Ronald Reagan

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5 Juin 2004

Homme d’Etat américain, né le 6 février 1911 à Tampico (Illinois), décédé à Los Angeles (Californie), à l’âge de 93 ans. Acteur dans des films de série B, il fut élu président des Etats-Unis en 1980 et réélu 1984. Conservateur et anti-communiste, il restaura la puissance américaine et contribua à la chute de l’URSS.

Un acteur médiocre peut-il devenir un grand président des Etats-Unis ? Laissons aux historiens le soin de trancher cette question. La vie de Ronald Reagan se divise en deux périodes d’égale longueur : de 1937 à 1964, soit pendant 27 ans, il interprétera pour le cinéma puis pour la télévision une soixantaine de rôle de composition ; de 1965 à 1989, un bail de 24 ans, il joua son propre personnage d’homme politique ambitieux au service des idées conservatrices et républicaines.

 Fils d’un commerçant, il vécut son enfance au dessus du magasin familial. Après des études brillantes au lycée puis à l’université (diplômé de l’Eureka collège), l’université de l’Iowa l’engagea pour commenter les matches de l’équipe locale. Dame nature l’avait en effet doté d’un physique avantageux et d’une belle voix claire et virile qui impressionnait les filles et enchantait les puristes amateurs de diction parfaite. Des stations de radio locale lui firent leurs yeux doux : d’abord la WOC de Davenport, puis la WHO de Des Moines. Journaliste sportif, il suivait l’équipe de Chicago. En 1937, lors d’un déplacement à Los Angeles, il participa à une audition organisée par le studio Warner Bros. Emballé par son organe vocal, ses dirigeants lui proposèrent un contrat de sept ans. Ronald Reagan tourna cette année-là son premier film Love Is on the air, le premier navet d’une longue série. Une soixantaine d’autres suivront jusqu’en 1964. Etrange carrière consacrée aux films de série B. Un rôle surnage, celui d’un amputé qu’il joua dans Crime sans châtiment (1942) de Sam Wood. A cette époque, le jeune Ronald Reagan affichait des idées libérales et démocrates.

 Pendant la seconde guerre mondiale, il fut affecté dans une unité qui réalisait des films de propagande pour l’armée américaine. En 1945, il reprit son métier d’acteur. Il eut la bonne idée de se faire élire par ses pairs au comité de direction de la Screen Actors Guild (SAG), une puissante association mi-professionnelle, mi-syndicale qui regroupait des dizaines de milliers d’acteurs et de figurants. En 1947, il en devint le président et fut réélu encore sept fois jusqu’en 1959, pour des mandats de un an. Pendant la « chasse aux sorcières », particulièrement active dans les milieux du cinéma dans les années 1950, le militant démocrate collabora sans retenu avec les représentants du sénateur McCarthy, n’hésitant pas à dénoncer les acteurs, les metteurs en scène et les techniciens qu’il soupçonnait de sympathie communiste.

A la droite du parti républicain

Son mariage en secondes noces avec l’actrice Nancy Davis, une militante conservatrice, expliqua son net virage à droite. La carrière au cinéma de Reagan commença à décliner. Il se tourna alors vers la télévision. Il présenta une série de feuilletons sponsorisés par la société General Electric (GE). Son contrat prévoyait également la visite des usines du groupe. Ce nouvel emploi accéléra sa mue politique. L’ancien militant démocrate défendait désormais les valeurs de l’entreprise : libéralisme économique, baisse des impôts, déréglementation. Le leader de la guilde des acteurs dénonça le rôle des syndicats : refus de l’instauration de la sécurité sociale. En 1960, alors que la bataille pour les droits civiques battait son plein dans le pays, Ronald Reagan déclara : « Si une personne veut discriminer les nègres ou les autres lorsqu'il vend ou loue sa maison, c'est son droit. ».

 En 1962, il adhéra officiellement au parti républicain, affirmant : « Je n’ai pas quitté le parti démocrate, le parti m’a quitté ». En 1964, il soutint la candidature du républicain Barry Goldwater à l’élection présidentielle. Le 27 octobre 1964, il prononça un discours intitulé « Le temps de choisir » qui impressionna le public et lança sa carrière politique. Favorable au désengagement de l’Etat dans l’économie, il déclara : « Les Pères fondateurs (ndlr : des Etats-Unis) savaient qu'un gouvernement ne peut contrôler l'économie sans contrôler le peuple. Et ils savaient que lorsqu'un gouvernement entreprend de le faire, il doit employer la force et la coercition pour arriver à ses fins. Nous sommes arrivés au moment du choix. »

 Goldwater fut battu par Lyndon B. Johnson. De nombreux militants conservateurs mirent leurs espoirs en Reagan. Mais l’acteur n’avait aucune expérience politique. Les républicains californiens lui proposèrent d’être leur candidat pour le poste de gouverneur de Californie qui était mis en jeu en 1966. Il battit le sortant en promettant de « remettre au travail les mendiants du système de protection sociale » et en « nettoyant l’université de Berkeley » occupée par des étudiants contestataires opposés à la guerre du Vietnam. Il tint parole sur les deux points. Dès sa prise de fonction, il gela les embauches, réduisit les prestations sociales versées par l’Etat et envoya la garde nationale occuper Berkeley après la mort de deux étudiants tués par la police.

 Ronald Reagan fut réélu gouverneur en 1970. Son action résolue contre l’Etat-providence lui avait valu le soutien indéfectible de l’aile droite du parti républicain. Une nouvelle génération de politiciens se reconnut dans ses slogans simplistes mais efficaces, et clivant comme on dirait aujourd’hui. Elle inquiétait l’aile la plus centriste de l’électorat et indisposait les vieux politiciens madrés, habitués à négocier des compromis avec leurs adversaires démocrates au Congrès. Il échoua à obtenir l’investiture de son parti pour l’élection présidentielle de 1976. Les délégués lui choisirent le fade Gerald Ford qui fut battu par le démocrate Jimmy Carter.

« L’Amérique est de retour »

Quatre ans plus tard, les délégués se ravisèrent et en firent leur champion face à Carter qui présentait un bilan catastrophique, sur le plan étranger notamment. La campagne se déroula alors que les étudiants iraniens retenaient en otage à Téhéran depuis plus de un an 52 diplomates américaines. Reagan utilisa les vieilles recettes contre la toute puissance de l’Etat-providence qui lui avaient si bien réussies en Californie. L’échec d’une tentative militaire pour secourir les prisonniers scella la défaite de Carter. Ronald Reagan remporta l’élection facilement avec 51% des suffrages exprimés contre 41% pour le président sortant et 8% pour un candidat libéral. Le 20 janvier 1981, jour de son entrée en fonction à l’âge de 69 ans, les ayatollahs annoncèrent la libération des otages pendant qu’il prononçait son discours d’investiture. « L’Amérique était de retour ».

 Pendant son premier mandat, la politique du nouveau président consista à restaurer la puissance américaine sur le plan politique, économique et militaire. Sa popularité atteignit des sommets (73% d’opinion favorable) deux mois plus tard quand il fut blessé à la poitrine par un déséquilibré qui tenta de l’assassiner. L’été suivant, il réprima la grève des contrôleurs aériens en licenciant 11 345 employés qui refusaient de reprendre le travail. Pour relancer l’économie, il recourut à des recettes libérales : il augmenta les dépenses militaires ce qui eut pour effet de stimuler le complexe militaro-industriel, il réduisit les impôts sur le travail et le capital, il procéda à des déréglementations dans tous les secteurs.

 Sur le plan international, il relança la guerre froide après l’invasion de l’Afghanistan par l’Union soviétique. Il répliqua à l’installation par les soviétiques de missiles nucléaires de moyenne portée en Allemagne de l’Est en autorisant le déploiement des missiles Pershing en Allemagne de l’Ouest. Dans un discours prononcé au Royaume-Uni, il promit que la « marche en avant de la liberté et de la démocratie laissera le marxisme-léninisme sur le tas de cendre de l'histoire. » En 1983, son Initiative de défense stratégique (IDS) visait à modifier l’équilibre stratégique qui existait entre l’URSS et les Etats-Unis et assurait la paix mondiale depuis l’invention des armes nucléaires. Ronald Reagan décida de relancer la course aux armements afin d’assurer un avantage stratégique à son pays. Son projet - improprement baptisé par des journalistes « guerre des étoiles » après que le président eut qualifié l’URSS d’ « empire du mal » - consistait à installer dans l’espace et au sol un bouclier anti-missiles qui permettait d’intercepter et de détruire en vol toutes les fusées nucléaires soviétiques avant qu’elles n’atteignent leurs cibles aux Etats-Unis.

 Dans le même temps, le président américain montra à son adversaire soviétique qu’il ne tolèrerait plus l’extension du communisme dans son arrière-cour en Amérique latine. Le 23 octobre 1983, il ordonna l’invasion de l’île de Grenade où un régime marxiste-léniniste s’était installé. Sa politique de fermeté le conduisit à aider massivement les moudjahidines qui luttaient contre l’Armée rouge en Afghanistan, en armant également les groupes contrôlés par le jeune Ben Laden.

 En 1984, le parti républicain lui proposa de se représenter. Beaucoup jugeaient, surtout chez les démocrates, que son âge – 73 ans – constituait un handicap pour diriger un pays tel que les Etats-Unis. Le grand communicant qu’il était répondit avec humour : « Je ne ferai pas de l'âge une question dans cette campagne. Je n'exploiterais pas, pour des raisons politiques, la jeunesse et l'inexpérience de mon opposant ». Le 6 novembre 1984, il infligea une cruelle défaite à son challenger Walter Mondale : il obtint 54 455 472 voix soit 58,97 % des suffrages exprimés contre 37 537 352 voix et 40,69 % des suffrages exprimés pour son adversaire. Le président sortant arriva en tête dans 49 des 50 états américains. Il remporta 525 grands électeurs contre 13 pour Mondale.

La chute de l’URSS

Le premier mandat avait été caractérisé par le réarmement moral et militaire des Etats-Unis et la lutte contre « l’empire du mal » incarné par l’Union soviétique et son système politique et économique. Le second mandat commença le 20 janvier 1985 sur la même tonalité. Mais un changement profond se produisit en URSS. Après la mort des vieux autocrates (Brejnev, Tchernenko, Andropov) formés lors de la seconde guerre mondiale, une nouvelle génération pragmatique, ouverte sur le monde, accéda aux responsabilités politiques. Mikhaïl Gorbatchev incarna ces nouveaux dirigeants. Nommé à la tête du parti communiste en mars 1985, il s’employa à réduire les tensions entre l’est et l’ouest.

 Le premier soviétique et le président américain se rencontrèrent une première fois à Genève en novembre 1985. Le soviétique demanda l’abandon de l’IDS ; l’américain refusa (1). La réunion ne déboucha sur aucun résultat concret mais les deux dirigeants convinrent de se revoir. Trois autres sommets mieux préparés eurent lieu à Reykjavik (Islande), à Washington en 1987 ou les deux pays décidèrent de démanteler leurs missiles nucléaires à portée intermédiaire (500 km à 5500 km), et à Moscou en 1988. A l’occasion de cette visite, les journalistes russes demandèrent à Ronald Reagan s’il considérait toujours l’URSS comme l’empire du mal. Le président américain répondit : « Non, je parlais d’un autre temps, d’une autre époque ».

 Il quitta le pouvoir en 1989 avec la satisfaction de passer le relais à son ancien vice-président Georges Bush. Le nouveau chef de l’Etat évoqua dans son discours d’investiture la « nouvelle brise » qui allait souffler « sur un monde rafraîchi par la liberté ». Neuf mois plus tard, en octobre, le mur de Berlin tombait. Ronald Reagan qui vivait en retraité dans sa résidence de Bel Air à Los Angeles se souvint sans doute de ce jour de juin 1987 où depuis Berlin-ouest en face du mur de séparation, il avait interpellé Mikhaïl Gorbatchev : « Si vous cherchez la paix, si vous cherchez la prospérité pour l'Union soviétique et pour l'Europe de l'Est, si vous cherchez la libéralisation, venez devant cette porte ! M. Gorbatchev, ouvrez cette porte ! M. Gorbatchev, abattez ce mur ! »

 Considéré comme une icone par le parti républicain, on l’invita à prendre la parole dans des réunions politiques, inaugurations diverses, cérémonies. Mais sa santé déclina rapidement. En novembre 1994, les médecins diagnostiquèrent la maladie d’Alzheimer. Informé, Ronald Reagan rendit publique la nouvelle dans une lettre publiée par les journaux : « On m'a récemment annoncé que j'étais l'un de ces millions d'Américains atteint de la maladie d'Alzheimer... En ce moment je me sens bien. J'ai l'intention de vivre le reste des années que Dieu m'a données sur cette Terre à faire les choses que j'ai toujours faites... J'entame maintenant le voyage qui me mènera au crépuscule de ma vie. Je sais que pour l'Amérique il y aura toujours une aube radieuse. Merci mes amis. Que Dieu vous bénisse ».

 Il vécut encore dix ans. Le vieil acteur qui avait été pendant trois quart de siècle sous les feux des projecteurs, ceux du cinéma et ceux de l’actualité, ne put rien faire contre l’obscurité qui l’envahit tout doucement.

(1) Le président démocrate Bill Clinton abandonna le projet en 1993 après la dissolution de l’URSS.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Jean Dausset

masculin
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Cinéaste français, né le 25 septembre 1901 à Bromont-Lamothe (Puy-de-Dôme), décédé à Droue-sur-Drouette (Eure-et-Loir), à l’âge de 98 ans. Auteur de treize films, il obtint le prix de la mise en scène au festival de Cannes pour Un condamné à mort s’est échappé (1957) et pour L’argent (1983). Le journal d’un curé de campagne (1950) reçut le prix Louis-Delluc. Il réalisa également Le procès de Jeanne d’Arc (1962), Lancelot du Lac (1974), Le Diable probablement (1977).

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