jamais que l’Alsace et la Lorraine furent de nouveau réunies à la France en 1918.

Jean-Pierre Giovenco

Demain : Buster Keaton

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