Tocqueville

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16 Avril 1859

Philosophe et historien français, né le 29 juillet 1805 à Paris, décédé à Cannes (Alpes-Maritimes), à l’âge de 53 ans. Son œuvre consacrée à la démocratie influence encore les penseurs et hommes politiques libéraux.

Alexis de Tocqueville appartenait à une famille de la noblesse normande. Pendant la Révolution, ses parents, de fervents royalistes, échappèrent de peu à la guillotine. En revanche, son arrière grand-père, Chrétien Guillaume de Lamoignon Malherbes, défenseur de Louis XVI lors du procès du roi, eut moins de chance. Arrêté pendant la Terreur, accusé de conspiration avec les émigrés, il fut guillotiné le 22 avril 1794 ainsi que sa fille, sa petite-fille et sa sœur. Le père de Tocqueville, le comte Hervé de Tocqueville, ancien militaire de la garde constitutionnelle de Louis XVI, vécut de ses rentes pendant le Directoire. Il prit sa revanche après la chute de l’Empire. Le roi Louis XVIII récompensa sa fidélité à l’Ancien régime en le nommant préfet de Moselle en 1817, lors de la Restauration. Alexis étudia à Metz dans un collège de Jésuites. Au terme d’études brillantes - bachelier en 1823, licencié en droit en 1826 - il fut nommé en 1827 juge auditeur au tribunal de Versailles où il rencontra le substitut Gustave de Beaumont qui devint un ami et collabora à la rédaction de plusieurs de ses ouvrages.

 En 1830, Tocqueville qui professait des idées légitimistes assista avec tristesse à la chute de Charles X, contraint à l’abdication après les émeutes populaires des 27, 28, 29 juillet 1830 (les Trois glorieuses) et à son remplacement par un représentant de la branche cadette des Bourbons, celle qui appartenait à la maison d’Orléans. Le duc de Chartre devint « roi des Français », et non pas roi de France, sous le non de Louis-Philippe 1er. Tocqueville reprochait au nouveau monarque d’être le fils du duc d’Orléans, celui-là même qui avait choisi de se faire appeler Philippe Egalité, après son ralliement à la Révolution de 1789. Elu, député de la Convention nationale, siégeant parmi les Montagnards - l’avant-garde révolutionnaire - Egalité vota en faveur de la mort de Louis XVI, son cousin. Le duc de Chartre, également rallié à la République, participa aux victoires de Valmy (20 septembre 1792) et de Jemappes (6 novembre 1792). Dès lors, il fut détesté par les émigrés royalistes, même après son passage dans le camp des contre-révolutionnaires en 1793. Quatre décennies plus tard, Tocqueville partageait leur mépris pour le fils du régicide. Il envisagea de ne pas prêter le serment de fidélité au nouveau régime, baptisé monarchie de juillet. Il se ravisa bientôt.

 L’année suivante, ses autorités de tutelles envoyèrent Tocqueville et de Beaumont aux Etats-Unis avec pour mission d’étudier le système pénitentiaire américain et d’en ramener un rapport. Au bout d’un an d’études, les deux juristes revinrent en France et publièrent Du système pénitentiaire aux Etats-Unis et de son application. Mettant à profit son séjour dans la République américaine, Alexis de Tocqueville accumula une masse d’informations et de statistiques sur la vie politique, économique, sociale, culturelle du pays. En historien, en sociologue et en philosophe, Il analysa le fonctionnement des institutions représentatives du pays et mit en lumière les bienfaits mais aussi les dérives de la démocratie parlementaire (despotisme populaire, mépris des minorités par la majorité, conformisme intellectuel, populisme). Il publia le fruit de ces réflexions dans De la démocratie en Amérique, parue en deux tomes en 1835 et 1840. Il estimait que les peuples, et pas seulement les classes moyennes, aspiraient à la démocratie politique mais aussi sociale. Ce grand mouvement vers l’égalité des conditions était selon lui une représentation sociale, un besoin culturel, qui ne pouvait supprimer les inégalités économiques. Il ajoutait que dans les sociétés démocratiques, tous les hommes étaient naturellement libres avec les mêmes droits civils et civiques.

 Devenu un classique, porté au pinacle par les intellectuels et économistes libéraux, De la démocratie en Amérique est encore aujourd’hui célébré pour avoir annoncé que les Etats-Unis et la Russie seraient les deux puissances dominantes du futur siècle. Tocqueville pressentit le conflit qui diviserait le pays à propos de l’abolition de l’esclavage à laquelle il était favorable. Son analyse de l’avenir sombre qui attendait les nations indiennes, soumises à la pression coloniale des descendants des européens, mérite d’être rappelée : « Je crois que la race indienne de l’Amérique du Nord est condamnée à périr, et je ne puis m’empêcher de penser que le jour où les Européens se seront établis sur les bords de l’océan Pacifique, elle aura cessé d’exister ».

 Quand il partit pour les Etats-Unis, Tocqueville défendait les valeurs de l’ancienne société ; à son retour, il croyait aux idéaux du monde moderne. Reconnu et honoré (légion d’honneur en 1837, membre de l’Académie française en 1841), il décida de rapprocher, voire de réconcilier, les deux univers antagonistes. Il décida de défendre ses convictions au Parlement. Elu député de Valognes (Manche) en 1839, il défendit au sein de l’Assemblée l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises. Il batailla contre Joseph Arthur de Gobineau qui défendait un point de vue inverse. Il réfuta les thèses racistes développées par ce dernier dans son livre Essais sur l’inégalité des races humaines qui, un siècle plus tard, influença Adolf Hitler. Opposé au protectionnisme en matière de commerce internationale, il réclama l’ouverture des frontières aux produits étrangers. Adepte du libre-échange, il fut un des inventeurs du libéralisme économique, un des premiers partisans de la mondialisation.

 Après la chute de la monarchie de juillet et le rétablissement de la République, il fut élu député à l’Assemblée constituante en 1848. Le libéral, d’idées et en matière économique, se mua en conservateur féroce. Partisan de l’ordre, il soutint la répression sanglante qui s’abattit en juin 1848 sur les ouvriers favorables au mouvement socialiste. Son zèle lui valut de devenir ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement présidé par Odilon Barrot. On le nomma à la commission chargée de rédiger une nouvelle Constitution. Favorable au bicamérisme, il proposa l’élection du président de la République au suffrage universel, favorisant ainsi les desseins de Louis-Napoléon Bonaparte. Quand il se rendit compte de son erreur, il était trop tard. Il s’opposa au coup d’Etat perpétré par le président le 2 décembre 1851. Avec quelques députés hâtivement réunis à la mairie du Xème arrondissement de Paris, il proclama la déchéance du factieux. Arrêté, incarcéré à Vincennes, il décida d’abandonner la vie politique.

 Il consacra les dernières années qui lui restaient à vivre à rédiger un essai historique L’Ancien régime et la Révolution (1856) dans lequel il développait une thèse iconoclaste. Il soutenait que la Révolution n’était pas une rupture mais l’aboutissement d’un processus engagé depuis plusieurs siècles : la Révolution « n'a été qu'un procédé violent et rapide à l'aide duquel on a adapté l'état politique à l'état social, les faits aux idées, les lois aux mœurs ». Il s’apprêtait à donner une suite à son livre quand la tuberculose l’obligea à interrompre son travail. A la fin de l’année 1858, il partit en convalescence à Cannes où il mourut, à l’âge de 53 ans seulement, sans savoir qu’il deviendrait célèbre les décennies suivantes, surtout dans le monde anglo-saxon où on le considère comme un des pères du libéralisme. En France, sa pensée a été souvent ignorée ou combattue par les intellectuels influencés par le marxisme.

 Illustration : Marc Daniau

Demain : Marcel Dassault

masculin
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Edmond de Goncourt

Ecrivain et journaliste français, né le 26 mai 1822 à Nancy (Meurthe-et-Moselle), décédé à Champrosay (Essonne), à l’âge de 74 ans. Auteur de Renée Mauperin (1864) et du Journal des Goncourt (1854-1891), il proposa en 1892 la création de l’Académie Goncourt qui avait vocation à décerner chaque année un prix littéraire. Le cénacle littéraire vit le jour en 1900. Le premier lauréat fut en 1903 John-Antoine Nau pour Force ennemie

16 Juillet 1907

Eugène Poubelle

Préfet français, né le 15 avril 1831 à Caen (Calvados), décédé à Paris, à l’âge de 76 ans. Préfet de la Seine, il prit un arrêté qui obligeait les propriétaires d’immeubles parisiens à mettre à la disposition des locataires des récipients munis d’un couvercle ayant vocation à contenir les déchets ménagers. La population les baptisa "poubelles".

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François Michel Le Tellier, marquis de Louvois

Homme d’Etat français, né le 18 janvier 1641 à Paris, décédé à Versailles, à l’âge de 50 ans. Secrétaire d’Etat à la guerre de 1662 à sa mort, il organisa des persécutions (les dragonnades) pour contraindre les protestants à se convertir au catholicisme.

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Heinrich Böll

Ecrivain allemand, né le 21 décembre 1917 à Cologne (Rhénanie-Du-Nord-Westphalie), décédé à Kreuzau (Rhénanie-Du-Nord-Westphalie), à l’âge de 67 ans. Auteur de nouvelles, d’essais et de romans dont Portrait de groupe avec dames (1971) et L’honneur perdu de Katarina Blum (1974), il fut couronné du prix Nobel de littérature en 1972.

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