Rouhollah Khomeiny

Il est décédé le 

Elle est décédée le

3 Juin 1989

Dignitaire religieux chiite (ayatollah), né le 24 septembre 1902 à Khomein, décédé à Téhéran (Iran), à l’âge de 86 ans. Il incarna la Révolution qui chassa du pouvoir le chah Reza Pahlavi. Il devint le Guide de la Révolution de la République islamique d’Iran.

 Rouhollah (âme de Dieu en persan) naquit au sein d’une famille de religieux : son grand-père maternel Mirza Ahmad, son père Mostafa Moussavi et son frère ainé ont tous été des ayatollahs. Ils portaient également le titre de Sayyid (maitre) et arboraient le turban noir qui signifiait qu’ils descendaient du prophète Mahomet. Cette parenté supposée avec l’inventeur de l’islam ne protégea pas le père de Rouhollah de la vindicte d’un seigneur féodal dont il contestait l’autorité et qui le fit assassiner par des hommes de main. Le jeune orphelin fut élevé par sa mère mais instruit par une tante paternelle qui poursuivit avec acharnement l’assassin de son frère. Elle le retrouva et le fit exécuter. Elle expliqua à l’enfant que les beaux discours ne suffisaient pas pour accomplir les paroles de justice de l’Islam ; il fallait combattre ceux qui violaient ses principes. Rouhollah n’oublia pas la leçon.

 A 15 ans, il perdit sa mère et sa tante. Son frère ainé l’ayatollah Passadideh assura sa formation religieuse et…politique. En effet, dans la tradition chiite les pouvoirs spirituel et temporel sont liés. Le religieux doit en assurer la coordination en veillant à respecter les règles de justice auxquelles chacun a droit. Il assure l’égalité des chances entre tous les membres de la communauté, il défend l’opprimé contre l’oppresseur qu’il soit un particulier, un roi, ou un pays étranger.

Opposant à la dynastie des Pahlavi

Dans l’Iran des années 1930 et 1940, soumis à la dictature d’un empereur (chah) et inféodé au Royaume-Uni, les causes de rébellion ne manquaient pas. Installé en 1920 dans la ville de Qom, nommé professeur de théologie en 1927, Rouhollah Komeiny publia en 1941 un livre dans lequel il appelait les iraniens à ne pas obéir aux « ordres de l’Etat dictatorial de Reza Khan, le trafiquant ». Il accusait le régime de représenter « le mal absolu » et « d’être l’instrument des puissances dominantes ». Nommé ayatollah en 1950, il accentua son opposition au chah Mohammad Pahlavi. En 1953, il approuva la décision du premier ministre Mohammad Mossadegh, premier chef du gouvernement démocratiquement élu, de nationaliser le pétrole iranien contre l’avis du chah. Mais comme, il le pressentait, un coup d’Etat organisé par la CIA américaine chassa du pouvoir le politicien nationaliste et rétablit sur le trône le chah qui s’était volontairement exilé à Rome.

 Khomeiny se souvint sans doute des recommandations de sa tante. Seule une action forte pourrait changer la donne politique. Il refusa de rejoindre un Front national qui venait de se constituer. Le mot d’ordre du mouvement d’opposition, « oui aux réformes, non au despotisme » lui semblait naïf. Il répondit que « les réformes sont impossibles sans indépendance » et que celle-ci « sera un leurre tant que la dynastie règnera ». Khomeiny ne dévia jamais de cette ligne politique formulée au début des années 1960.

 En 1963, il contesta la « réforme blanche » engagée par le chah : nationalisation et partage des terres, droit de vote accordé aux femmes, nationalisation des forêts et des pâturages, alphabétisation des campagnes. Une loi mécontenta particulièrement le clergé chiite. Désormais, les élus locaux et provinciaux étaient dispensés de prêter serment au Coran lors de leur prise de fonction. L’Iran empruntait-elle le chemin de la laïcité ? Khomeiny fit mine de le croire. Devenu guide religieux suprême, il organisa la résistance des religieux au pouvoir.

Le temps de l’exil

Le chah lui envoya un émissaire. Le message était explicite : « Tu peux parler de tout sauf de la liberté, de l’indépendance et de la présence étrangère ». L’ayatollah répondit : « Mais, alors, de quoi parlerais-je ? ». Le dialogue de sourd se termina par l’arrestation le 3 juin 1963 du chef de la communauté chiite et son incarcération dans une caserne. L’annonce de son arrestation provoqua des manifestations à Téhéran et à Qom, réprimées dans le sang par la police du chah. Khomeiny promit que « le responsable de ce massacre paiera de sa vie ». Libéré l’année suivante, il interpella le roi dans un discours fameux prononcé à Qom : « Comment voulez-vous moderniser l’Iran si vous faites emprisonner et tuer les intellectuels ? ». Quelques mois plus tard, sa condamnation d’un décret royal qui accordait l’immunité juridique à des conseillers militaires américains en poste en Iran lui valut une nouvelle arrestation et son expulsion en Turquie. Les années suivantes, il s’installa dans la ville sainte de Nadjaf au cœur de l’Irak chiite.

 L’ayatollah continua à animer la résistance au régime du chah dont la dérive autoritaire et les échecs économiques exaspéraient la population. La colère du peuple, victimes de la corruption, de l’arbitraire du régime et des difficultés de la vie quotidienne s’accrut devant le spectacle des classes aisées, occidentalisées et « impies » qui s’enrichissaient et jouissaient des bienfaits de la vie malgré la crise. Pour faire passer ses messages, via des cassettes préenregistrées, le chef religieux s’appuyait sur le dense clergé chiite dont les réseaux irriguaient la société iranienne. Le 7 janvier 1978, une manifestation en sa faveur à Qom fut réprimée dans le sang par les forces de l’ordre. On releva une soixantaine de tués. Un mois plus tard, l’armée intervint à Tabriz tuant des centaines de manifestants. Le mouvement s’étendit à plusieurs grandes villes et atteignit en mai Téhéran où les blindés occupèrent le bazar. Le 18 juin, l’ayatollah lança son appel à renverser le chah. Les mois suivants, l’Iran fut la proie de violentes émeutes. Le régime du chah vacillait. Le 4 septembre, des millions de manifestants demandèrent le retour de Khomeiny. Le 8 septembre, les autorités firent tirer sur la foule à Téhéran. On releva 2000 morts.

 Indisposées par son prosélytisme pro-chiite, les autorités irakiennes signifièrent, le 6 octobre 1978, à l’ayatollah leur décision de l’expulser. Ce dernier, muni d’un visa touristique, décida de venir en France où des intellectuels comme le gauchiste Jean-Paul Sartre, le communiste Louis Aragon ou le libertaire Michel Foucault avaient manifesté de la sympathie pour la révolution islamiste. Il s’installa dans la petite ville de Neauphle-le-Château, dans la région parisienne. Pendant que l’insurrection populaire sapait jour après jour le pouvoir monarchique en Iran, l’ayatollah préparait la transition en France. Convaincu que le régime du shah vivait ses dernières heures, il prépara les institutions nouvelles. L’Iran serait à l’avenir une République islamique dirigée par un Guide de la Révolution - un ayatollah - et gouverné par un président de la République élu au suffrage universel. La Constitution prévoyait également l’élection d’un parlement. Le 13 janvier Khomeiny créa de son exil un Conseil de la révolution islamique.

 Le 16 janvier 1979, le chah et sa famille s’enfuirent en Egypte abandonnant leurs fidèles à leur triste sort. Le 1er février, après un exil forcé de 15 ans, l’ayatollah Khomeiny atterrit à Téhéran dans une ambiance indescriptible. De sa voix nasillarde, bien connue des millions d’iraniens qui avaient écouté avec dévotion ses cassettes appelant à la révolte, il déclara : « Nous avons renversé le chah mais ce n’est qu’une première étape…Nous avons un long chemin devant nous…Les pahlavi ont tout détruit…Nous sommes devant une page blanche. Nous voulons détruire le système existant et établir un nouveau régime avec un autre contenu et d’autres formes. Je demande à tout le peuple musulman de conserver son unité…C’est là le secret de notre succès ».

Le Guide suprême

Mais, officiellement les institutions monarchiques défendues par l’armée toujours puissante étaient encore en place. Le dernier chef du gouvernement nommé par le chah, Chapour Bakhtiar refusait de quitter son poste et de s’effacer devant le premier ministre provisoire, Medhi Bazargan, désigné par Khomeiny. Trois nouvelles journées insurrectionnelles (les trois glorieuses) furent nécessaires pour venir à bout des derniers vestiges de la dynastie des Pahlavi. Le 12 février, Bakhtiar s’enfuit et la République islamique remplaça la monarchie. Une répression intense s’abattit sur les ennemis du nouveau régime (250 exécution en deux mois) mais également sur les homosexuels et les auteurs de crimes sexuels. Les 30 et 31 mars, les iraniens votèrent massivement (98%) en faveur de l’instauration de la République islamique.

 Khomeiny en devint le Guide. Sa nomination ne mit pas un terme à l’effervescence révolutionnaire. Le 4 novembre des étudiants islamiques occupèrent l’ambassade des Etats-Unis et prirent en otage les 52 diplomates qui s’y trouvaient, provoquant une crise majeure de dix huit mois. Le 6 novembre, le premier ministre qui avait critiqué en privé l’action des étudiants fut accusé de « complaisance » à l’égard du « grand Satan ». Le Conseil de la Révolution sollicita sa démission et prit la direction des affaires du pays. Les iraniens attendirent le 20 janvier 1981, jour de la prise de fonction du nouveau président américain Ronald Reagan, pour annoncer la libération des prisonniers.

 Les dissensions touchèrent également le camp des religieux. En décembre Khomeiny élimina les partisans de l’ayatollah Madari, chef de la droite libérale qui contestait son autorité. Le pays semblait en proie à l’anarchie. L’Irak de Saddam Hussein en profita pour attaquer l’Iran le 23 septembre 1980. Il croyait que le pays des ayatollahs s’effondrerait en quelques semaines. Le début de la campagne militaire le confirma dans cette illusion : en un mois, son armée occupa le territoire de Khorramchahr. La défaite suscita en Iran en élan national et une mobilisation de toutes les énergies patriotiques contre l’ennemi héréditaire arabe et sunnite. Les soldats de l’an II de la République islamique infligèrent de sévères défaites aux agresseurs irakiens. Non seulement ils reconquirent les territoires perdus, mais ils portèrent la guerre en Irak. Khomeiny affirma que le conflit était « un don de Dieu ». Les irakiens, animés aussi par l’amour sacré de la patrie repoussèrent également les envahisseurs perses et chiites. Les deux armées s’enterrèrent comme pendant la Grande Guerre et la ligne de front resta figée. La guerre de mouvement laissa la place à une interminable guerre d’usure jusqu’en août 1988, date à laquelle les belligérants décidèrent de faire la paix. Chaque pays revenait sur ses frontières d’avant le conflit. Des centaines de milliers de combattants (y compris des adolescents à peine sortis de l’enfance côté iranien) étaient morts pour rien. A regret, Khomeiny signa l’ordre de cessez-le-feu, cette « coupe empoisonnée ».

 Le Guide de la République islamique refit parler de lui en février 1989 quand il prononça une fatwa condamnant à mort l’écrivain Britannique Salman Rushdie, l’auteur des Versets sataniques. Le romancier relatait une ancienne tradition islamique ignorée par le Coran qui affirmait que Satan avait pris les traits de l’archange Gabriel pour tromper Mahomet et lui inspirer la rédaction de versets légitimant l’adoration des idoles.

 Mais, une autre décision de Khomeiny, passée inaperçue dans le monde, suscita de violentes controverses au sein même du clergé chiite : le vieil homme ordonna l’exécution des 30 000 prisonniers politiques détenus dans le pays. L’ayatollah Hossein Ali Montazeri, présenté comme son successeur, protesta contre cette décision ce qui lui valut de tomber en disgrâce et d’être assigné à résidence à Qom. Le Guide suprême choisit pour lui succéder le très conservateur Ali Khamenei (encore au pouvoir aujourd’hui). Ce fut l’une de ses dernières décisions. Victime d’une hémorragie, il mourut au bout d’une agonie de onze jours.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Giacomo Casanova

masculin
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