Robert Brasillach

Il est décédé le 

Elle est décédée le

6 Février 1945

Ecrivain et journaliste français, né le 31 mars 1909 à Perpignan (Pyrénées-Orientales), fusillé au fort de Montrouge à Arcueil (Val-de-Marne), à l’âge de 35 ans. L’auteur des Sept couleurs a été condamné par la cour d’assises de la Seine à la peine de mort pour « intelligence avec l’ennemi » nazi.

 Pourtant au début de sa vie active, dans les années trente, rien ne laissait prévoir qu’il militerait un jour en faveur d’un rapprochement avec « l’ennemi héréditaire » allemand. Proche du mouvement royaliste, il partageait les idées germanophobes professées par les dirigeants de son mouvement et notamment Charles Maurras. En 1935, après avoir lu Mein Kampf, il avoua son mépris pour la prose et les projets homicides d’Adolf Hitler, écrivant notamment: « C'est très réellement le chef-d'œuvre du crétinisme excité... Cette lecture m'a affligé ». Figure archétypale de l’intellectuel français de droite de l’entre-deux-guerres, il partageait sa vie entre sa chronique littéraire publiée dans L’action française et l’écriture de romans (Comme le temps passe, paru en 1937), et d’essais politiques (Les cadets de l’Alcazar, 1936, Léon Degrelle et l’avenir de « Rex », 1936). Passionné de septième art, il écrivit en 1935 une Histoire du cinéma, en collaboration avec son beau-frère Maurice Bardèche. Face à la montée simultanée du fascisme et du communisme en Europe, il transcenda ses préventions contre l’Allemagne et choisit rapidement son camp, celui des régimes dictatoriaux de droite. Il approuva le coup d’Etat du général Franco contre la République espagnole. La même année, il s’enflamma contre le Front populaire en France et son chef Léon Blum qu’il abreuva d’insultes antisémites.

 La radicalisation de sa pensée politique le conduisit à rallier les thèses fascistes dont il devint l’un des propagandistes en France. Le royaliste incertain en 1930, s’avouait fasciste convaincu en 1939. On ne sait pas grand-chose de son comportement durant la campagne de France en mai et juin 1940. Fait prisonnier par les vainqueurs, il fut interné en Allemagne avant d’être libéré. De retour en France dès 1941, il accusa la République, le Front populaire, les communistes et les juifs d’être responsable de la défaite de juin 1940. Pendant l’occupation, Robert Brasillach dirigea la rédaction de l’hebdomadaire collaborationniste Je suis partout. Partisan d’un fascisme « à la française » allié au nazisme, il affirma souhaiter la victoire de l’Allemagne. Cette prise de position en faveur du troisième Reich provoqua la rupture définitive avec Charles Maurras, partisan de « la France seule » et toujours opposé à une collaboration avec l’Allemagne.

 Le 23 août 1942, à la suite de la déportation des juifs de son diocèse, monseigneur Jules Saliège, archevêque de Toulouse, ordonna la lecture de la lettre suivante dans toutes les paroisses de son diocèse : « Mes très chers Frères, Il y a une morale chrétienne, il y a une morale humaine qui impose des devoirs et reconnaît des droits. Ces devoirs et ces droits tiennent à la nature de l’homme. Ils viennent de Dieu. On peut les violer. Il n’est au pouvoir d’aucun mortel de les supprimer. Que des enfants, des femmes, des hommes, des pères et des mères soient traités comme un vil troupeau, que les membres d’une même famille soient séparés les uns des autres et embarqués pour une destination inconnue, il était réservé à notre temps de voir ce triste spectacle. Pourquoi le droit d’asile dans nos églises n’existe-t-il plus ? Pourquoi sommes-nous des vaincus? Seigneur ayez pitié de nous. Notre-Dame, priez pour la France. »

 Le 25 septembre 1942, Robert Brasillach en guise de réponse écrivit dans Je suis partout des phrases accablantes : «L'archevêque de Toulouse proteste contre les mesures prises envers les Juifs apatrides en zone non occupée et accuse le gouvernement du Maréchal de suivre des inspirations étrangères ! Il parle de brutalités et de séparations que nous sommes tous prêts à ne pas approuver, car il faut se séparer des Juifs en bloc et ne pas garder de petits, l'humanité est ici d'accord avec la sagesse : mais il oublie de dire que ces brutalités sont le fait de policiers provocateurs qui veulent apitoyer les pauvres idiots d'Aryens. Et puis, même si elles étaient exactes, pourquoi Monseigneur, contrairement à plusieurs évêques pleins de courage, n'a-t-il jamais protesté contre les massacres anglais ? ».

 A la Libération, Brasillach se constitua prisonnier à la préfecture de police de Paris. Il fut jugé par la cour d’assises de la Seine le 19 janvier 1945. Au terme d’un procès expéditif qui dura six heures, le tribunal le déclara coupable de trahison et le condamna à la peine capitale. Des intellectuels et des écrivains célèbres dont François Mauriac, Paul Valery, Albert Camus, Jean-Louis Barrault, Colette, Paul Claudel, Jean Cocteau demandèrent au général de Gaulle, président du gouvernement provisoire, de gracier le condamné. De Gaulle refusa expliquant dans ses Mémoires de guerre que « le talent était un titre de responsabilité » et constituait au contraire une circonstance aggravante. Le 6 février 1945, Brasillach fut fusillé au fort de Montrouge.

 L’exécution de l’écrivain comme celles des ministres collaborationnistes Laval, Darnand et Brinon conduisirent des partisans du régime de Pétain à affirmer qu’un bain de sang avait suivi la Libération. La réalité est toute autre. Les cours martiales et les tribunaux militaires prononcèrent immédiatement après la Libération 400 condamnation à mort, toutes exécutées. A cela s’ajoutèrent environ 1500 exécutions sommaires, conséquences de règlements de compte politiques ou personnels. La justice officielle (cours de justice, chambres civiques, haute cour de justice) instruisit 160 000 dossiers de personnes accusées de collaboration avec l’ennemi. Les non-lieux et acquittements permirent l’élargissement de 73 546 inculpés ; 40 256 peines d’indignité nationale furent infligées ; 39 517 personnes purgèrent des peines de prison ou de travaux forcés. La peine de mort fut requise contre 7045 prévenus. 770 furent appliquées. Au total, 2600 personnes furent exécutées pour collaboration lors de l’épuration. Un chiffre éloigné des 100 000 exécutions évoquées par certains.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Hussein de Jordanie

 

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