Pierre Boulle

Il est décédé le 

Elle est décédée le

30 Janvier 1994
Pierre Boulle. Illustration de Marc Daniau

Romancier français, né le 20 février 1912 en Avignon (Vaucluse), décédé à Paris, à l’âge de 81 ans. Homme discret mais auteur à succès, il connu la célébrité avec deux ouvrages, Le pont de la rivière Kwaï et La planète des singes, adaptés avec brio au cinéma. Qui était Pierre Boulle ? Voici une question pour désorienter les candidats à un jeu télévisé. 

 Mis à part un cercle restreint de passionnés, de fidèles et de fans, peu de nos contemporains sont capables aujourd’hui de mettre un visage sur le nom de Pierre Boulle. Ils sont encore moins nombreux ceux qui peuvent dire dans quel domaine s’illustra notre inconnu. A une époque ou chacun donnait son avis sur tout ou étalait sa vie privée dans les magazines ou à la télévision, notre homme cultivait la discrétion. Mais sa vie comme son œuvre parlaient pour lui : Le pont de la rivière Kwaï écrit en 1952 et La planète des singes publiée en 1963 obtinrent un énorme succès en France et dans le monde. Pierre Boulle était un romancier, un des pères de la science-fiction française.

 Né en Provence, avant la première guerre mondiale, il vécut une enfance heureuse aux côtés de son père, un avocat amoureux de littérature, de sa mère Thérèse, une catholique fervente, et de ses deux sœurs. A l’âge de 14 ans, il eut la douleur de perdre son père. Il « monta » à Paris pour suivre une formation d’ingénieur à l’Ecole supérieure d’électricité (Supelec). Son diplôme en poche, Pierre Boulle fut embauché en 1936 par une compagnie qui exploitait des hévéas à caoutchouc en Malaisie. La petite histoire retiendra qu’on l’installa dans la maison occupée vingt ans plus tôt par Henri Fauconnier (1879-1973), prix Goncourt en 1930 pour son roman Malaisie. Il poussa la similitude avec son aîné en relatant sa propre expérience de planteur dans Le sacrilège malais en 1951.

 Mais, à la fin des années trente, le jeune Pierre Boulle était loin d’imaginer le tournant littéraire que prendrait sa vie plus tard. En 1939, la mobilisation l’appelait en Indochine française. Il fit plus que son devoir et refusa la défaite. A l’appel de de Gaulle, il décida de rejoindre la France libre qui avait délégué un représentant à Singapour alors sous tutelle britannique. Il devint agent de liaison, mena diverses missions dangereuses. Munis de faux papiers, il s’introduisit clandestinement en Indochine via la Chine et la Birmanie pour y fomenter des révoltes. Arrêté par les autorités restées fidèles au maréchal Pétain, considéré comme un traître, il échappa à la peine de mort mais fut condamné aux travaux forcés à perpétuité à Saigon. En 1944, il réussit à s’échapper et atteignit Calcutta (Indes britanniques) où il collabora avec un service spécial britannique chargé d’organiser et de soutenir des maquis dans les territoires conquis par les japonais. Il ramena de ses campagnes militaires en Asie onze médailles françaises (légion d’honneur, croix de guerre, médaille de la résistance) et britanniques (Burma star, War Medal) et pleins de souvenirs vécus qui constituèrent la « matière première » de ses futurs romans.

 Le planteur qui transformait la sève en caoutchouc démissionna de son poste d’ingénieur. Désormais, ses expériences d’aventurier et d’espion lui serviraient à écrire des livres. Enfermé dans un hôtel parisien, il écrivit en 1950 son roman d’aventure William Conrad qu’il envoya à un éditeur par la poste. Quelques jours plus tard, il signait son premier contrat. Le succès ne tarda pas. Son troisième livre Le pont de la rivière Kwaï qui narrait la construction d’un pont par des prisonniers de guerre britannique devint un best-seller mondial vendu à des millions d’exemplaires. Le prix Sainte-Beuve couronna l’ouvrage. L’adaptation cinématographique réalisée en 1957 par David Lean contribua largement au succès du roman à l’étranger. Qui n’a pas siffloté un jour le refrain du film ?

 Une vingtaine d’ouvrages d’aventure et d’espionnage ayant souvent pour cadre l’enfer de la jungle asiatique suivirent. Le romancier s’essaya également à la science-fiction avec les Contes de l’absurde (1953-Grand prix de la nouvelle), E=MC2 (1957) et son chef d’œuvre La planète des singes (1963). Ce beau conte philosophique séduisit des millions de lecteurs à travers le monde. Pierre Boulle racontait l’histoire des trois astronautes envoyés en expéditions autour de l’étoile Bételgeuse. Les explorateurs terriens découvraient une planète inconnue où les hommes étaient asservis par des primates. A ce jour, huit  adaptations cinématographiques plus ou moins proches du récit de Pierre Boulle ont été réalisées entre 1968 (La planète des singes, de Franklin J Schaffner) et 2014 (La planète des singes : l’affrontement, de Matt Reeves). Des dizaines de millions de spectateurs se pressèrent dans les salles de cinéma pour voir à quoi ressemblaient les oppresseurs des hommes. Ce succès contribua à la notoriété de Pierre Boulle mais ne suffit pas à le rendre célèbre auprès du grand public. Il répugnait à « se vendre » comme une vulgaire savonnette et laissait à d’autres écrivaillons le soin d’emboucher « les trompettes de la renommée » comme le chantait Georges Brassens.

 Pierre Boulle ne fréquentait pas les milieux littéraires dont les élites boudaient cet ingénieur reconverti en romancier populaire. Etiqueté « romancier fantastique » par de nombreux critiques, il laissait dire, se contentant d’écrire jusqu’à la fin de sa vie des histoires crédibles qui plaisaient au public. Après son décès, on découvrit dans ses archives plusieurs manuscrits inédits. Un roman L’archéologie et le mystère de Néfertiti et un recueil de nouvelles L’enlèvement de l’obélisque furent publiés en 2005. Un cadeau posthume du prolifique romancier à ses fidèles lecteurs.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Jean Giraudoux

masculin
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