Robert Capa

Il est décédé le 

Elle est décédée le

25 Mai 1954

Photographe de presse américain d’origine hongroise, né le 22 octobre 1913 à Budapest (Empire austro-hongrois), tué à l’âge de 40 ans par l’explosion d’une mine à Thai Binh (Vietnam) lors d’un reportage pendant la guerre d’Indochine. Il incarna l’âge d’or du photojournalisme.

 Son nom véritable était Endre Erno Friedmann. Ses parents, des juifs hongrois laïques et aisés - ils dirigeaient une maison de couture - veillèrent à lui donner une solide éducation. A 17 ans, le jeune homme adhéra à une organisation de gauche qui luttait contre le régime autoritaire mis en place par l’amiral Miklos Horthy, premier ministre et régent de Hongrie depuis 1920. En gardant son titre d’officier de marine alors que la Hongrie n’était bordée par aucune mer, le chef de l’Etat poursuivait deux objectifs : il soulignait son rôle à la tête de la flotte de guerre du temps de feu l’Empire austro-hongrois ; il rappelait l’ambition de son pays de récupérer des territoires perdus après 1918 et d’accéder à la mer Méditerranée.

 Le jeune Endre comme beaucoup de ses camarades se moquait des prétentions de l’amiral. Il se retrouva bientôt emprisonné. Les autorités lui mirent un marché en main : elles acceptaient de le libérer s’il quittait le pays. Il accepta. Il rêvait de devenir photographe de presse. Il pensait qu’il trouverait plus d’opportunités en Allemagne. En 1931, il s’exila à Berlin où une compatriote également expulsée lui dénicha en emploi de laborantin dans une agence photographique. Il abandonna bien vite les bacs de révélateurs et de fixateurs pour un appareil de photo. En 1932, le patron d’une agence lui commanda un premier reportage : photographier le fondateur de l’Armée Rouge Léon Trotski qui avait été chassé du parti communiste soviétique par Staline quelques années plus tôt. Il rencontra le proscrit à Copenhague.

 En s’installant en Allemagne, le photographe était tombé de Charybde en Scylla. En 1933, l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler scella son destin. Juif et étranger, il jugea prudent de fuir l’antisémitisme du régime national-socialiste. Il gagna Vienne en Autriche mais le chancelier Dollfuss instaura bientôt une dictature clérico-fasciste, aux relents également antijuifs. En 1934, il émigra à Paris où se lia d’amitié avec de nombreux photographes, le français Henri Cartier-Bresson, le juif polonais David Seymour et son compatriote Andor Kertesz. En 1947, avec les deux premiers il fonda l’agence coopérative Magnum photos.

 En attendant, le jeune homme qui s’était épris d’une jeune photographe polonaise Gerda Taro vivait d’amour et d’eau fraiche. Ses photos se vendaient très mal. Il décida de prendre un pseudonyme. Il choisit Capa, non pas comme on le croit souvent en référence au cinéaste américain Frank Capra mais tout simplement parce qu’en hongrois le mot signifiait requin. En 1936, il immortalisa de nombreux épisodes du Front populaire dont les grèves. Cette même année, il fut l’un des premiers photojournalistes, avec sa compagne Gerda Taro, à couvrir la guerre civile qui avait éclaté en Espagne, après le coup d’Etat du général Franco contre le jeune République.

 Militant antifasciste, il suivit l’armée républicaine. En septembre 1936 sa photo Mort d’un soldat républicain publiée dans le magazine français Vu fit ensuite le tour du monde. Elle immortalisait le combattant anarchiste Federico Borell Garcia au moment où il était fauché par la mitraille franquiste. La photo était prise à l’instant où le soldat touché à mort lâchait son fusil avant de s’écrouler. Une polémique encore en cours nie l’authenticité de la scène. Certains affirment qu’elle avait été montée de toute pièce par Robert Capa. Le soldat - qui fut réellement tué pendant la bataille de Cerro Muriano le 5 septembre - l’aurait simulé quelques jours plus tôt sur un autre lieu, soit par jeu, soit pour tromper le public. Les partisans de la réalité de l’événement, avancent une autre hypothèse : Robert Capa aurait demandé au soldat de poser devant la ligne de front pendant une accalmie. Une balle tirée par un franquiste isolé aurait atteint le milicien alors que le photographe appuyait sur le déclencheur. Richard Wehlan, un des biographes de Robert Capa semble pencher vers cette version : « J’ai été confronté au dilemme de traiter d’une photographie qu’on pense être vraie mais dont on ne peut être absolument certain qu’elle est un document véridique. Ce n’est ni une photographie d’un homme jouant la mort après avoir reçu une balle imaginaire, ni une photo prise dans le feu de la bataille. »

 Le 25 juillet 1937, sa compagne Gerda Taro, 26 ans, fut mortellement blessée par un char républicain à la bataille de Brunete près de Madrid alors qu’elle réalisait un reportage sur les violents combats autour de la capitale espagnole. Première femme photographe de presse tuée pendant un conflit, elle fut inhumée au cimetière du Père Lachaise. Louis Aragon et Pablo Neruda prononcèrent son éloge funèbre. Affecté par la mort de celle qu’il affirmait avoir épousée, Robert Capa publia l’année suivante un album contenant les photos réalisées ensemble.

L’âge d’or du photojournalisme

 En 1938, l’hebdomadaire américain Life, créé en novembre 1936, l’envoya couvrir la deuxième guerre sino-japonaise. Il photographia les dégâts causés par les bombardements aériens japonais. Il assista à la bataille de Taierzhu remportée par les chinois au prix de pertes terribles (30 000 tués). Le cliché d’un enfant chinois habillé en militaire fit la couverture du magazine sous la légende : « Un défenseur de la Chine ». Encensé par ses pairs - une revue professionnelle britannique écrivit qu’il était le plus grand photographe de guerre du monde -, apprécié des lecteurs qui se pressaient pour acheter les journaux qui publiaient ses clichés, Robert Capa ne put en revanche amadouer l’administration française. Au début de la « drôle de guerre » en septembre 1939, le parlement vota des lois contre « les étrangers indésirables ». Hongrois, juif, de gauche, cela suffit à le classer dans cette catégorie. En octobre 1939, contraint et forcé, il quitta la France pour les Etats-Unis où il retrouva sa mère et son frère. Il devint correspondant de guerre pour la revue Colliers. En novembre 1942, il débarqua avec l‘armée américaine en Afrique du Nord. Il suivit sa progression en Algérie, en Tunisie. En 1943, il couvrit le débarquement des alliés en Sicile où il prit la célèbre photo d’un berger montrant la route à un soldat américain accroupi.

 Presque cinq ans après son expulsion, il foula de nouveau le sol de France, en l’occurrence le sable normand de la plage d’Omaha Beach, en face de Colleville-sur-mer. Le matin du 6 juin 1944, il débarqua avec l’avant-garde allié, armé d’un Rolleiflex et de deux Contax. Seul photographe autorisé à accompagner les troupes de choc en Normandie, il prit 106 clichés. Envoyées dans les locaux londoniens de Life, un laborantin pressé de développer les images avant le bouclage du numéro aurait détruit les pellicules en augmentant la température de séchage des négatifs dont la plupart fondirent. Seules onze photos purent être exploitées. Bien que floues, elles furent publiées dans l’édition du 19 juin 1944 de Life. Robert Capa commenta avec philosophie sa déconvenue : « Pour un correspondant de guerre, louper un débarquement, c’est comme refuser un rendez-vous avec Lana Turner. »

  La thèse de l’erreur commise par le laborantin est désormais contestée par des photographes contemporains qui estiment que ce jour là Robert Capa ne prit que onze clichés de médiocre qualité, même s’ils restent pour l’histoire un témoignage unique du débarquement. Le photographe aurait inventé cette fable pour conforter sa légende. A la décharge de l’accusé, il convient de noter que personne ne mit en cause sa présence sur la plage d’ « Omaha la sanglante » où périrent 2000 américains en quelques heures. La paix revenue, le photographe exprima son horreur de la guerre : « J’espère rester au chômage en tant que photographe de guerre jusqu’à la fin de ma vie. »

 En 1947, Robert Capa décida de s’affranchir des journaux, magazines et diffuseurs en cofonda avec des amis la coopérative – et non l’agence – photographique Magnum. Chaque photographe gardait l’exclusivité de sa photo. Magnum se chargeait de la commercialiser. Un cliché pouvait être vendu à plusieurs médias. Le photojournaliste était assuré de garder l’intégralité des droits d’auteur à chaque transaction ce qui n’était pas le cas avec les agences traditionnelles ou avec les journaux qui étaient les vrais propriétaires des images.

 La période de l’après-guerre coïncida avec l’apogée du photojournalisme. Les lecteurs désiraient être mieux informés. La presse papier répondait à cette demande à une époque où la télévision, perfectible sur le plan technique, chère et encore ennuyeuse, trônait dans quelques foyers seulement. La photo était un des vecteurs les plus indiqué pour véhiculer une information. Robert Capa incarna cet âge d’or de la presse. Mesuré en années, le règne du photojournalisme fut bref. Il commença à décliner au milieu des années 1960 pour disparaitre après le début du nouveau millénaire. Internet et l’invention d’outils de communication automatisés qui donnent l’illusion à monsieur Toutlemonde qu’il suffit de réaliser un selfie pour être un photographe, lui donnèrent le coup de grâce.

 Robert Capa n’assista pas à cette lente descente aux enfers. Sans doute ne l’avait-il pas non plus imaginée dans ses pires cauchemars. La mort le faucha en pleine gloire le 25 mai 1954 au Vietnam, pendant la guerre d’Indochine. A la demande de Life, il suivait l’armée française, battue deux semaines plus tôt à Dien Bien Phu par les communistes du général Giap. Il se trouvait à Thai Binh dans le Tonkin. Désirant prendre une photo d’ensemble des soldats qu’il accompagnait, il quitta le chemin. En agissant ainsi il violait une règle qu’il répétait souvent : « Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes pas assez près ». En s’éloignant de son sujet, il posa le pied sur une mine. L’explosion le tua sur le coup. Fallait-il prendre un tel risque pour une photo assurément médiocre ?

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Sydney Pollack

masculin
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