Pierre Mendès France

Il est décédé le 

Elle est décédée le

18 Octobre 1982

Homme d’Etat français, né le 11 janvier 1907 à Paris, décédé dans la même ville, à l’âge de 75 ans. Homme politique appartenant à la gauche réformiste, il mit fin à la guerre d’Indochine et accorda l’indépendance à la Tunisie avant d’être renversé au parlement par une coalition hétéroclite.

Il n’a dirigé le gouvernement de la France que pendant sept mois et demi mais, pourtant, il fait partie des figures importantes de la Quatrième République. Pierre Mendès France est devenu, au cours des années 1950, en l’espace de quelques mois, un mythe, pour reprendre l’expression de l’historien Michel Winock. Spontanément le nouveau Président du Conseil, investi en juin 1954, a suscité le respect, voire l’enthousiasme, auprès de ses concitoyens. Sa détermination à faire la paix en Indochine, ses réformes de structure économique comme sa décision de lutter contre les privilèges des bouilleurs de cru, ses allocutions radiophoniques hebdomadaires… toutes ces initiatives « étonnaient, séduisaient et parfois irritaient ». Voilà aussi pourquoi l’homme populaire est vite devenu insupportable aux yeux de ses collègues députés et de tous les partis politiques. « Au fur et à mesure que PMF gagnait les faveurs de l’opinion, ses adversaires usèrent de tous les moyens pour le discréditer » écrit l’historien, expliquant que le gouvernement de Mendès France a été renversé le 5 février 1955 contre la volonté de la majorité de l’opinion.

 Pourtant rien ne prédisposait le petit parisien, né le 11 janvier 1907, dans une vielle famille d’ascendance séfarade judéo-portugaise, à un tel destin. Son père, très marqué par l’Affaire Dreyfus, qu’il avait vécue en démocrate indigné, lui avait choisi un parcours scolaire laïc. Elève brillant, le jeune Pierre obtient le baccalauréat à quinze ans. Tenté par l’enseignement il opte finalement pour le barreau et entre à la faculté de droit tout en suivant les cours de l’Ecole libre des sciences politiques, l’ancêtre de Sciences Po, en 1923. L’année suivante il adhère au Parti Radical, séduit par la figure d’Edouard Herriot. Il milite aussi activement à la Ligue d’action républicaine et socialiste (LAURS), un groupe étudiant qui vient d’être créé et qui s’oppose physiquement aux Camelots du roi de l’Action française.

En 1928 il devient le plus jeune avocat de France tout en soutenant une thèse sur « la politique de redressement du franc de Raymond Poincaré » et en continuant à militer au sein de la LAURS dont il devient secrétaire national. Après son service militaire effectué dans l’aviation, il s’installe comme avocat à Louviers, dans le département de l’Eure. C’est dans cette ville que, déjouant tous les pronostics, il est élu député en 1932. Plus jeune député de France il rejoint les jeunes du parti Radical, Jean Zay, Pierre Cot, Pierre Kayser, qui dénoncent la politique économique de leur organisation. L’année suivante il épouse Lily Cicurel, avec qui il aura deux enfants, Bernard et Michel.

 Il est élu maire de Louviers en 1935, puis réélu député de l’Eure l’année suivante. A l’Assemblée il soutient le Front populaire, malgré son désaccord concernant la politique monétaire de la France et surtout la non intervention dans la guerre d’Espagne. Mais proche de Léon Blum, il est nommé sous-secrétaire d’Etat au Trésor dans le deuxième gouvernement du responsable socialiste. Il élabore alors un plan de développement économique qui ne pourra être mis en application, le gouvernement ayant été renversé. Lieutenant de réserve, il abandonne son mandat de député pour être affecté au front en 1939. Il embarque ensuite pour rejoindre son unité au Maroc, mais il est arrêté à Casablanca et incarcéré à Clermont-Ferrand sous l’inculpation de désertion par le régime du Maréchal Pétain. Condamné à six ans de prison il parvient à s’échapper pour rejoindre les Forces de la France Libre à Londres. De Gaulle le nomme ministre de l’économie dans son Gouvernement provisoire. Mais l’homme se révèle déjà incapable de compromission. Le général ayant refusé de suivre les mesures drastiques qu’il propose pour redresser l’économie, il démissionne.

 Après un passage parmi les responsables d’organisations économiques internationales, il retrouve son mandat de député de l’Eure et prononce ses premières interventions à l’Assemblée contre la guerre d’Indochine. Après une première tentative pour former un gouvernement en 1953, le député est enfin investi Président du Conseil, avec une forte majorité, le 18 juin 1954, quelques semaines après la défaite française de Dien Bien Phu. Il prend la tête d’une équipe relativement jeune, mis à part le ministre des finances Edgar Faure, où l’on trouve des radicaux ou leurs alliés comme François Mitterrand, mais aussi des Indépendants et des MRP et même des gaullistes comme Jacques Chaban-Delmas. Après avoir négocié la paix en Indochine, il doit s’efforcer de régler l’agitation qui se développe en Afrique du Nord. S’il parvient à un accord en Tunisie qui a le statut de protectorat, la situation est plus compliquée en Algérie où, très vite, il se heurte aux intérêts des grands propriétaires terriens dont certains sont membres du parti Radical. Ils lui prêtent l’intention de « brader » le pays comme il a déjà « liquidé » le Tonkin. Les problèmes internationaux, comme les questions européennes, accaparent le gouvernement et empêchent Pierre Mendès France de promulguer les réformes économiques d’ampleur sur lesquelles il travaille depuis longtemps.

Le 5 février 1955, alors que certains députés le conspuent dans l’hémicycle, il déclare « Ce vacarme ne m’empêchera pas de dire que, par le spectacle qu’elle offre, l’Assemblée, au moment où elle vient de renverser le gouvernement républicain, ne se montre pas digne des responsabilités qui sont les siennes ». La Quatrième République et ses partis ne pouvaient accepter cet homme qui cherchait à rassembler, qui défendait des principes et s’y tenait, et qui, surtout, n’était pas prêt à brader ses idées pour monnayer un poste. Fidèle à ses convictions sur l’avenir de l’Algérie, il démissionne du gouvernement de Guy Mollet en 1956 avant de quitter la direction du parti Radical. Refusant la prise du pouvoir par De Gaulle en 1958, il va faire preuve d’une opposition sans faille au général. Battu aux élections législatives dans l’Eure, il abandonne ses mandats de maire et de conseiller général pour se consacrer à la réflexion politique.

 Après avoir abandonné le parti Radical pour rejoindre le PSU en 1960, il choisit de soutenir la candidature de François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1965. Le score de ce dernier l’encourage à revenir sur la scène politique. En mars 1967 il est élu député dans une circonscription de Grenoble. Présent au stade Charléty de Paris, en mai 1968, il reste cependant silencieux face à une révolte de la jeunesse qu’il semble mal comprendre. L’année suivante il mène campagne avec Gaston Deferre pour l’élection présidentielle avec l’appui d’un hebdomadaire. Mais le tandem ne séduit pas et Pierre Mendès France s’éloigne du débat français pour œuvrer en faveur de la paix au Proche-Orient et organiser des rencontres avec les protagonistes israéliens et palestiniens. Il soutient François Mitterrand en 1981 et apparaît très ému lors de l’investiture du premier président socialiste de la Cinquième République. Pierre Mendès France s’éteint à sa table de travail le 18 octobre 1982.

Serge Bolloch

Illustration : Marc Daniau

Demain : Camille Claudel

masculin
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