Romy Schneider

Il est décédé le 

Elle est décédée le

29 Mai 1982

Actrice allemande naturalisée française, née le 23 septembre 1938 à Vienne (Autriche), décédée à Paris, à l’âge de 43 ans. Actrice populaire inspirée, elle sut s’affranchir du personnage de Sissi qu’elle interpréta à trois reprises et tourna avec les plus grands cinéastes de sa génération comme Visconti, Sautet, Risi, Tavernier. Malheureuse dans sa vie privée, elle décéda dans la fleur de l’âge.

 A six mois près, Rosemarie Magdalena Albach serait née autrichienne, mais l’annexion de l’Autriche (Anschluss) le 12 mars 1938 par l’Allemagne nazie fit d’elle une ressortissante du troisième Reich. Cette fatalité pesa sur sa destinée et ses choix futurs. A l’arrivée des troupes d’occupations, ses parents - Wolf Albach et Magda Schneider, deux comédiens - quittèrent Vienne et s’exilèrent dans leur propriété de Mariengrung située dans le cadre bucolique des Alpes bavaroises. Croyant s’éloigner des nazis, ils se rapprochèrent en fait de leur maître absolu Adolf Hitler dont le chalet du Berghof à Berchtesgaden se trouvait à une vingtaine de kilomètres de leur domicile.

 Finalement comme tous les Autrichiens, les parents acceptèrent le fait accompli. Ils retournèrent travailler à Vienne et laissèrent la petite Rosemarie, surnommée Romy, à la garde de la grand-mère maternelle Maria Schneider. Pendant la guerre, Magda fit la connaissance de Martin Bormann, chef de la chancellerie du parti national-socialiste et proche d’Hitler. Les deux familles, les Bormann et les Albach, sympathisèrent et comme souvent dans ces cas-là les enfants devinrent les otages des amitiés parentales, pour le meilleur souvent pour le pire quelquefois. Donc, la petite Romy joua avec les enfants du haut dignitaire nazi quand il venait se reposer au Berghof à l’invitation du führer. Des films de vacances tournés en 1941 sur la terrasse du chalet haut perché montrent un Adolf Hitler et une Eva Braun hilares, partageant des moments de détente avec des invités (Martin Bormann, son épouse, Magda Schneider), riant aux jeux de leurs enfants dont la blonde Romy.

 En 1943, le bonheur de Romy prit fin quand son père s’enticha d’une jeune actrice. Le couple Albach-Schneider vola en éclat et divorça en 1945. Cette année-là, Magda Schneider se retrouva sans mari, orpheline du troisième Reich et sans travail : désormais les cinéastes et les metteurs en scène hésitaient à faire appel à une actrice qui s’était compromise avec les nazis. En 1949, la petite Romy fut placée dans un pensionnat catholique où elle étudia jusqu’en 1953, date à laquelle elle rejoignit à Cologne sa mère qui avait épousé un restaurateur. En 1955, un producteur proposa à Magda de jouer dans une bluette intitulé Lilas blancs. La distribution cherchait une actrice débutante pour interpréter le rôle de la fille du personnage principal. Magda proposa Romy. Après des essais prometteurs, le metteur en scène accepta de l’engager. Romy apparut pour la première fois au générique d’un film.

 Sa fraîcheur, sa jeunesse, sa beauté plurent au public et inspirèrent les cinéastes. Elle tourna d’autres films dits de « terroir », aux intrigues simplistes qui faisaient oublier aux allemands vaincus la dureté de l’époque, l’humiliation de la défaite, la honte de l’occupation par les alliés.

Sissi pour le meilleur et le pire

En 1955, le réalisateur autrichien Ernst Marischka décida de porter à l’écran une histoire largement romancée de l’impératrice Elisabeth de Wittelsbach surnommée Sissi, assassinée en 1898 à Genève par un anarchiste italien. Il proposa le rôle à Romy Schneider. Sa mère Magda, désormais son agent, négocia le contrat avec le producteur et imposa sa propre participation au générique du film. A sa sortie, Sissi remporta un très grand succès en Autriche et en Allemagne, puis conquit le monde les mois suivants. Marischka tourna deux suites en 1956 (Sissi impératrice) et en 1957 (Sissi face à son destin). L’engouement du public pour le personnage historique ne se démentit pas. Romy Schneider semblait plus réservée. Elle se plaignit de l’indigence du scénario et s’inquiétait d’être identifiée à Sissi. Quand on lui proposa de tourner un quatrième épisode, elle refusa net, provoquant les jérémiades des producteurs, les pleurnicheries de sa mère, sevrée d’une nouvelle apparition sur le grand écran, les supplications de son beau-père qui investissait son argent dans des hôtels et des restaurants. En 1957, Romy décida de prendre en main sa carrière et de s’affranchir de sa mère et de celui qu’elle qualifiait avec mépris de « second époux de sa mère ». Désormais, elle décida de choisir elle-même ses rôles.

 En 1958, le metteur en scène français Pierre Gaspard-Huit lui proposa de jouer le personnage de Christine dans le film éponyme. Vingt-ans plus tôt, sa mère Magda avait interprété la même héroïne dans Leibelei de Max Ophuls. Le cinéaste encouragea la jeune actrice à choisir l’acteur qui lui donnerait la réplique. On lui présenta des photos. Elle désigna Alain Delon. Selon la légende, ils se rencontrèrent pour la première fois au pied d’un escalator à l’aéroport d’Orly. Au début du tournage, les deux acteurs se fâchèrent. A la fin, ils se fiancèrent. Désormais installée à Paris, Romy vécut comme une jeune fille de son temps, fréquentant les boîtes de nuit, se moquant des convenances bourgeoises. La jeune fille pure et innocente qui plaisait tant au public familial avait grandi. Désormais, elle était une femme. Déroutée par le changement, la presse allemande et autrichienne l’ignora. En 1959, Romy Schneider fit une brève apparition dans Plein Soleil de René Clément avec Alain Delon. Sa carrière connut un temps d’arrêt de dix-huit mois.

 Son fiancé lui fit connaître le maître Italien Luchino Visconti avec qui il venait de tourner l’inoubliable Rocco et ses frères. En 1961, le cinéaste mais aussi metteur en scène de théâtre demanda au jeune couple de jouer la pièce Dommage qu’elle soit une putain. L’année suivante, Visconti séduit par le talent de l’actrice lui donna le rôle principal dans le film à sketches Boccace 70. Le major américain Columbia lui proposa un accord en or : sept films rémunérés chacun un million de francs. En 1962, elle s’installa à Hollywood où elle tourna avec Otto Preminger Le cardinal. Son second film avec la Columbia, une comédie de David Swift, tourna au fiasco. En 1964, elle révéla son potentiel érotique dans L’enfer d’Henri-Georges Clouzot. Le film resta inachevé après la maladie du cinéaste mais de longues scènes ont été insérées dans un documentaire (L’enfer d’Henri-Georges Clouzot) consacré au film en 2009 par Serge Bromberg et Ruxendra Medrea. On était bien loin de Sissi.

 Romy Schneider décida de rompre son contrat avec le studio américain. De retour à Paris en 1965, elle reçut une lettre de rupture d’Alain Delon. Après cinq années de vie commune, le comédien avait décidé d’épouser Nathalie Sand qui était enceinte de son fils. En avril de cette année, elle rencontra à Berlin-Ouest l’acteur et metteur en scène juif allemand Harry Meyen, ancien déporté. Elle l’épousa l’été suivant et donna naissance à son premier enfant baptisé David en décembre. Le couple s’installa à Berlin. Pendant deux ans, elle mit sa carrière entre parenthèse pour s’occuper de son fils.

 En 1968, Alain Delon suggéra à Jacques Deray qui s’apprêtait à tourner La piscine de proposer le rôle de Marianne à Romy Schneider. Le couple Delon-Schneider se reforma pour les besoins du film mais pas dans la vie privée, contrairement aux affirmations de la presse à scandale qui augmentait ses ventes en diffusant de fausses informations. Deux ans plus tard, elle devint une des actrices emblématiques du cinéma français après sa lumineuse interprétation dans Les choses de la vie de Claude Sautet avec Michel Piccoli. Elle renouvela sa collaboration avec le cinéaste dans Max et les ferrailleurs (1970), César et Rosalie (1972) avec Yves Montand et Sami Frey, Mado (1976), Une histoire simple pour lequel elle reçut le César de la meilleure actrice (1978).

Une étoile en France

Dans les années 1970, de grands cinéastes firent appel à elle : Joseph Losey (L’assassinat de Trotsky avec Ricard Burton et Alain Delon, 1971), Luchino Visconti (Ludwig, où le crépuscule des Dieux, 1972), Andrzej Zulawski (L’important, c’est d’aimer pour lequel elle remporta un César de la meilleur actrice,1975), Claude Chabrol (Les innocents aux mains sales, 1974), Robert Enrico (Le vieux fusil avec Philippe Noiret, César du meilleur film, 1976), Costa Gavras (Clair de femme avec Yves Montand, 1979), Térence Young (Liés par le sang avec Audrey Hepburn et Omar Sharif, 1979), Dino Risi (Fantôme d’amour avec Marcello Mastroianni, 1981).

 Sur le plan personnel, elle vécut des années 1970 tragiques : en 1972 elle se sépara d’Harry Meyen qui se suicida en 1979 ; elle fit de fausses couches et donna naissance à une enfant prématurée (Sarah), conçue avec son nouveau mari Daniel Biasini dont elle divorça en 1981. Au cinéma, le public lui resta fidèle. Il remplit les salles à la projection de La mort en direct de Bertrand Tavernier où elle partagea l’affiche avec Harvey Keitel (1980). La banquière de Francis Girod remporta aussi un grand succès. Au printemps 1981, bien que déprimée par le chaos de sa vie personnelle et affaiblie par la consommation de substances diverses et d’alcool, elle commença le tournage de La passante du sans-souci de Jacques Rouffio. Elle dut l’interrompre au bout de quelques semaines pour suivre une cure de désintoxication, à Quiberon où elle se brisa le pied à la suite d’une chute. En mai, on l’hospitalisa pour lui ôter un rein malade. Sa rencontre avec un jeune producteur dont elle devint amoureuse lui redonna confiance. Le tournage du film reprit.

 Le 5 juillet, son fils David âgé de 14 ans hébergé pendant le week-end chez les parents de Daniel Biasini à Saint-Germain-en-Laye se blessa mortellement en escaladant le portail d’entrée de la maison. Ayant trouvé porte close, l’adolescent n’avait pas voulu déranger ses hôtes. Il perdit l’équilibre et s’empala sur une des pointes de la grille en fer. Transporté à l’hôpital, il mourut dans la nuit. Quelques jours plus tard, la presse à scandales publia des photos de David sur son lit de mort. Les photographes s’étaient déguisés en infirmiers pour voler ces images.

 Les derniers mois de la vie de Romy Schneider furent un vrai calvaire que les médecins tentèrent de soigner – comment le leur reprocher – à grand renfort de médicaments. Le matin du 29 mai 1982, son compagnon découvrit le corps sans vie de Romy Schneider dans son lit. Sur la table de chevet, la présence de médicaments et d’alcool donnaient une indication sur la cause du décès. Le juge d’instruction – personne ne le lui reprochera cet acte d’humanité – décida de classer l’affaire, affirmant : « Que Romy Schneider garde son secret ».

On l’inhuma dans le cimetière de Boissy-sans-Avoir (Yvelines) où elle possédait une maison de campagne. Elle portait au tour du cou une étoile de David. David la rejoignit plus tard. Sa mère Magda n’assista pas aux funérailles. Elle mourut quatorze ans plus tard à l’âge de 87 ans à Berchtesgaden, à deux pas du Berghof, là où un été de 1941 une petite fille de trois ans avait joué sous les yeux du diable fait homme.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Jeanne d’Arc

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22 Avril 2016 - 6:53pm

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