Rouget de Lisle

Il est décédé le 

Elle est décédée le

26 Juin 1836

Officier français, né le 10 mai 1760 à Lons-le-Saulnier (Jura), décédé à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), à l’âge de 76 ans. Contrairement à une idée reçue, le créateur du Chant de départ pour l’armée du Rhin – renommée La Marseillaise – n’était pas un révolutionnaire. Il composa même un hymne baptisé Vive le roi en l’honneur de Louis XVIII.

La Marseillaise

Premier couplet

Allons enfants de la Patrie,
Le jour de gloire est arrivé !
Contre nous de la tyrannie,
L'étendard sanglant est levé,
 (bis)
Entendez-vous dans les campagnes
Mugir ces féroces soldats ?
Ils viennent jusque dans vos bras
Égorger vos fils, vos compagnes !

Refrain

Aux armes, citoyens
Formez vos bataillons
Marchons, marchons !
Qu'un sang impur
Abreuve nos sillons 

 

Deuxième couplet

Que veut cette horde d'esclaves,
De traîtres, de rois conjurés ?
Pour qui ces ignobles entraves,
Ces fers dès longtemps préparés ?
 (bis)
Français, pour nous, ah ! quel outrage !
Quels transports il doit exciter !
C'est nous qu'on ose méditer
De rendre à l'antique esclavage !

(au refrain)

Troisième couplet

Quoi ! des cohortes étrangères
Feraient la loi dans nos foyers !
Quoi ! ces phalanges mercenaires
Terrasseraient nos fiers guerriers !
 (bis)
Grand Dieu ! par des mains enchaînées
Nos fronts sous le joug se ploieraient
De vils despotes deviendraient
Les maîtres de nos destinées !

(au refrain)

 

Quatrième couplet

Tremblez, tyrans et vous perfides
L'opprobre de tous les partis,
Tremblez ! vos projets parricides
Vont enfin recevoir leurs prix !
 (bis)
Tout est soldat pour vous combattre,
S'ils tombent, nos jeunes héros,
La terre en produit de nouveaux,
Contre vous tout prêts à se battre !

(au refrain)

Cinquième couplet

Français, en guerriers magnanimes,
Portez ou retenez vos coups !
Épargnez ces tristes victimes,
À regret s'armant contre nous. (bis)
Mais ces despotes sanguinaires,
Mais ces complices de Bouillé,
Tous ces tigres qui, sans pitié,
Déchirent le sein de leur mère !

(au refrain)

 

Sixième couplet

Amour sacré de la Patrie,
Conduis, soutiens nos bras vengeurs
Liberté, Liberté chérie,
Combats avec tes défenseurs !
 (bis)
Sous nos drapeaux que la victoire
Accoure à tes mâles accents,
Que tes ennemis expirants
Voient ton triomphe et notre gloire !

(au refrain)

 

Septième couplet (dit "des enfants", rajouté

par François Joseph Gossec en octobre 1792)

Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n'y seront plus,
Nous y trouverons leur poussière
Et la trace de leurs vertus. 
(bis)
Bien moins jaloux de leur survivre
Que de partager leur cercueil,
Nous aurons le sublime orgueil
De les venger ou de les suivre.

(au refrain)

 

L’histoire de Rouget de Lisle montre comment un malentendu peut être à l’origine d’une légende, ou comment une œuvre peut échapper à son créateur. Claude Joseph Rouget dit de Lisle naquit au sein d’une famille bourgeoise de Lons-le-Saulnier. Son père était avocat. Après de brillantes études dans le collège de la ville, le jeune adolescent décida d’embrasser la carrière militaire. Il s’engagea à l’Ecole royale du génie de Mézières. Il en sortit avec le grade de sous-lieutenant quand éclata la Révolution française. En mai 1791, élevé au grade de capitaine de génie, il fut affecté à la garnison de Strasbourg. Membre de la Franc-maçonnerie, il y fit la connaissance du maire de la ville Philippe-Frédéric de Dietrich. Bien que passionné par son métier, Rouget de Lisle écrivait des poèmes et composait de la musique pendant ses congés. A la demande du maire, il écrivit sur une musique de Pleyel les paroles de l’Hymne à la liberté qui fut joué à l’occasion de la fête de la Constitution en septembre 1791.

 En avril 1792, le roi Louis XVI proposa à l’Assemblée nationale de déclarer la guerre à l’Autriche. La monarchie viennoise soutenait les princes allemands installés en Alsace mais vassaux du roi de France qui s’opposaient à l’abolition des droits féodaux. Rouget de Lisle composa en quelques jours les paroles et la musique d’un hymne patriotique destiné à enflammer l’ardeur guerrière des soldats de l’armée du Rhin qui s’apprêtaient à partir en campagne. On le baptisa simplement Chant de guerre pour l’armée du Rhin.

 Le 26 avril 1792, le maire de Strasbourg de Dietrich – et non pas Rouget de Lisle comme on l’a cru longtemps - l’interpréta pour la première fois dans le salon de son appartement où il avait réuni des amis et des notables. Son épouse Louise a narré la scène dans une lettre envoyée à son frère : « Mon mari a imaginé de faire composer un chant de circonstance. Le capitaine du Génie, Rouget de Lisle, un poète et compositeur fort aimable a rapidement fait la musique du chant de guerre. Mon mari, qui est bon ténor, a chanté le morceau qui est fort entraînant et d'une certaine originalité. C'est du Gluck en mieux, plus vif et plus alerte. Moi, de mon côté, j'ai mis mon talent d'orchestration en jeu, j'ai arrangé les partitions pour clavecin et autres instruments. J'ai donc beaucoup à travailler. Le morceau a été joué chez nous, à la grande satisfaction de l'assistance ».

 Les partitions de Mme Louise de Dietrich furent envoyées dans toutes les grandes villes de France. Marseille reçut le sien en juin. Les premiers engagements aux frontières tournèrent à l’avantage des Autrichiens. Face au péril extérieur, l’Assemblée proclama la patrie en danger et, malgré le véto du roi, décida la création d’un camp de 20 000 hommes à Paris pour protéger la capitale. Une immense ferveur patriotique s’empara du pays. Des fédérés venus de toutes les provinces de France affluèrent vers Paris. Les Marseillais au nombre d’un bon millier se mirent en route à la fin du mois de juillet. Pour se donner du courage et mobiliser le peuple, ils entonnaient Le chant de guerre de l’armée du Rhin quand ils traversaient les villes et les villages. Bientôt, les populations visitées par les tonitruants méridionaux rebaptisèrent l’hymne de Rouget de Lisle La marche des Marseillais, puis plus simplement La Marseillaise. Le chant de l’armée du Rhin était devenu le chant de guerre du peuple révolutionnaire.

 Le 10 août 1792, les fédérés et la population de Paris envahirent le Château des Tuileries où le roi et sa famille demeuraient depuis leur retour forcé de Versailles en octobre 1789. Les gardes suisses ne purent empêcher l’invasion du palais et furent massacrés. Louis XVI se mit sous la protection de l’Assemblée. Les députés déclarèrent le roi « suspendu » de ses fonctions et, en attendant de statuer sur son sort, décidèrent son internement dans le donjon du Temple qu’on transforma en prison. En réalité, la monarchie française venait d’être renversée.

 Rouget de Lisle commandait la forteresse de Hunninge quand il apprit la nouvelle de la chute de la royauté. Comment réagit à ces événements celui dont le chant avait permis de galvaniser les révolutionnaires au moment de l’assaut contre les soldats suisses aguerris ? Et bien, il protesta contre la déchéanc, l’internement  puis l' exécution de Louis XVI en janvier 1793. Partisan d’une monarchie constitutionnelle proche du modèle anglais, il était hostile à l’instauration d’une République en France. Il refusa de prêter serment au nouveau régime. Les nouvelles autorités politiques décidèrent de destituer cet officier dont les idées semblaient proches de celles des émigrés.

 Le père de La Marseillaise n’était pas devenu pour autant un contre-révolutionnaire. Sans situation depuis son limogeage, il tenta de s’engager comme volontaire dans l’armée française. Les recruteurs le reconnurent et on l’incarcéra comme suspect. Il échappa à la guillotine. On le libéra après la chute de Robespierre qu’il fêta à sa manière en composant le Chant du 9-Thermidor, pour s’attirer les bonnes grâces des nouveaux maitres du pays. L’un d’eux, l’ancien député terroriste Tallien, tombeur de l’Incorruptible et passé à la réaction, lui trouva un emploi dans l’armée du général Hoche qui combattait les Chouans dans l’ouest du pays. Le bataillon de Rouget de Lisle fut engagé du 23 juin au 21 juillet 1795 contre les émigrés royalistes débarqués à Quiberon. Il se remettait d’une vilaine blessure quand il apprit que La Marseillaise était depuis le 14 juillet 1795 l’hymne national de la France, après un vote à la Convention.

 Son comportement sur le champ de bataille lui valut d’être nommé chef de bataillon. Mais Rouget de Lisle quitta l’armée en 1796. Démissionna-t-il parce qu’il désapprouvait les méthodes utilisées par les républicains pour vaincre la rébellion ? C’est probable. Il vécut misérablement de sa plume, rédigeant des mémoires, des préfaces d’ouvrages, traduisant des livres anglais. Il écrivit également des chants (Chant des vengeances en 1798, Chant des combats lors de l’expédition en Egypte en 1800), les mélodies d’une cinquantaine de chanson, des romances, des livrets d’opéra. Le public et les autorités le boudèrent. Il vécut alors dans un oubli total. En 1804, Napoléon 1er abandonna La Marseillaise qui incarnait les années révolutionnaires. Il choisit pour l’Empire un nouvel hymne, ce fut Le chant du départ, composé en 1794 sur une musique d’Etienne Nicolas Méhul et des paroles de Marie-Joseph Chénier.

 En 1814, sous la restauration monarchique, Rouget de Lisle écrivit un hymne Vive le roi dont les paroles sont bien éloignées de celles de La Marseillaise. Voici le texte :

1

Vive le Roi !

Noble cri de la vieille France,

Cri d'espérance

De bonheur d'amour et de foi !

Trop longtemps étouffé par le crime et nos larmes

Éclate plus brillant et plus rempli de charmes.

Refrain :

Vive le Roi !

Vive à jamais, vive le Roi !

2

Vive le Roi !

Tristes amantes, pauvres mères

Malheureux pères

Sortez de votre long émoi

À peine a retenti le cri de l'allégresse

Il vous rend les objets chers à votre tendresse.

Refrain

3

Vive le Roi !

Candeur, gaîté, douces compagnes

Dans nos montagnes

Que ce nom vous porte avec soi

Adoré Béarnais! Le ciel sous cet auspice

S'en va permettre enfin que son jour s'accomplisse.

Refrain

4

Vive le Roi !

Cri fameux cher à la victoire

Signe de gloire

Plus triomphant réveille toi

O Bayard ! Ô Guesclin ! Vos ombres exilées

Dans les airs paternels par lui sont rappelées

Refrain

5

Vive le Roi !

Patrie, honneur, sublimes flammes

Ah ! De nos âmes

Comme jadis soyez la loi

Que la France et son Roi soient heureux l'un par l'autre

De leur commun bonheur va naître enfin le nôtre.

Refrain

 Louis XVIII échappa au ridicule en refusant d’approuver ce « chant » bouffon. La situation financière de Rouget de Lisle s’aggrava. Il dut vendre la propriété familiale que lui avait léguée son père. Cela ne suffit pas à rembourser ses créanciers. Il finit à la prison de Sainte-Pélagie pour dettes.

 L’accession en 1830 de Louis-Philippe 1er au trône en 1830 améliora la situation de Rouget de Lisle. Le nouveau roi des Français se souvint qu’en 1792 il avait côtoyé sur les champs de bataille de l’est de la France le créateur de La Marseillaise. Il était également reconnaissant à l’ancien officier de génie d’avoir protesté contre la « suspension » de Louis XVI, au risque de sa vie. En outre, La Marseillaise était redevenue un chant de liberté à la mode. Pendant les Trois-glorieuses, les révolutionnaires l’avaient entonnée pour se donner du courage face aux soldats de Charles X. Hector Berlioz en élabora également une nouvelle orchestration. Autant de raisons qui poussèrent Louis-Philippe 1er à accorder à Rouget de Lisle une pension de 1500 livres. Cela facilita la fin de vie de l’officier-musicien.

 Le 14 juillet 1879 sous la troisième République La Marseillaise redevint l’hymne national. Le 14 juillet 1915, pendant la Grande Guerre, la patrie reconnaissante décida le transfert des cendres de Rouget de Lisle aux Invalides.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Alain Mimoun

masculin
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