Pierre Brossolette

Il est décédé le 

Elle est décédée le

22 Mars 1944

Homme politique et résistant français, né le 25 juin 1903 à Paris, décédé dans cette même ville, à l’âge de 40 ans. Français Libre, chargé de faire le lien entre la résistance intérieure et extérieure, il fut arrêté par la gestapo. Avant d'être identifié par les nazis et pour éviter de parler sous la torture, il préféra se suicider.

Le Groupe du Musée de l’homme

Créé dès juillet 1940, le Groupe du Musée de l’homme peut s’enorgueillir d’avoir été le premier mouvement de résistance à l’occupation allemande et au régime de Vichy. Ses militants, dont nous publions ci-dessous le nom, payèrent un lourd tribut à la libération de la France.

Jean Andrieu, fusillé le 27 octobre 1942 ; Jules Andrieu, fusillé en février 1942 ; Pierre Brossolette, mort en détention en 1944 ; Raymond Burgard, décapité en 1944 ; Marcel Flesseir, mort en déportation en 1945 ; Colonel Paul Hauet, cofondateur chef du réseau, mort au camp de Neuengaamme ; Georges Ithier, fusillé en février 1942 ; Colonel de La Rochère, mort en déportation à Sonnenburg ; Renée Lévy, décapitée le 31 août 1943 ; Anatole Lewitsky, adjoint de Boris Vildé, fusillé en février 1942 ; Léon-Maurice Nordmann, fusillé en février 1942 ; René Sénéchal, fusillé en février 1942 ; Emilie Tillion, morte en déportation à Ravensbrück en 1945 ; Boris Vildé, cofondateur et chef du réseau, fusillé en février 1942 ; Pierre Walter, fusillé en février 1942 ;

 Marcel Abraham ; Claude Aveline ; Jean-Paul Carrier, condamné à 3 ans de prison ; Jean Cassou ; René-Yves Creston ; Christiane Desroches Noblecourt ; Colette Duval (Vivier) ; Jean Duval ; Geneviève de Gaulle-Anthonioz ; Jean Hamburger ; Agnès Humbert, déportée ; René Iché ; Jean Jaudel ; Thérèse Massip ; Yvonne Oddon ; Maguy Perrier, déportée, Germaine Tillion, déportée ; René Sanson.

 Pierre Brossolette appartenait à une famille d’enseignants, socialiste et profondément laïque. Son père, Léon, occupait les fonctions d’inspecteur de l’enseignement primaire à Paris, alors que son oncle Francisque Vial officiait au poste de directeur de l’enseignement secondaire. Ses sœurs aînées, Suzanne et Marianne, furent agrégées au début des années 1920. Lui-même réussit le concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure. Il fut reçu second à l’agrégation d’histoire, derrière Georges Bidault, futur chef du Conseil national de la Résistance (CNR), mais devant Louis Joxe, ministre du général de Gaulle dans les années 1960. Après son service militaire, il épousa en 1926 Gilberte Bruel qui lui donna deux filles, Anne et Claude.

 Journaliste engagé à gauche, il collabora à divers titres, L’Europe nouvelle, Le Quotidien, Notre temps. Il adhéra à la ligue des droits de l’homme et à la Ligue internationale contre l’antisémitisme, créée en 1928 par Bernard Lecache. L’année suivante, il prit la carte de la Section française de l’Internationale socialiste (SFIO) et collabora régulièrement au quotidien Le Populaire, le journal des socialistes. Il participa à tous les combats politiques de l’époque : opposition à la montée du fascisme en Europe, lutte contre les ligues d’extrême-droite en France, rapprochement avec les forces de gauche et notamment le parti communiste. En 1936, il se présenta à la députation dans l’Aube sous les couleurs du Front populaire. Battu, il intégra le cabinet du ministre socialiste des colonies dans le gouvernement présidé par Léon Blum. Dans le même temps, il devint chroniqueur de politique étrangère sur la radio d’Etat.

 En janvier 1939, le gouvernement Daladier le licencia après qu’il eut dénoncé sur les ondes les accords de Munich (30 septembre 1938) qui livraient la Tchécoslovaquie à l’Allemagne nazie. Désormais, l’ancien pacifiste, jugeait que la politique d’agressions du troisième Reich provoquerait une guerre générale en Europe. Elle éclata neuf mois plus tard quand Adolf Hitler attaqua la Pologne après avoir envahi, l’Autriche (1937) et la Tchécoslovaquie (1938). Mobilisé avec le grade de lieutenant, il se battit courageusement lors de la campagne de France, gagnant ses galons de capitaine et recevant la Croix de guerre. Après la défaite, il refusa de soutenir le régime de Vichy. Il rejoignit, dès sa création, l’un des premiers réseaux de résistance français, le Groupe du Musée de l’homme, à Paris, dirigé par Boris Vildé (lire ci-contre). Il participa à la rédaction du journal clandestin Résistance, lancé par Jean Cassou, rédigé et distribué par le mouvement. Il écrivit le dernier numéro publié le 25 mars 1941, avant le démantèlement du groupe.

Un des  chefs de la Résistance

Pierre Brossolette échappa de peu à l’arrestation. Avec son épouse, il acheta une librairie russe qui était à vendre. Le local lui servit de couverture pour ses activités clandestine et de boîte à lettres pour les mouvements de résistance. Il participa également à la création de Libération-Nord et de l’Organisation civile et militaire en zone occupée. En avril 1942, mandaté par les mouvements de résistance de l’intérieur, il rencontra à Londres le général de Gaulle. Promu commandant, il s’engagea dans les services secrets de la France libre, le Bureau central de renseignements et d’action (BCRA). De retour en France en mai, il vendit sa librairie et transféra sa famille à Londres à la suite d’un long périple à travers la France, l’Espagne et Gibraltar. A l’automne 1942, on le chargea d’assurer la liaison entre la résistance extérieure et la résistance intérieure. Le général de Gaulle le nomma Compagnon de la libération en octobre 1942. Parachuté à plusieurs reprises en France en 1943, il réussit à unifier les mouvements de résistance de la zone occupée. Au début de 1944, Pierre Brossolette décida de présenter au général de Gaulle Emile Bollaert, qui avait succédé le 1er septembre 1943 à Jean Moulin, mort le 8 juillet 1943, au poste de délégué général du Conseil national de la résistance (CNR).

 Les deux hommes décidèrent de rejoindre l’Angleterre par la mer. Partie de l’île-Tudy en Bretagne, ils embarquèrent sur une barcasse. Au large de l’île de Sein, une frégate britannique les attendait. Les résistants n’atteignirent jamais le lieu du rendez-vous. Une violente tempête drossa leur bateau sur la pointe du raz. Les résistants locaux alertés secoururent la trentaine de naufragés. Les hommes se divisèrent en plusieurs groupes. A Audierne, Pierre Brossolette et Emile Bollaert furent dénoncés à un barrage de l’armée allemande. Conduits d’abord à Rennes, au siège de la Kommandantur locale, ils réussirent à dissimuler leur véritable identité. Mais, une imprudence commise au sein du mouvement de résistance permit à la gestapo de les identifier.

 On les transféra le 19 mars 1944 au siège de la police allemande, situé avenue Foch, à Paris. Les deux hommes subirent de cruelles tortures. Le 22 mars, laissé seul dans une pièce par son geôlier parti déjeuner, Pierre Brossolette, les mains entravées dans le dos, se leva de sa chaise, avança jusqu’à la fenêtre qu’il réussit à ouvrir et se jeta dans le vide. Son corps rebondit sur le balcon du 4ème étage avant de s’écraser sur le trottoir. Comme Jean Moulin, il avait préféré mettre fin à ses jours pour ne pas parler sous la torture et préserver ainsi ses camarades. Transporté dans un état désespéré à l’hôpital de la Salpêtrière, il décéda à 22 heures, à l’âge de quarante ans.

 Emile Bollaert échappa à la mort. Déporté à Buchenwald, puis à Dora et enfin à Bergen-Belsen, il occupa les fonctions de commissaire de la république à Strasbourg après la Libération. Gilberte Brossolette qui avait également résisté à Londres au sein des instances de la France libre, devint conseiller de la République puis sénatrice socialiste de 1946 à 1958. Elle fut la première femme à occuper le poste de vice-présidente du Sénat. Elle mourut le 18 février 2004, à l’âge de 98 ans.

 Le 27 mai 2015, les cendres de Pierre Brossolette et celles de trois autres résistants - Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion et Jean Zay - furent transférées au Panthéon, où ils reposent aux cotés de Jean Moulin.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Giuletta Masina

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