Roland Topor

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Elle est décédée le

16 Avril 1997

Dessinateur, peintre et écrivain français, né le 7 janvier 1939 à Paris, décédé dans la même ville, à l’âge de 59 ans. Artiste polyvalent et génial, connu surtout pour ses illustration et recueils de dessins (Anthologie en 1961, Panic en 1965, Toporland en 1977), il écrivit des romans (Mémoires d’un vieux con, 1975), des nouvelles (Café panique, 1982), des pièces de théâtre (L’hiver sous la table, 1994. Il coréalisa pour les enfants la série télévisée culte Téléchat.

Fils du peintre et sculpteur d’origine polonaise juive Abram Topor, Roland Topor naquit deux ans avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale. Pour échapper aux lois antisémites promulguées en octobre 1940 par le régime de Vichy, la famille se cacha en Savoie pendant la guerre. De retour à Paris à la Libération, Topor suivit les traces de son père et étudia aux Beaux-Arts de Paris. Pour son vingtième anniversaire, il réalisa la couverture du magazine bien nommé Bizarre». Reconnu, il multiplia dès lors les créations. Il organisa sa première exposition en 1960 aux Beaux-Arts. Il publia son premier livre de dessins Les Masochistes. En 1961, son second recueil Anthologie reçut le prix de l’humour noir. Il rejoignit l’équipe du mensuel « bête et méchant » Hara-Kiri, dont l’esprit inventif et contestataire s’accordait au sien. Pendant cinq ans, il y publia ses illustrations, dénonçant avec férocité mais « joyeusement », selon l’expression de François Cavanna les monstres « bêtise, mensonge, futilité, injustice, conformisme ». Il réalisa de nombreuses couvertures et affiches dont son « coup de poing dans la gueule » resté dans toutes les mémoires. En 1962, celui qui affirmait dans un rire sardonique « je suis paniqué et je me marre » fonda le groupe « anti-mouvement » Panique avec ses complices l ‘écrivain et cinéaste Fernando Arrabal et le réalisateur Alejandro Jodorowsky. Le trio se moqua surtout des surréalistes et de leur « pape » André Breton.

Un créateur polyvalent et prolifique

Passant d’un champ créatif à l’autre, Topor publia en 1964 son premier roman Le Locataire chimérique que le réalisateur Roman Polanski adaptera avec succès au cinéma en 1976. Le second en 1969 Joko fête son anniversaires remporta le prix des Deux-Magots. Ses Mémoires d’un vieux con en 1975 fut bien accueilli par le public. Le théâtre fut l’autre forme d’expression ou il excella. On lui doit plusieurs pièces dont Le Bébé de monsieur Laurent, L’Hiver sous la table et Vinci avait raison qui fit scandale lors de sa création en Belgique. En 1992, il mit en scène, créa les décors et les costumes d’un mémorable Ubu roi présenté au théâtre national de Chaillot à Paris. Le cinéma enrôla le touche à tout talentueux. Il apparut à l’affiche de quelques films comme acteur, dans Nosferatu, fantôme de la nuit de Werner Herzog en 1979 et dans Celles qu’on n’a pas eues de Pascal Thomas en 1981. Il réalisa également des affiches de films, pour Jean-Pierre Mocky (L’Ibis rouge en 1975), pour Nagisa Oshima (L’Empire de la tentation en 1978), pour Volker Schlöndorff (Le Tambour en 1979). Il écrivit les scénarios et conçut les personnages et les décors de plusieurs films d’animation réalisés par René Laloux, dont Les Temps morts (1965), Les Escargots (1966), La Planète sauvage, un dessin animé récompensé du prix spécial du jury au Festival de Cannes en 1973. En 1972, il créa le générique dessiné du film Viva la muerte, de son ami Arrabal. En 1976, Federico Fellini lui demanda de créer les images projetés par la scène de la lanterne magique de son film Casanova. On le sait moins, Roland Topor écrivit également de nombreuses chansons pour Meguma Satsu (Zozo Lala, Scato et Je m’aime) et pour François Hadji-Lazaro (François détexte Topor) et des contes pour enfants (Joséphine et les ombres).

Tout en explorant de nouveaux territoires artistiques, Roland Topor ne cessa jamais de de dessiner et de peindre. Il illustra ainsi en 1977 les Œuvres romanesques de Marcel Aymé Dessinateur pour la presse (Libération, Le Monde, Elle, The New York Time, Die Ziet notamment), il réalisa en 1976 une affiche pour Amnesty International. L’organisation humanitaire organisait une campagne dénonçant la torture pratiquée par les pays totalitaires à l’encontre des prisonniers politiques. Pour illustrer la violation de la liberté d’expression, Topor dessina un visage de profil dont la mâchoire inférieure était décrochée par un coup de marteau. Topor s’était inspiré d’une illustration réalisée dix ans plus tard pour Hara-Kiri. L’affiche le rendit encore plus célèbre. Ses premières peintures à la bombe lui valurent de recevoir en 1981 le grand prix des arts graphiques du ministère de la culture. En 1983, il se lança dans une nouvelle aventure à la télévision. Avec le réalisateur belge Henri Xhonneux, il créa pour la télévision la série Téléchat. Destinée aux enfants, la séquence durait cinq minutes et était incluse dans l’émission Récré A2 sur Antenne 2. Elle parodiait le journal télévisé. Elle était présentée par des marionnettes (une autruche, un chat, des objets vivants) dessinés par Topor. Les 284 épisodes furent diffusés pendant trois ans. Téléchat reçut de nombreuses récompenses internationales dont celle de meilleure émission pour l’enfance dans la catégorie des 6 -12 ans. Il est fort probable que les créateurs des Guignols de l’info s’inspirèrent des personnages créés par le duo franco-belge.

 Topor et Xhonneux avaient enchanté les enfants avec leur série Téléchat. Ils déroutèrent leurs parents en adaptant pour le cinéma la vie du marquis de Sade. Intitulé simplement Marquis, le film relatait la vie du noble scandaleux pendant son incarcération à la Bastille. Il mêlait prises de vues réelles et scènes d’animation. Tous les acteurs portaient des masques d’animaux. Présenté en 1989, à l’occasion du bicentenaire de la Révolution française, le film fut éreinté par la critique et boudé par le public. Trois décennies plus tard, il fait l’objet d’un véritable culte auprès de certains cinéphiles.

L’artiste travaillait à de nombreux projets quand il fut victime d’un accident vasculaire cérébral. Il s’éteignit à l’âge de 59 ans seulement

J.-P.G.

Demain : Benjamin Franklin 

masculin
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