Wojciech Jaruzelski

Il est décédé le 

Elle est décédée le

25 Mai 2014

Militaire et homme politique polonais, né le 6 juillet 1923 à Kurow, décédé à Varsovie, à l’âge de 90 ans. Pur produit du système communiste, il servit loyalement le régime au poste de ministre de la Défense. Nommé président du Conseil et chef du parti communiste, il proclama « l’état de guerre » en décembre 1981, interdit le syndicat Solidarnosc et emprisonna ses dirigeants et militants. Après l’échec de son coup de force, il négocia avec l’opposition la sortie de son pays du communisme.

Descendant d’une famille noble dont les origines remontent au moins au XIIIe siècle, Wojciech Jaruzelski assista en spectateur puis en acteur engagé aux bouleversements de la seconde guerre mondiale. Trop jeune pour être mobilisé quand l’Allemagne nazie envahit la Pologne le 1er septembre 1939, il s’enfuit avec ses parents et sa sœur vers l’est pour échapper à l’avancée rapide de la Wehrmacht. Mais, les fugitifs ne se doutaient pas que l’Armée rouge allait le 17 septembre envahir également la Pologne. Dans le cadre du « pacte germano soviétique » signé le 23 août 1939, Joseph Staline et Adolf Hitler se partagèrent la Pologne vaincue. La famille Jaruzelski réussit à passer en Lituanie où elle se croyait en sécurité. En juin 1940, le pays balte – ainsi que l’Estonie et la Lettonie – fut envahis par l’URSS. Pour protéger sa femme et son fils, le père proposa de s’engager dans l’armée soviétique. Les services secrets n’eurent aucun mal à découvrir que le candidat avait participé en 1920 à la guerre russo-polonaise. Considéré comme un « ennemi du peuple », il fut déporté en plein cœur de la Sibérie, au goulag n° 7 à Krasnoïarsk. Son épouse, son fils et sa fille furent envoyés près de Biisk, un hameau forestier situé dans les montagnes de l’Altaï. Pour subvenir aux besoins de sa famille, Wojciech travailla comme bucheron dans la taïga. La réverbération du soleil sur la neige provoqua une maladie oculaire qui le contraignit à porter des lunettes fumées, lui donnant plus tard un air de similitude avec son confrère chilien Augusto Pinochet.

L’invasion surprise de l’URSS par l’Allemagne nazie le 22 juin 1941 provoqua un changement d’alliance. La Pologne devint un allié de l’URSS. Staline entama des discussions avec le gouvernement polonais en exil à Londres. Au terme d’un accord signé par l’ambassadeur soviétique et le premier ministre de Pologne, plusieurs centaines de milliers de polonais détenus en URSS furent amnistiés. La famille Jaruzelski fut de nouveau réunie à Biisk mais en 1942 le père mourut de dysenterie. Wojciech demanda à s’engager dans l’armée polonaise commandée par le général Wladyslaw Anders qui partait combattre les puissances de l’Axe au Moyen-Orient après avoir transité par l’Iran. Les autorités soviétiques refusèrent. Ils se méfiaient d’Anders lié au gouvernement « bourgeois » réfugié à Londres. Ils créèrent, formèrent et encadrèrent une « armée populaire polonaise » rivale qu’ils pourraient contrôler en l’intégrant dans leur propre dispositif guerrier. Le jeune Wojciech fut envoyé dans une école d’officiers. Il en sortit avec le grade de lieutenant et intégra l’état-major de la 1e Armée polonaise d’obédience communiste. Il participa aux durs combats de la Vistule, de Poméranie, de l’Oder et de la Baltique.

Déporté … et formé par les Soviétiques

Après la guerre, il termina ses études à l’Ecole supérieure d’infanterie et à l’Académie de l’état-major général. Adhérent du Parti ouvrier unifié polonais (communiste), il gravit rapidement les échelons hiérarchiques. En 1956, à l’âge seulement de 33 ans, il fut le plus jeune militaire nommé au grade de général. Après divers commandements notamment dans l’administration de l’armée, il entama une carrière politique. Nommé en 1962 vice-ministre de la Défense, chef d’état-major en 1965, il fut un des principaux organisateurs de la purge militaire des années 1967-1968 qui aboutit à l’éviction et à la dégradation de 1300 officiers polonais juifs ou mariés à des femme d’origine juive. Une politique antisémite désapprouvée par le ministre de la Défense Marian Spychalski. Le parti le limogea et le remplaça le 11 avril 1968par Jaruzelski dont la loyauté à l’égard du gouvernement était absolue. A ce poste stratégique, il resta fidèle à ses maitres du Kremlin. Il approuva l’intervention des troupes du Pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie le 21 août 1968 pour mettre fin au « printemps de Prague ». Deux ans plus tard, quand la population polonaise se révolta contre la cherté de la vie et les pénuries alimentaires récurrentes, il fit tirer sur la foule (42 tués). Les manifestations provoquèrent la chute du premier secrétaire du Parti communiste Wladyslaw Gomulka. Son successeur Edward Gierek confirma Jaruzelski à son poste. Un tel homme à poigne pouvait servir. Sa loyauté au grand frère soviétique et son soutien sans faille à la politique conservatrice du parti communiste lui valurent d’intégrer le bureau politique, le lieu stratégique du pouvoir en Pologne.

 Il assista avec inquiétude la fondation et à l’émergence du syndicat Solidarnosc à Gdansk en 1978. En quelques mois, le mouvement dirigé par un électricien déterminé et astucieux Lech Walesa se développa dans tout le pays et regroupa 10 millions de salariés. Les syndicalistes ne commirent pas l’erreur de sortir de la légalité. L’usage de la force semblait exclu. En septembre 1980, le gouvernement communiste accepta de légaliser Solidarnosc. Mais ce geste d’ouverture fut contesté par les durs du parti. Ils parvinrent à faire nommer le général Jaruzelski le 11 février 1981 président du Conseil des ministres polonais. Le 18 octobre de la même année, le nouveau maitre de la Pologne conforta son emprise sur le pays en se faisant élire premier secrétaire du parti communiste. Il détenait ainsi tous les pouvoirs du parti-Etat. Mais, la grande majorité de la population polonaise, influencée par l’agissante église catholique, ne lui faisait plus confiance. Le peuple réclamait des réformes démocratiques et la fin de la primauté des communistes sur la vie politique, économique et sociale. Solidarnosc relayait ces demandes.

Le communisme des casernes

Les mois passaient et la crise s’aggravait. Dans la nuit du samedi au dimanche 13 décembre 1981, le général Wojciech Jaruzelski décida de couper le nœud gordien qui l’étouffait. Il proclama « l’Etat de guerre » dans son pays. Plus tard, il se défendit en expliquant que son action préventive visait à empêcher une invasion de la Pologne par l’armée rouge, comme cela avait été le cas en 1968 en Tchécoslovaquie. Rien ne permet de valider cette thèse. Il créa et dirigea pour la circonstance un « conseil militaire de salut national », chargé de diriger les affaires de l’Etat. Le coup d’Etat, minutieusement préparé, visait d’abord à décapiter le syndicat Solidarnosc dont l’influence dans la société polonaise croissait depuis l’année précédente, au point de mettre en péril la nature socialiste de la Pologne. Dans la nuit, des milliers de soldats pré-positionnés, procédèrent à l’arrestation de plusieurs milliers de cadres syndicaux, d’intellectuels et d’opposants au régime dont Lech Walesa, le charismatique fondateur de Solidarnosc. La soldatesque n’hésita pas à défoncer les portes des appartements et à arracher les hommes et femmes de leur lit, y compris ceux malades. La plupart n’eurent pas le droit de s’habiller et montèrent dans les camions militaires en pyjama par une température de moins quinze degrés. On les enferma dans une cinquantaine de prisons et de camps aménagés. Les enfants dont les deux parents avaient été incarcérés furent confiés à des orphelinats. Au matin, le nombre des personnes emprisonnées avoisinait les dix mille. Dans le même temps, la censure était rétablie, les frontières fermées, les libertés fondamentales suspendues. On interna Lech Walesa dans une résidence surveillée où il fut maintenu dans l’isolement complet pendant près d’un an.

 Mais, il n’était pas possible d’emprisonner toute la Pologne. Les jours suivants, les ouvriers des grandes usines se mirent en grève partout dans le pays. Les militaires occupèrent les locaux et les ateliers. A la fin du mois, les mineurs de Silésie reprirent le travail. Apparemment, la victoire de Jaruzelski était complète. La riposte de l’Occident consista en quelques maigres protestations verbales. Le pape polonais Jean Paul II apportait certes son soutien sans réserve à Solidarnosc mais incitait les catholiques polonais à dialoguer avec le pouvoir en place. Enfin, le grand frère soviétique apportait un soutien financier, politique et économique à son régime. Beaucoup d’observateurs politiques pensaient alors que Solidarnosc et Lech Walesa ne se relèveraient jamais du coup qui venait de les terrasser. Le bloc soviétique semblait alors à son apogée. L’URSS guerroyait en Afghanistan. Les Etats-Unis sur la défensive se remettaient avec difficulté du fiasco politique subi en Iran après l’occupation de leur ambassade à Téhéran. Personne n’aurait parié sur les chances de l’ouvrier polonais de jouer un rôle politique dans son pays. Pourtant, moins d’une décennie plus tard, le peuple l’envoyait présider la Pologne pendant que son geôlier finissait dans « les poubelles de l’histoire ». Un an après avoir ordonné son arrestation, le général Jaruzelski dut relâcher Walesa. Une bonne fée veillait sur son ancien prisonnier : le cardinal polonais Karol Wojtyla, élu pape à Rome sous le nom de Jean Paul II. En octobre 1983, le prix Nobel de la paix fut attribué au fondateur de Solidarnosc. Dès lors, le proscrit devenait une personnalité intouchable. Jaruzelski ne put empêcher son irrésistible ascension vers le pouvoir.

L’irrésistible ascension de Solidarnosc et de Lech Walesa

En outre le général dut compter avec la nomination en URSS de Mikhaïl Gorbatchev, un dirigeant décidé à rénover la vieille bâtisse communiste. Le nouveau chef du parti soviétique engagea son pays sur la voie des réformes administratives, économiques (perestroïka) et politiques et sociétales (glasnost). Le temps de la dictature était passé. Jaruzelski tint compte du nouveau rapport des forces. Il réunit une « table ronde » avec Solidarnosc et Lech Walesa en 1989. Le général accepta de partager le pouvoir avec l’opposition. Un parlement bicaméral était créé. Le Sénat était élu au suffrage universel libre. En revanche, à la Chambre des députés (Diète) le parti communiste se réservait les deux tiers des sièges. Les élections se tinrent en juin. Au Sénat, Solidarnosc obtint 99 élus sur 100. Le syndicat restait minoritaire à la Diète en raison du système électoral. Jaruzelski ne put s’opposer à la constitution du premier gouvernement à majorité non communiste depuis 1945. Le chef de Solidarnosc proposa à un de ses proches conseillers, Tadeusz Mazowiecki, de former le cabinet ministériel, lui-même préférant rester à la tête du syndicat. Les accords de la table ronde prévoyaient la nomination de Jaruzelski au poste de président de la République de Pologne. Une fonction purement honorifique. Désormais, le général « inaugura les chrysanthèmes ».

 Une élection présidentielle au suffrage universel avait été programmée pour l’année suivante. Elle se déroula en novembre et décembre 1990. Totalement discrédité et affaibli, le général Jaruzelski renonça à se présenter bien que président sortant. La compétition opposa le premier ministre Tadeusz Mazowiecki à Lech Walesa, deux anciens collaborateurs de Solidarnosc qui s’étaient opposés pendant la transition vers la démocratie. Le premier ministre avait choisi de ménager l’ancien pouvoir incarné par Jaruzelski alors que le chef syndicaliste exigeait la liquidation définitive des vestiges du régime détesté par la population. L’opposition se transforma en déchirure. Le peuple trancha leur différent. Au premier tour, le 25 novembre 1990, Lech Walesa arriva en tête, largement devant un homme d’affaire peu connu Stanislas Tyminski. A la surprise générale, Tadeusz Mazowiecki, donné largement gagnant, était éliminé. Au second tour, 75% des votants choisirent Walesa qui devint président de la République. Mais le succès fut terni par la participation : seuls 53% des électeurs avaient voté.

 Le 22 décembre 1990, le petit électricien moustachu de Gdansk, le fondateur du syndicat Solidarnosc, le chef de la rébellion contre le pouvoir communiste en août 1980, s’installa dans le palais présidentiel d’où il chassa Wojciech Jaruzelski qui l’avait emprisonné neuf ans plus tôt. Lors de la passation des pouvoirs, le général déchu médita sans doute sur le vieux proverbe romain qui affirme : « La roche tarpéienne (lieu d’exécution des condamnés à mort) est proche du Capitole (siège du pouvoir impérial)». Il signifiait que bien souvent la déchéance suivait les honneurs.

 Jaruzelski prit sa retraite politique. Il amorça un début d’autocritique en 2001 en affirmant que le communisme avait échoué. Il échappa à un procès pour avoir fait tirer sur la foule en 1970. Il fut en revanche inculpé en 2006 pour « crimes communistes » par l’institut pour la mémoire nationale polonaise. Mais le procès n’eut jamais lieu en raison de l’état de santé de l’accusé. Il mourut dans un hôpital militaire à l’âge de 90 ans.

Jean-Pierre Giovenco

Demain : Abd el-Kader

masculin
Google news Référence: 
948
8 Mars 2017 - 12:09pm

Une vie, un portrait du jour

18 Juin 2001

18 Juin 1928

Une vie, un portrait du jour

18 Juin 1980

André Leducq

Champion cycliste français, né le 27 février 1904 à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), décédé à Marseille (Bouches-du-Rhône), à l’âge de 76 ans. Vainqueur de deux Tours de France (1930 et 1932) et d’un Paris-Roubaix (1928).

18 Juin 1937

Gaston Doumergue

Homme d’Etat français, né le 1er août 1863 à Aigues-Vives (Gard), décédé dans cette même ville, à l’âge de 73 ans. Plusieurs fois ministre (colonies, commerce, instruction publique, affaires étrangères) sous la troisième République, il occupa le fauteuil de Président de la République du 13 juin 1924 au 13 juin 1931.

18 Juin 1974

Gueorgui Joukov

Maréchal soviétique, né le 1er décembre 1896 à Strelkovka (Empire russe), décédé à Moscou (URSS). Officier le plus décoré de l’URSS et de la Russie, il arrêta l’offensive allemande contre Moscou en décembre 1941 et fut l’artisan des principales victoires soviétiques pendant la Grande guerre patriotique de 1941 jusqu’à la prise de Berlin, son dernier fait d’armes.

18 Juin 1993

Jean Cau

Ecrivain et journaliste, né le 8 juillet 1925 à Bram (Aude), décédé à Paris, à l’âge de 67 ans. Secrétaire de Jean-Paul Sartre avant de virer à droite, il obtint le prix Goncourt en 1961 pour La pitié de Dieu.

18 Juin 1673

Jeanne Mance

Vénérable française, née le 12 novembre 1606 à Langres (Haute-Marne), décédée à Montréal. Cofondatrice de la ville de Montréal avec Paul de Chomedey, elle y créa un hôtel-Dieu. L’église catholique la reconnut vénérable par le pape François le 7 novembre 2014.

18 Juin 2010

José Saramago

Ecrivain portugais, né le 16 novembre 1922 à Azinhaga (Portugal), décédé à Lanzarote (Canaries), à l’âge de 87 ans. Prix Nobel de littérature en 1998.

18 Juin 1937

Maxime Gorki

Ecrivain russe, né le 28 mars 1868 à Nijni Novgorod (Empire russe), décédé à Moscou (URSS), à l’âge de 68 ans. Il fut un des pères du réalisme socialiste, auteur notamment des Bas fonds (1902), de La mère (1907).

18 Juin 1935

René Crevel

Ecrivain français, né le 10 août 1900 à Paris, décédé par suicide dans la même ville à l’âge de 34 ans. Ecrivain surréaliste (Etes-vous fou ? 1929, Les pieds dans le plat, 1933), il mit fin à ses jours quand il apprit qu’il souffrait d’une tuberculose.

Une vie, un portrait
des jours précédents

17 Juin 2008

17 Juin 1939

16 Juin 2017

16 Juin 1958

16 Juin 1977