Raymond Poincaré

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Elle est décédée le

15 Octobre 1934

Homme d’Etat français, né le 20 août 1860 à Bar-le-Duc (Meuse), décédé à Paris, à l’âge de 74 ans. Républicain modéré, il fut plusieurs fois ministre et trois fois président du Conseil en 1912, 1922 et 1926 sous la Troisième République. Elu président de la République en février 1913, il fut l’inventeur de la politique d’ « Union sacrée » pendant la première guerre mondiale. En 1917, il nomma président du Conseil son adversaire politique le radical Georges Clemenceau. Son nom reste lié à la victoire de novembre 1918 et à la création du « franc Poincaré » en 1928..

Fils d’un polytechnicien, inspecteur général des ponts et chaussées, Raymond Poincaré avait dix ans quand la France vaincue dut céder à la Prusse l’Alsace et une partie de la Lorraine, sa région natale. Après de brillantes études à Nancy, poursuivies à Paris à la faculté de droit, il choisit de devenir avocat tout en publiant des articles dans la presse républicaine. En 1887, à l’âge de 27 ans, il se fit élire député de la Meuse, tout en continuant à exercer son métier d’avocat. En 1895, il ouvrit son cabinet et se spécialisa dans le droit des sociétés et les affaires de presse. De grandes entreprises industrielles et financières recourraient à ses services. Il défendit ainsi les intérêts de plusieurs écrivains dont ceux de Jules Verne. Cela l’aida sans doute pour se faire élire en 1909 à l’Académie française. Bientôt, Raymond Poincaré laissa à ses subordonnés le soin de gérer son cabinet. La politique l’accaparait désormais. Surnommé le « lorrain patriote » par ses admirateurs, Raymond Poincaré appartenait au parti républicain démocrate (PRD) situé au centre-gauche de l’échiquier politique. Plusieurs fois ministre (instruction publique en 1893, finances en 1894), député, sénateur, il était un ardent partisan de la laïcité et avait défendu le capitaine Alfred Dreyfus. Son parcours le classait à la gauche de son mouvement. Le 14 janvier 1912, il fut nommé président du Conseil des ministres par le président Armand Fallières. Il dirigea une coalition de centre-gauche formée du parti radical, des radicaux indépendants et de républicains modérés. Sentant venir la guerre, il travailla avec persévérance à renforcer l’alliance militaire et politique avec la Russie et à fortifier l’entente cordiale avec le Royaume-Uni.

Une habile manœuvre le porte à l’Elysée

Quand le président sortant annonça à la fin de l’année qu’il ne se représentera pas à l’élection prévue en février 1913, Raymond Poincaré décida de présenter sa candidature. Cette initiative suscita l’hostilité de son vieux rival Georges Clemenceau qui proposa de soutenir la candidature de Jules Pams, ministre de l’agriculture, dont le charisme était inversement proportionnel à son compte en banque. Selon une vieille tradition, les partis républicains de gauche organisèrent un scrutin préparatoire avant de choisir leur candidat, une « primaire » avant l’heure en quelque sorte, réservée aux seuls parlementaires. Les républicains « modérés » et les socialistes boudèrent le scrutin. Raymond Poincaré accepta d’y participer et d’y affronter la créature de Clemenceau et deux autres candidats à la candidature : Paul Deschanel, le président de la Chambre des députés et Antoine Dubost, président du Sénat.

Deschanel et Dubost furent éliminés lors des deux premiers tours. Au troisième tour, à la surprise de nombreux votants, Jules Pams obtint 323 voix contre 209 pour Raymond Poincaré. Le président du Conseil sortant refusa d’appliquer la règle de désistement républicain et de soutenir son adversaire victorieux. Il repoussa les demandes d’une délégation conduite par Georges Clemenceau et Emile Combes qui le pressait de retirer sa candidature. Poincaré savait que les républicains de droite qui avaient boudé la primaire voteraient pour lui le jour venu, pour barrer la route à la gauche et surtout à Clemenceau dont l’anticléricalisme agaçait. Le 17janvier 1913, l’audacieux Poincaré fut élu président de la République par le Congrès réuni à Versailles. Il obtint 482 voix contre 291 à Jules Pams et 69 pour le socialiste Edouard Vaillant. Clemenceau jugea déloyale l’attitude de Poincaré. Il le poursuivit de sa vindicte. En mai 1914, Clemenceau crut tenir sa revanche quand la gauche modérée remporta les élections législatives. Poincaré nomma le radical René Viviani président du Conseil.

L’homme de « l’Union sacrée » contre les Empires centraux

Le pouvoir exécutif était appelé à cohabiter en bonne harmonie. Les querelles politiciennes s’effacèrent devant les ambitions antagonistes des nations européennes qui menaçaient la paix. Deux systèmes d’alliance cohabitaient sur le vieux continent. D’un côté, la Triplice réunissait les royaumes d’Allemagne, d’Autriche et d’Italie. De l’autre, la France, la Russie, et le Royaume-Uni, réunis dans la Triple Entente, luttaient notamment contre les prétentions de l’Autriche à contrôler les Balkans. Entre les deux blocs, la méfiance régnait et chacun attribuait à l’autre des intentions d’agression et hâtait ses préparatifs militaires. Le déclencheur du conflit qui allait provoquer la mort de millions d’hommes fut l’assassinat de l’archiduc héritier d’Autriche, à Sarajevo, le 28 juin 1914. François-Ferdinand et sa femme furent abattus à coup de revolver par un jeune étudiant nationaliste, crime dont une enquête trop rapide rendit le gouvernement serbe responsable. Le 23 juillet l’Autriche adressa un ultimatum à la Serbie, ce qui précipita les événements. La Russie soutint la Serbie et commence la mobilisation de ses troupes, sûre de l’appui de la France. Le gouvernement anglais, à l’époque encore très pacifiste, multiplia vainement les offres de médiation. Pour couper court à ces tentatives et tenter d’entrainer l’Allemagne dans son action, l’Autriche déclara la guerre à la Serbie le 28 juillet et, dès le lendemain, bombarda Belgrade. La neutralité de l’Angleterre vacillait au fil des jours. Alors l’Allemagne se décida à faire pression sur l’Autriche pour éviter l’embrasement. Mais c’était trop tard : les militaires étaient impatients d’agir. Le 31 juillet, la chancellerie allemande lança un double ultimatum à la Russie et à la France pour qu’elles suspendissent toute mesure de guerre. Ce jours-là l’assassinat du chef socialiste Jean Jaurès qui agissait pour préserver la paix contribua à faire monter la tension. Le 1er août, à l’expiration du délai fixé, l’Allemagne déclara la guerre à la Russie, puis, le 3 août, à la France, au prétexte d’actes d’hostilités commis sur son territoire par des aviateurs français. Le lendemain 4 août, Raymond Poincaré, surnommé par ses adversaires socialistes de Poincaré-la-guerre, adressa au parlement un message dans lequel il appelait à l’union des Français : « Dans la guerre qui s'engage, la France aura pour elle le droit, dont les peuples, non plus que les individus, ne sauraient impunément méconnaître l'éternelle puissance morale. Elle sera héroïquement défendue par tous ses fils, dont rien ne brisera devant l'ennemi l'union sacrée et qui sont aujourd'hui fraternellement assemblés dans une même indignation contre l'agresseur et dans une même foi patriotique ».

Trois semaines après le déclenchement de la Grande Guerre, la France semblait au bord de la défaite. La bataille des frontières avait tourné à l’avantage des Allemands. Le pays était envahi pas le nord et par l’est. Battues dans les Ardennes, à Longwy, à Dinant et Charleroi, les armées françaises, britanniques et belges refluaient vers le sud, poursuivies par l’infanterie ennemie. La ligne de front s’étendait en continu de la Somme aux Vosges. En quelques semaines, les Français avaient perdu 200 000 hommes tués, blessés, disparus ou faits prisonniers. Pour éviter l’encerclement et la destruction de ses armées, le généralissime Joseph Joffre ordonna le repli général le 26 août 1914. Ou s’arrêterait la retraite ? La nouvelle des défaites militaires provoqua un début de panique dans les cercles politiques à Paris. Des parlementaires demandèrent la démission du haut-commandement. Poincaré réagit promptement pour enrayer le vent de défaitisme. Un remaniement ministériel renforça les pouvoirs du général Joffre. Deux socialistes, Jules Guesde et Marcel Sembat, entrèrent dans le gouvernement présidé par René Viviani, donnant tout son sens à « l’union sacrée ». 

L’appel au « Tigre » Clemenceau

La guerre de mouvement s’enlisa bientôt et les armées belligérantes s’enterrèrent dans des tranchées pendant trois longues années. Les offensives pour percer le front, couteuses en homme, échouèrent toutes. Elles provoquèrent une valse des généraux et la chute des gouvernements Viviani, Briand, Ribot et Painlevé. Elles furent à l’origine des mutineries de soldats recrues de souffrances et scandalisées par l’incurie supposée de l’Etat-major. Raymond Poincaré se résolut finalement le 16 novembre 1917 à appeler à la tête du gouvernement son vieil adversaire Georges Clemenceau. « Le Tigre » définit au parlement en mars 1918 sa politique par cette phrase restée célèbre : « Politique intérieure ? Je fais la guerre. Politique extérieure ? Je fais la guerre. Je fais toujours la guerre ». Cette politique de salut public digne des soldats de l’An II de la République porta ses fruits. Elle rassura les Français à l’arrière et conforta les poilus au front. Le 24 mars, l’Allemagne déclencha une nouvelle offensive. Le front français fut enfoncé. En juin, l’armée allemande se trouvait à 60 kilomètres de Paris comme en septembre 1914. Clemenceau refusa de quitter la capitale avec le soutien de Poincaré. Il demanda un vote de confiance. Les parlementaires le lui accordèrent. Le 15 juillet 1918, les Français et leurs alliés lancèrent une contre-offensive à Château-Thierry. Ils parvinrent à refouler les envahisseurs et remportèrent la seconde bataille de la Marne. L’initiative changea de camp. Les alliés refoulèrent les Allemands épuisés jusqu’aux frontières de 1914. Le 11 novembre, les autorités allemandes demandèrent l’armistice. Le président Raymond Poincaré fit preuve de jusqu’au-boutisme en réclamant au préalable l’évacuation de l’Alsace-Lorraine. Clémenceau qui estimait que le carnage n’avait que trop duré menaça de démissionner si la France rejetait la demande formulée par l’ennemie.

Les mois suivants, le président de la République défendit une ligne d’extrême fermeté à l’égard de l’Allemagne vaincu. Il réclama l’occupation de la rive gauche du Rhin. Ses demandes furent ignorées par la classe politique française et rejetées par les Alliés. Déçu, Poincaré renonça en 1919 à briguer un second mandat et redevint sénateur de la Meuse. Mécontent des conclusions du traité de Versailles en 1919, il défendit son application « intégrale ».

Retour au pouvoir et sauveur du franc

Le 15 janvier 1922, son intransigeance porta ses fruits. Le très droitier président Alexandre Millerand le chargea de former un nouveau gouvernement. A la tête d’une coalition du Bloc national, il fit occuper la Ruhr en janvier 1923 pour forcer l’Allemagne à payer les réparations de guerre. Cette politique de force mécontenta les alliés britanniques et américains et effraya les milieux financiers internationaux qui craignaient une reprise de la guerre. Les spéculateurs attaquèrent le franc qui s’effondra, provoquant une crise économique et sociale. Poincaré la combattit en menant une impopulaire politique d’austérité. En 1924, les électeurs sanctionnèrent son gouvernement en élisant une majorité de députés du Cartel des gauches. Poincaré laissa son fauteuil au radical Edouard Herriot. Deux ans plus tard, l’échec économique du gouvernement de gauche provoqua la chute du Cartel et le retour au pouvoir de Poincaré en juillet 1926. A la tête d’un gouvernement d’union nationale duquel étaient exclus les socialistes et l’extrême-gauche, il rétablit les comptes publics, réalisa des économies budgétaires et créa une nouvelle monnaie fondée sur l’or, baptisée le « franc Poincaré ». En 1928, il fit adopter par le parlement la première loi d’assurance obligatoire pour prévenir la maladie, l’invalidité et la vieillesse. Malade et usé, il démissionna en juillet 1929, après trois à la tête du gouvernement, un record sous la troisième République. Redevenu simple sénateur de la Meuse, il ne joua plus aucun rôle de premier plan. Il s’éteignit à l’âge de 74 ans.

Jean-Pierre Giovenco

Demain : Marie-Antoinette

masculin
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16 Janvier 2015

Henri Beaugé-Bérubé

Résistant français, né le 6 septembre 1920 à Brest Finistère, décédé à Paris, à l'âge de 94 ans.

Né au sein d'une famille bretonne de neuf enfants, Henri Beaugé-Bérubé répondit à l'appel du général de Gaulle et le rejoignit à Londres dès le premier juillet 1940. Il s'engagea avec son frère cadet Jacques dans les Forces françaises libres. Jacques, décédé en 2006, fut gravement blessé à la bataille d'El Alamein en Libye en novembre 1942. Il perdit l'usage de ses mains et devint aveugle. Après la guerre, il devint diacre et écrivit des ouvrages sous le nom de Jacque Lebreton.

 Henri participa également aux épopées des Français libres. Sa conduite au feu lui valut d'être fait Compagnon de la Libération par le chef de la France libre. François Hollande, président de la république, a tenu à lui rendre hommage dans un communiqué publié vendredi soir : " Henri Beaugé-Bérubé était un héros de la libération de la France. Avec lui disparaît un des derniers compagnons de la libération. Cet élève des Arts et Métiers n'avait pas supporté de voir la France à terre et, à vingt ans, il fut l'un des premiers à rejoindre le Général de Gaulle dès le 1er juillet 1940. Pendant cinq années, il a combattu sur tous les fronts de la guerre pour vaincre le nazisme. Cet homme d'honneur et de devoir était aussi un homme de culture et du partage. Il a participé à la création des parcs nationaux et fut l'animateur du centre culturel de l’abbaye de Fontevraud. Je salue la mémoire de ce grand Français et je m'associe à la douleur de sa famille et de ses proches".

16 Janvier 1986

Jean Cassou

Ecrivain et résistant français, né le 9 juillet 1897 à Deusto (Espagne), décédé à Paris, à l’âge de 88 ans. Fait Compagnon de la libération par le général de Gaulle. Fondateur du Musée national d’art moderne de Paris. Grand Prix national des lettres en 1971 pour l’ensemble de son œuvre.

16 Janvier 2002

Jean Elleinstein

Historien et homme politique français, né le 6 août 1927 à Paris, décédé à Paris, à l’âge de 74 ans. Spécialiste du communisme, il publia Une histoire de l’URSS en quatre tomes (1972-1975). 

16 Janvier 2011

Joseph Poli

Journaliste français, né le 14 avril 1922 à Marseille, décédé à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), à l’âge de 88 ans. Il présenta l’édition de la nuit du journal de TF1 de 1979 à 1988.

16 Janvier 2001

Laurent-Désiré Kabila

Homme d’Etat congolais, né le 27 novembre 1939 à Likasi (Congo-belge), mort assassiné à Kinshasa, à l’âge de 61 ans. Président de la République démocratique du Congo du 17 mai 1997 au 16 janvier 2001, date de son assassinat par un enfant-soldat membre de sa garde rapprochée.

16 Janvier 1989

Pierre Boileau

Ecrivain français, né le 28 avril 1906 à Paris, décédé à Beaulieu-sur-Mer (Alpes-Maritimes), à l’âge de 83 ans. Il écrivit en collaboration avec Thomas Narcejac une cinquantaine de romans policiers dont plusieurs furent adaptés au cinéma.

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